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vendredi 05 juin 2009

Elève trop discrète

A l'occasion de la constitution de mon livret scolaire pour le bac, j'ai replongé dans mes archives de bulletins de notes, et un constat m'a sauté aux yeux: depuis tout ce temps, j'étais muette sans m'en rendre compte!

En effet, à travers les années, dès le CP jusqu'au collège et même en 2nde, on retrouve régulièrement le même type d'annotations: élève trop discrète, ne participe pas, pas assez de présence... Au moins, au Cned, on n'a pas ce genre de commentaires!

Je dois l'avouer, pendant longtemps j'ai ignoré jusqu'à la nature de cette "participation" qu'on me demandait avec tant d'insistance. Et quand j'ai compris, forcément, j'ai été déçue: c'est ça ce grand mystère, faudrait que je lève le doigt en sautillant et en suppliant qu'on m'interroge, pour finalement me tromper ou donner une réponse évidente? Vanité des vanités, tout n'est donc que vanité...

Et puis bon, ils étaient tellement inquiets, de si bonne volonté, que je me suis forcée un peu, histoire de les rassurer un bon coup. Erreur fatale! Plus on leur en donne et plus ils en redemandent! Et voilà qu'ils se sentaient maintenant autorisés à m'interroger directement, à me harceler et à briser mes bulles de semi-rêve (car suivre le cours, c'est bien gentil, mais quand on est multitâches comme moi, on ne s'en contente pas!)

Au collège, j'ai bien commencé à voir quel était mon problème, ma tare: je ne participais pas, non pas par timidité maladive ou par peur de l'erreur, mais simplement parce que ça ne m'intéressait pas! Et doublement, car 1) je suis une damnée individualiste qui ne voit pas l'intérêt de "faire avancer la classe", comme ils disent; et 2) les réponses me semblaient si évidentes qu'elles ne valaient pas le coup que je sorte de la bulle sus-évoquée - eh oui, déjà à l'époque, ça n'allait pas assez vite à mon goût...

Et je n'avais rien vu... Car s'il y a une race de professeurs particulièrement pendus aux lèvres de leurs chers élèves, ce sont bien ceux de langues. Logique, me direz-vous, puisque pour savoir parler anglais... il faut le parler, justement! Certes, admettons, même si personnellement, écouter les autres parler est ce qui m'a donné la maîtrise de la prononciation. Mais que l'on soit clair: on peut très bien évaluer l'oral des élèves sur des interrogations (dans ou en dehors du cours), autant pour chaque personne, ce qui assure plus d'équité...
Mais le problème, c'est le sujet sur lequel on doit parler. "Where is Brian" nous dit Gad*, et c'est ça, dans les grandes lignes (les miens s'appelaient Dave et Vanessa). En espagnol, qu'on commence en 4ème, on doit estimer qu'on est plus "murs" puisqu'on nous fait étudier textes et images hautement symboliques, qu'il faut détailler en long en large et en travers, décrivant le moindre brin d'herbe sur la photo, la moindre virgule dans l'article de presse. Et de préférence dans des phrases à rallonge qui tournent autour du pot sans rien vouloir dire, en étalant toutes les belles structures grammaticales qu'on n'a pas du tout comprises. Forcément, à ce jeu-là, j'étais dépassée...

Ce qui m'énervait (et m'énerverait probablement encore si j'y étais confrontée), c'étaient les profs qui comptaient sur les élèves pour faire avancer leur cours, qui trouvaient normal que moi l'intello, je fasse partager ma science aux masses scolaires, même si les masses n'en avaient le plus souvent pas grand-chose à faire. Alors que c'est le boulot des profs, d'enseigner.
Et puis quand par hasard j'avais quelque chose à dire, il arrivait que ce ne soit pas ce qu'ils attendaient, que ce soit une perspective à laquelle ils n'avaient pas pensé, qui ne les intéressait pas pour leur leçon toute préparée, leurs idées toutes faites. Alors franchement, à quoi bon?

