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lundi 15 novembre 2010

Moi et l'éducation supérieure: résignation et espoir

Pour ceux qui ne suivraient pas mes pérégrinations depuis si longtemps, je rappelle que j'étais très malheureuse au lycée, en 2nde, et avant ça au collège, à cause d'une soif d'apprendre ne se contentant pas de la pitance dispensée par le système scolaire. C'est la raison principale de mon inscription au Cned, organisme de cours par correspondance via lequel j'ai suivi mes cours en 1ère et Terminale, et me suis préparée au bac que j'ai obtenu avec mention très bien en 2009 (en 2009-2010, j'ai pris une année sabbatique dont j'ai passé deux mois aux Etats-Unis).

Et me voilà maintenant dans l'enseignement supérieur. Une grande école, rien que ça - oui, l'Isit est une grande école, la seule de langues. J'ai souvent dit à mes proches, et ai peut-être écrit ici, que bien que l'idée de ne pas être au niveau me fasse un peu peur, tout trouver trop facile me semblait bien pire, m'effrayait bien plus. A raison, malheureusement.

Je ne dis pas que je n'apprends rien, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas une totale perte de temps. Mais je n'ai pas grand mal à garder le niveau, pour pratiquer l'euphémisme.
En français et en anglais, facile - le pire étant l'heure obligatoire de "renforcement français", où nous revoyons par exemple l'accord du participe passé ou l'emploi du subjonctif (présent!)...
En espagnol, je sens bien que j'ai du chemin à parcourir, à l'écrit et surtout à l'oral, mais plutôt moins que d'autres. Et, alors que je devrais consacrer l'essentiel de mon temps de travail personnel à faire des fiches de vocabulaire et des exercices de grammaire dans cette langue, j'en fais au maximum une heure dans la semaine, surchargée que je suis de travail dans les autres matières - un travail qui, comme au lycée, n'est pas bien compliqué mais demande un certain temps, d'autant qu'un certain nombre professeurs ramassent régulièrement nos exercices pour les noter...
Enfin, les matières "générales" (géopolitique européenne, géopolitique US, géopolitique UK, droit civil, histoire politique), les plus intéressantes à mes yeux, sont très enrichissantes, mais ne me demandent aucun effort particulier - j'apprends des choses, connaissances brutes et interprétations nouvelles auxquelles je n'aurais pas pensé par moi-même, mais à aucun moment je n'ai de mal à les comprendre ou les assimiler. Il me faudra simplement réviser pour les partiels des choses comme les dates, les noms, etc.

Je m'étais toujours imaginé qu'à un moment ou un autre de mon éducation, je ne ferais plus partie des meilleurs. Je me rappelle encore de mon grand-père qui après avoir été le premier au lycée, s'était retrouvé bon dernier à Centrale. Et c'est une idée que je trouve normale: plus on avance, plus la sélection est dure, plus on rencontre de gens brillants, non? Eh bien pas plus que ça, en réalité.

Je ne dis pas que mes camarades de classe sont des idiots, certains sont même très doués. Mais dans l'ensemble, cela ressemble un peu trop au lycée pour moi. Il y a des gens nuls en anglais et/ou en espagnol, et, pire encore, en français, et/ou glandeurs finis qui font tout à la dernière minute (quand ils le font), et/ou à la compréhension relativement limitée selon mes critères - ne me traitez pas d'élitiste, c'est loin d'être mon intention: je connais des gens titulaires d'un BEP ou d'un bac pro, qui font preuve de plus d'esprit critique que certains isitistes. Bref, j'ai souvent du mal à comprendre comment certains ont passé le concours. Notamment, pas mal de personnes qui ne lisent de toute évidence pas assez (comme en témoignent leur sens de la grammaire et de l'orthographe inexistant, leur manque de vocabulaire et de culture générale...) Si les cent élèves de ma promo sont ce que la France a de meilleur en langues (mis à part ceux qui sont dans des Grandes Ecoles plus prestigieuses), je trouve ça légèrement inquiétant sur le niveau du reste...

De quoi je me plains? Je reste la meilleure, c'est super! Des yeux ronds s'ouvrent lorsque j'avance que ce n'est pas forcément une chance... Car ce que les gens "dans la moyenne" ignorent, c'est que faire partie des meilleurs, ça veut dire s'ennuyer, souvent, ça veut dire perdre son temps et être condamné à revoir et re-revoir des choses que l'on maîtrise déjà parfaitement. Ca veut dire, pas de défi.

Etre la meilleure ne m'intéresse pas. Si je dois laisser la place de major de promo à un autre, plus doué ou plus travailleur que moi, pour profiter un peu plus de la vie, écrire, lire ou apprendre d'autres choses, ainsi soit-il! Me comparer aux autres ne m'intéresse pas - c'est un point de référence tout au plus. Surpasser les autres n'est pas bien glorieux, et c'est trop facile alors de se reposer sur ses lauriers une fois l'objectif atteint. Ce qui m'intéresse, c'est de me surpasser, de m'améliorer en permanence.

Je suis arrivée dans l'éducation supérieure en priant pour un défi. On m'a accordé des défis d'organisation (horaires, masse de travail...), de patience (horaires encore, rabâchage de connaissances déjà acquises, travaux en groupe avec des gens pas toujours motivés ni organisés) - mais tout défi en matière de connaissances ou de compréhension reste absent.

J'espère que cela viendra, bien sûr. En deuxième, troisième, quatrième, cinquième année... Mais sans trop compter dessus - j'ai déjà été trop déçue... Mais bon, je survis. En fait, je m'en sors étonnamment bien. Je fais preuve de trésors de résignation et de patience dont j'ignorais même posséder le quart. Je ne suis pas déprimée - pas tout le temps, en tout cas, et pas trop longtemps - un peu de Nutella, un petit coup de fil chez moi et on fait aller. Je crois que j'ai appris à mieux supporter les emmerdements de la vie scolaire, alors que je craignais plutôt d'être devenue plus extrémiste encore durant mon temps au Cned.

