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lundi 21 mars 2011

Le meilleur épisode de... Battlestar Galactica

Je suis tombée raide dingue de la série Battlestar Galactica (version de 2003) et en ai défilé deux saisons (plus la mini-série l'introduisant) en deux semaines. J'en suis maintenant aux trois quarts de la saison 3.

J'ai choisi de vous présenter l'un des nombreux excellents épisodes de cette série: le 3.16: Grève Générale (Dirty Hands). Mais d'abord, quelques mots sur la série elle-même, qui se démarque fortement de tout ce qui existe à la télé...

Douze colonies humaines (Caprica, Picon, Tauron, Sagitarron, Gemenon, etc - noms inspirés des signes du zodiaque) sont installées sur douze planètes. Elles ont subi une guerre avec les Cylons, des robots de leur création qui se sont rebellés ; un armistice a été conclu et les deux peuples ont évolué chacun de leur côté pendant quarante ans, ni l'un ni l'autre ne montrant une envie particulière de se côtoyer à nouveau.

Et puis les Cylons reviennent. Ils attaquent les Colonies et en exterminent la population. Le vaisseau militaire Battlestar Galactica, qui allait être désarmé et transformé en musée, en réchappe car c'était le seul à ne pas utiliser de communications en réseau, résultat de la "paranoïa" du Commandant Adama, qui a connu la première guerre contre les Cylons. Il parvient à réunir une flotte de vaisseaux civils rescapés et à fuir la zone, abandonnant ce qu'il reste des Colonies aux Cylons - il reste un peu moins de 50.000 êtres humains.

Certains Cylons ont désormais forme humaine: il existe 12 modèles différents, et pour chacun de nombreuses répliques. Certains sont infiltrés parmi les humains, parfois sans même le savoir - étant programmés pour se sentir humain puis un jour, commettre un attentat.

Les humains se mettent à la recherche de la mythique Treizième Colonie: la Terre. Les légendes et les textes religieux racontent en effet que treize vaisseaux ont quitté leur terre natale, Kobol, il y a des milliers d'années ; le treizième, séparé de ceux qui allaient fonder les Douze Colonies, aurait fini par trouver la Terre.

Le premier élément intéressant, c'est que presque toute l'action se déroule dans l'espace fermé des vaisseaux, ce qui crée une atmosphère assez angoissante, très bien exploitée dans la réalisation avec un aspect psychologique pertinent. Tous les personnages de BSG peuvent être tour à tour héroïques et minables, ils sont imprévisibles et parfois incohérents, ce qui les rend bien plus réalistes que ceux de nombreuses séries.

On y retrouve des thèmes comme: les "couples" militaire/politique et scientifique/religieux ; des machines si semblables aux humains qu'elles remettent en question la nature humaine ; le cercle vicieux induit par la logique "oeil pour oeil, dent pour dent" ; l'exploitation ou le sacrifice d'une partie de la population dans l'intérêt commun... Le spectateur n'est quasiment jamais forcé de choisir son camp, et encore moins orienté vers un camp en particulier.

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/! ATTENTION AUX SPOILERS /!

Dans Grève Générale, un mouvement de protestations contre les conditions de travail s'étend parmi les travailleurs de la flotte, notamment les mécaniciens et les ouvriers des vaisseaux raffineurs de tylium (carburant). Il est attisé par un livre circulant sous le manteau et parlant de l'émergence d'une aristocratie et d'un prolétariat, ainsi que de la prédestination des individus en fonction de leur colonie d'origine (même à présent que les colonies sont détruites). Ce livre a été écrit par... Gaïus Baltar.

BSG_3x16_DirtyHands_01.jpg

Une grève finit par éclore sur le vaisseau raffineur Hitei Kan, et Adama envoie le Chef (Galen Tyrol) prendre la place du contremaître qui a été emprisonné à bord du Galactica. Il est censé forcer les ouvriers à reprendre le travail et se retrouve dans une situation embarrassante, lui qui dirigeait le syndicat ouvrier sur New Caprica. Il commence par chercher un compromis et relancer la raffinerie, mais après qu'un jeune ouvrier ait été blessé à cause du mauvais état du matériel, Tyrol déclenche une grève générale, non seulement à bord du Hitei Kan, mais aussi chez les mécaniciens du Galactica.