Parfois je faisais de la résistance, j'attendais qu'on m'interroge pour parler, point. Parfois au contraire, je me forçais à lever la main deux ou trois fois dans le cours, et même à avoir l'air enthousiaste. Et puis, la majorité du temps, je n'y pensais simplement pas, je suivais dans mon coin sans chercher à en placer une. Parce que déjà toute petite, je n'avais pas besoin du dialogue avec les profs pour faire avancer ma réflexion, je faisais ça très bien toute seule ou à la maison. Je crois que je devais déjà sniffer le discours trop "normé", trop politiquement ou du moins socialement correct...

Alors voilà mon petit coup de gueule contre les enseignants, trop nombreux, qui ne veulent pas laisser à chaque élève son individualité, et son droit au silence, et même - oserai-je aller jusque-là? - au rêve! Les plus silencieux ne sont pas forcément les plus bêtes, ni les plus timides ou névrosés! Stop à la dictature du bruit, arrêtons de croire qu'un élève n'existe ou ne "sait" que s'il se fait remarquer de façon sonore...

texte de MOI - le 29-05-09

* Gad Elmaleh dans un de ses spectacles, évoque un dénommé Brian, personnage de ses manuels d'anglais qui l'a apparemment traumatisé.

vendredi 05 juin 2009 Publié dans Réflexions | Commentaires (4) |  Facebook | |

Commentaires

AH c'est bien difficile. Parce qu'il y a aussi les élèves qui n'écoutent pas, les élèves qui trichent aux contrôles écrits, les élèves timides qu'on veut aider, on veut vérifier que le message est bien passé, on veut vérifier que ça suit, on veut engager le "débat", inciter à la réflexion.

Non, c'est pas facile du tout.

Écrit par : MADmoiselle | samedi, 06 juin 2009

J'ai justement été classée dans les "élèves timides qu'on veut aider" pendant toute ma scolarité, et il y avait certainement une part de timidité chez moi, mais pourquoi "vouloir m'aider"??? N'importe quel prof qui faisait un peu attention aux relations dans la classe pouvait voir que je n'étais quand même pas asociale, alors pourquoi vouloir "guérir" un trait de caractère qui faisait partie de moi? Surtout que les élèves timides sont quand même moins gênants pour la classe que les bavards ;)

Disons que ce qui me dérange dans la façon de faire des profs, c'est de vouloir absolument croire que tous les élèves "fonctionnent" de la même façon, mauvaise interprétation de l'égalité de chacun. Tous égaux mais certainement pas tous pareils! Certains ont une mémoire auditive, d'autres visuelle, certains comprennent de façon synthétique, d'autres analytique, certains ont besoin de parler et de se tromper quand d'autres ont besoin d'écouter et de comprendre d'abord... La petite fille que j'étais ne pouvait prendre le "harcèlement" des profs que comme une intrusion, un refus de son individualité...

Écrit par : mari6s | samedi, 06 juin 2009

Le problème est bien là : tous les élèves (et tous les profs, et tous les individus en général) sont différents. L'éducation idéale n'est pas possible en classe, ou bien il y faudrait un prof par élève.

Certains profs réussissent peut-être à faire un enseignement différencié, mais même là il s'agit de groupes d'élèves et non pas d'individus.

C'est aussi pour ça que j'ai arrêté le professorat : j'avais l'impression de ne pas pouvoir gérer tous les niveaux d'une même classe (c'est à dire un niveau par élève...)

Écrit par : MADmoiselle | dimanche, 07 juin 2009

Je comprends parfaitement ce que tu veux dire: c'est ce que je ressentais au collège et au lycée, quand on "ramait" à cause des différences de niveaux ; et c'est aussi pour ça que mes parents (qui ont tous les deux été profs) ont arrêté, et que ma mère donne maintenant plutôt des cours particuliers (justement pour pouvoir vraiment donner le maximum à ses élèves en fonction de leur niveau)
Bref, on revient toujours à ce problème de niveaux tous différents, qui m'a déjà causé tant de problèmes ;). Disons que ce qui se rapprocherait le plus de l'éducation "idéale", selon moi, permettrait au moins à chaque élève de passer au niveau supérieur dès qu'il en est capable, mais c'est une chose d'en parler, et une autre de l'organiser... Surtout que c'est une hérésie pour beaucoup de gens!

Écrit par : mari6s | dimanche, 07 juin 2009

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