C'est triste, d'une certaine façon - se résigner, c'est mourir un peu. Mais c'est survivre, aussi.
En fait, je crois que le plus important pour moi est de définir clairement une frontière entre la révolte intellectuelle (idéaliste) et la résignation psychologique (pragmatique). Ne pas perdre mes principes tout en m'adaptant à la réalité, sans me rendre malheureuse pour autant.

Alors je profite autant que possible de chaque moment de vraie vie - mes retours chez moi en province, mais aussi mes footings, mes marches, mes visites de musées... En attendant des jours meilleurs qui, je le sais, viendront - une fois sortie pour de bon des études académiques, je me fabriquerai la vie que je voudrai et pourrai alors réserver la pratique de la résignation à la météo et aux moyens de transports, domaines dans lesquels elle peut toujours servir...
Oui, en attendant, je crois avoir trouvé un équilibre relativement sain entre résignation et espoir. On en reparle d'ici quelques mois...

lundi 15 novembre 2010 Publié dans Dans ma vie..., Réflexions | Commentaires (4) |  Facebook | |

Commentaires

Bonsoir,
Espérant rentrer à l'ISIT pour 2011-2012, ton article m'a beaucoup intéressé. Tu dis que certains n'ont pas un bon niveau. Cela veut-il dire que ce n'est pas si sélectif que ça? En effet, je suis bilingue en espagnol (c'est ma langue maternelle) et ai même un meilleur niveau en anglais qu'en espagnol en cours mais je m'en sors avec 12-13 de moyenne en terminale L, je ne fais que rarement des fautes d'orthographe et tous mes professeurs me disent que j'ai beaucoup de qualités en rédaction. Cela suffit-il à ton avis?
Merci d'avance !

Écrit par : Julia | jeudi, 13 janvier 2011

A mon avis, cela suffit largement. C'est mieux, en tout cas, que certains de mes camarades de promo. Et de toute façon, même aux journées portes ouvertes et autres salons, on nous dit de parler d'un niveau minimum de 12 en langues et en français, en Terminale.

D'une année sur l'autre, bien sûr, le niveau de sélection peut varier un peu, selon le nombre de candidats - nous sommes presque 100 en première année, et c'est déjà beaucoup par rapport aux locaux.

Je peux juste te conseiller de t'entraîner un peu à la traduction anglais-français et espagnol-français, sur des articles de journaux. La notation de la traduction aux épreuves d'entrée n'est pas très sévère, mais en première année ceux qui n'ont jamais fait de traduction ont un peu de mal.

Si tu peux travailler l'oral, idem - toujours dans l'optique de la première année, puisque les épreuves ne sont qu'écrites.

A travailler pour les épreuves: compréhension et vocabulaire, expression, grammaire basique. En français, pas la peine de réviser la grammaire de façon très approfondie, on revoit tout en première année - il suffit de connaître les natures et fonctions basiques, qui peuvent tomber à l'épreuve (et encore, cela ne représente que peu de questions sur l'ensemble).

Bon courage, et on se voit peut-être à l'Isit en septembre prochain ;)

Écrit par : mari6s | mardi, 25 janvier 2011

Bonsoir

Je passe sur ton blog par hasard (je cherchais un épisode des Experts :D), mais il m'a intrigué... Alors j'ai lu !

J'ai bien aimé tes poèmes, et pour avoir passé plusieurs années à l'étranger j'ai été impressionné par ton niveau d'anglais ;)

Cela dit je me pose une question, d'où mon commentaire sur cet article. Est-ce que ce que tu ressentais est toujours d'actualité, un an et demi après ?

Peut-être aurais-je la chance d'avoir une réponse ; en tout cas et en tous cas, je te souhaite une bonne continuation.

Écrit par : Charly | lundi, 28 mai 2012

Salut! Merci pour ce commentaire, et contente que mon blog te plaise. Pour ce qui est de l'anglais, c'est 70% de chansons/séries/films/livres en anglais, 5% d'apprentissage scolaire et 25% de pratique pendant mes 2 mois aux Etats-Unis en 2010.

Pour ce qui est de cet article, que je viens de relire pour me remettre dans le bain, je dirais que peu de choses ont changé. Bon, la 2ème année est peut-être un petit peu plus difficile, mais surtout, j'ai appris à lâcher prise un peu plus. J'ai séché quelques cours en plus de ceux que j'ai manqués pour raisons de santé, ce qui est un concept tout nouveau pour moi. J'ai appris à ne pas (trop) culpabiliser de "bâcler" (ce qui signifie, pour moi, ne pas fignoler) les exercices...

Je crois qu'il faut sans doute distinguer deux problèmes: le niveau réel d'enseignement et des étudiants, qui selon moi et quelques camarades de niveaux divers, n'est pas à couper le souffle ; et ma mentalité anti-système scolaire. J'ai un réflexe qui me pousse à me demander: pourquoi me levé-je à sept heures du matin pour assister à ce cours? Cet enseignant m'apporte-t-il vraiment plus que ce que je pourrais apprendre seule (avec des livres, Internet, etc)? Et quand la réponse est "non" plusieurs fois de suite, je me dis que je ne paye finalement que pour un diplôme et je trouve ça déprimant. Mais bien évidemment, ce n'est pas toujours le cas et il y a quelques excellents professeurs aux cours très enrichissants. J'ai juste plus de mal que la moyenne à accepter que ce soit l'exception et non la règle.

Écrit par : mari6s | mardi, 29 mai 2012

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