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La réaction d'Adama est violente: il fait arrêter Tyrol et le menace de faire abattre sa femme Cally, qui participe à la grève, pour mutinerie. Le Chef ordonne donc la reprise du travail. Contre toute attente, Adama lui annonce alors qu'il va pouvoir rencontrer la Présidente. Et de fait, ils discutent de la situation et elle lui confie la direction du syndicat ouvrier renaissant de ses cendres.

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Un thème revient plusieurs fois dans cet épisode, celui de la fin qui justifie, ou non, les moyens.
Ainsi, l'opposition entre la sécurité et la liberté: la flotte a besoin de carburant, notamment pour pouvoir fuir si les Cylons les retrouvent ; mais tous les humains ont aussi, en principe, des droits, comme celui de choisir leur propre destin. C'est le débat entre Adama et la Présidente, d'un côté, et les grévistes de l'autre ; c'est aussi le dilemme intérieur du Chef, qui avait cru laisser le syndicat sur New Caprica en retrouvant son rôle de soldat sur le Galactica - il lui est très difficile de sacrifier sa responsabilité dans la sécurité de la flotte, pour défendre ses convictions.
Sans vouloir tout ramener à la philo, le lien me semble évident avec la théorie du contrat de Hobbes opposée à celle de Locke - le premier favorisant la sécurité et affirmant que le peuple ne peut reprendre le pouvoir à celui à qui il l'a confié, le second considérant au contraire la révolte comme justifiée dans le cas d'abus de pouvoir ou d'irrespect de la volonté du peuple.
Et puis il y a la question du chantage, à la fois du côté des grévistes et du gouvernement: est-ce un bon moyen d'obtenir ce que l'on veut? Existe-t-il réellement d'autres solutions pour se faire entendre? Comme le dit le contremaître du Hitei Kan, le bureau de la Présidente ne prend ses appels que quand la production ralentit ou s'interrompt... Les grévistes mettent en danger la flotte entière, et donc tout ce qui reste de l'humanité ; mais Adama, lui aussi, commet un chantage assez odieux.

Un autre aspect intéressant est la description des "castes". L' "aristocratie", formée de bureaucrates, politiciens et officiers, vient majoritairement de colonies "riches" comme Caprica, Virgon ou Tauron, tandis que la plupart des humains venant de colonies "pauvres" comme Aerelon, Sagitarron ou Gemenon rejoignent le "prolétariat" - fermiers, ouvriers, mécaniciens. Les Colonies n'existent plus, mais cet "ordre des choses" se perpétue dans la flotte, et il pourrait se perpétuer ainsi pendant des centaines d'années. Grâce au racisme ordinaire montré dans d'autres épisodes, notamment à l'encontre des Sagitarrons. Et aussi parce que les parents enseignent leur métier à leurs enfants, qui l'exerceront à leur tour toute leur vie durant, sans aucune porte de sortie.
Détail qui a son importance: le livre qui explique et rationalise tout cela est l'oeuvre de Gaïus Baltar, scientifique brillant, ancien Président ayant collaboré avec les Cylons et prisonnier à bord du Galactica pour trahison. On découvre au passage une nouvelle facette du personnage: Baltar est en fait le fils de paysans d'Aerelon, qui a tout fait pour effacer son accent et passer pour un Caprican. Mais une autre question s'impose à moi: ce qu'il est et ses motivations (très probablement égoïstes) changent-ils la pertinence, je dirais même l'utilité, de son ouvrage?

Bref, un épisode bien pensé, même si BSG n'échappe quand même pas tout à fait au politiquement-correct (la grève ne va pas trop loin et n'a pas de conséquences graves ; le gouvernement finit par accepter de négocier).

lundi 21 mars 2011 Publié dans Le meilleur épisode de... | Commentaires (0) |  Facebook | |

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