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samedi 27 avril 2013

J'ai lu... The Mists of Avalon (Marion Zimmer Bradley)

Publié en France en deux tomes (Les Dames du Lac et Les Brumes d’Avalon), ce livre s’inscrit dans le Cycle d’Avalon de Zimmer Bradley et en constitue le premier opus écrit, mais le dernier dans la chronologie de l’intrigue. Il s’agit d’une interprétation du mythe arthurien du point de vue des femmes (Viviane, Ygerne ou Igraine, Morgause, Guenièvre ou Gwenhwyfar, et surtout Morgane ou Morgaine). C’est un énorme pavé divisé en quatre parties et couvrant une période de plus d’un demi-siècle ; il m’a fallu plus de deux mois pour en venir à bout.

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Plus encore que le point de vue des femmes, ce qui m’a frappé, c’est l’importance de la religion dans ce roman. Marion Zimmer Bradley s’est appuyée sur diverses études sur les religions druidiques pour réinventer les pratiques de l’époque. À mes yeux, The Mists of Avalon est essentiellement le récit d’une guerre d’influence entre le christianisme naissant et les vieilles traditions druidiques, entre le Dieu unique et la Déesse d’Avalon.

L’influence d’Avalon faiblit, et dans le même temps l’île, jadis accessible à tous, s’éloigne de plus en plus du reste du monde. En effet, l’une des idées centrales du roman, c’est que les croyances façonnent la réalité. La Dame du Lac, Viviane, tente d’inverser la tendance en tirant les ficelles du jeu politique, plaçant sur le trône Uther, puis Arthur, et utilisant pour cela sa sœur Igraine et sa nièce Morgaine.

Mais en parallèle, les prêtres chrétiens tentent eux aussi de tirer leur épingle du jeu, et leur plus grande alliée sera Gwenhwyfar, petite fille élevée dans un couvent, et terrorisée par le monde extérieur, qui deviendra reine malgré elle. Convaincue que son infertilité est une punition infligée par Dieu pour ses péchés, elle n’aura de cesse d’inciter Arthur, qui a pourtant prêté serment à Avalon, à faire de la Grande Bretagne une terre chrétienne.

[The Merlin said,] ‘the followers of Christ have chosen to say, not that they shall have no other Gods before their God, but that there is no other God save for their God; that he alone made the world, that he rules it alone, that he alone made the stars and the whole of creation.’

Igraine quickly made the holy sign against blasphemy.

‘But that cannot be,’ she insisted, ‘no single God can rule all things… and what of the Goddess? What of the Mother?...’

‘They believe,” said Viviane […], ‘that there is no Goddess; for the principle of woman, so they say, is the principle of all evil […]’

[…] ‘And yet you married me to one of them?’

‘We did not know that their blasphemy was so all-encompassing,’ Merlin said, ‘for there have been followers of other Gods in our time. But they respected the Gods of others.’

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Pendant toute une partie du livre, cette bataille d’influence est symbolisée par la bannière sous laquelle Arthur combat les Saxons. Comme son père Uther, il porte d’abord la bannière du Pendragon, mais la Reine est persuadée qu’il s’agit d’un grand péché.

‘Would you be angry if the Pendragon banner was torn down and the standard of the Virgin raised over our legion?’ asked Gwenhwyfar scornfully.

[The Merlin] stood close to her, reaching out a wrinkled hand to caress the brilliant silks. ‘Such a thing of beauty as this is,’ he said gently, ‘and made with such love, how could I possibly condemn it? But there are those who love their Pendragon standard as you love the cross of the Christ – would you deny them their holy things, madam? Those of Avalon – Druid, priest and priestess – would know that the banner is but a symbol, and the symbol is nothing, while the reality is all. But the little folk, no, they would not understand, and they must have their dragon as a symbol of the King’s protection.’

Un autre thème récurrent est celui du silence des dieux, que ce soit le Dieu unique chrétien ou la Déesse Mère. Les présages sont rares et les protagonistes du roman souffrent souvent de ne pas connaître la volonté du divin, ce qui fait que le moindre « signe » est sur-interprété, les menant parfois à leur perte.

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De plus, la bataille d’influence donne à voir les dimensions politiques des religions. Et aussi à l’occasion, leur rôle social. La citation suivante, qui met dans le même panier les deux religions principales du territoire, est prononcée dans le roman par une femme du peuple :

‘Priests and Druids are all alike. The Druid says that [Queen Gwenhwyfar gets fine gowns and jewels because she did good in her last lives, and someday, if we mind what we do in this life, there’s a better fortune for us too], and the priest says if we do our duty in this life we’ll go to Heaven and live with Jesus and feast with him there and never come back to this wicked world at all! It all winds up the same, whatever the lot of them say – some are born in misery and die in misery, and others have it all their own way!’

Le rôle des femmes tient bien sûr une place importante, avec la différence fondamentale entre les Chrétiens qui considèrent les femmes comme des biens et comme la source du péché, et les religions druidiques qui fonctionnent de façon matriarcale. Cela provoque des incompréhensions, comme lorsqu’Arthur rencontre Gwenhwyfar pour la première fois et lui dit qu’il aimerait qu’elle gouverne à ses côtés – ce qui la terrifie, car on l’a élevée dans l’idée qu’elle serait maîtresse de maison et rien de plus. Ce qui ne l’empêchera pas de jouer de son influence sur le roi par la suite…

‘That seems not right to me,’ Gwenhwyfar said, ‘for the Holy Apostle said that women should submit themselves to their husbands, yet Morgause rules still Lothian, and Morgaine would be more than helpmeet to her king in North Wales.’

‘You must remember, my lady,’ said Arthur, ‘that I come of the royal line of Avalon. I am king, not only as Uther Pendragon’s son, but because I am son of Igraine, who was daughter to the old Lady of the Lake. Gwenhwyfar, from time out of mind, the Lady ruled the land, and the king was no more than the consort in time of war. […] Every ruler of Britain, down to my father, Uther, has borne the title the Romans coined for a war leader under a queen: dux bellorum, duke of war.

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Enfin, je ne peux que mentionner la psychologie formidable des personnages, qui sont compliqués, souvent même torturés - je pense notamment à Gwenhwyfar qui en tient une couche, mais elle n'est pas la seule, et tous restent pour autant émouvants d'humanité. De plus, les suivre pendant plus de cinquante ans permet d'extrêmement bien développer leur personnalité et de jouer sur leurs contradictions.

Bref, une saga extraordinaire qui fait réfléchir et donne envie de lire le reste du Cycle d’Avalon. À réserver, cela dit, pour une période où l’on a du temps à consacrer à la lecture ;p.

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