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mercredi 14 mai 2014

Citations & Réflexion : What's in a Name? Le pouvoir des mots.

Dans une citation célèbre de Shakespeare, Juliette s’interroge : « Qu'y a-t-il dans un nom ? Ce que nous appelons rose, sous un autre nom, sentirait aussi bon. » (en anglais : “What's in a name? That which we call a rose, By any other name would smell as sweet.”)

Et pourtant… le nom que l’on donne aux choses a bel et bien de l’importance. On en est particulièrement conscient dans les métiers liés à la langue et à la communication, comme la traduction, mais nous sommes en fait tous confrontés à ce phénomène dans la vie de tous les jours, avec les différents registres par exemple (on peut désigner la même voiture par le mot « véhicule » ou « bagnole », cela ne changera pas la réalité… mais cela ne communiquera pas non plus le même message !).

N’oublions pas le « politiquement correct » et autres euphémismes. Ainsi on appelle un handicapé moteur une « personne à mobilité réduite », un nettoyeur « technicien de surface ». Il s’agit bien sûr de ne pas froisser les personnes concernées par l’usage de termes jugés discriminatoires… mais aussi, et peut-être surtout, de minorer une réalité difficile plutôt que d’agir pour la changer.

… ou encore de faire passer quelque chose pour ce que ce n’est pas : on pense à la « vidéoprotection » qui remplace progressivement le terme « vidéosurveillance », parce que protéger, c’est positif, alors que surveiller, ça fait penser au KGB, à la Stasi et plus récemment à la NSA. Alors que les caméras, ça ne protège pas : au mieux ça permet d’avertir des secours, mais le plus souvent elles ne servent qu’a posteriori pour retrouver les coupables. Récemment, l’agression d’une jeune femme dans le métro lillois, qui a choqué les esprits à cause du nombre de témoins directs qui ne sont pas intervenus et n’ont pas même appelé la police, montre aussi que les caméras, trop nombreuses pour que tous les enregistrements soient visionnés en temps réel, n’ont servi qu’après coup pour identifier les mauvais samaritains. On voit de plus qu’elles ne dissuadent pas forcément les fauteurs de trouble, si habitués à leur présence qu’ils n’en tiennent pas compte. Je n’entrerai pas ici dans les aspects positifs et négatifs de ces dispositifs, mais parler de « vidéoprotection », c’est une prise de position politique, et qui n’est pas basée sur la réalité.

On peut aussi donner l’exemple américain de l’expression « enhanced interrogation » (ce qui donnerait en français « interrogatoire renforcé/poussé ») utilisée par l’administration Bush pour désigner la torture… Dans le même genre, « rendition » est utilisé depuis les années 1980 pour désigner le transfert secret de prisonniers, hors du cadre légal, afin de les faire torturer à l’étranger.

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille ce très bon article, clair et concis : Rhétorique du « politiquement correct » : de l'art de la périphrase au lissage du langage ; ainsi que ce mémoire plus détaillé : Le politiquement correct, de la manœuvre des mœurs et du silence des mots dans le     lexique français. Et enfin cet excellent sketch d’Anthony Kavanagh :

Voici maintenant ma petite sélection de citations :

« Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots. »
(Jean Jaurès)

« Le langage n’est jamais neutre et par définition ne peut pas s’empêcher d’exprimer les rapports de force, les valeurs et les croyances d’une société. »
(Andrea Semprini, Le Multiculturalisme)

« Le monde tel que nous l’avons créé est le résultat de notre mode de pensée. On ne peut pas le changer sans commencer par penser différemment. »
(Albert Einstein)

« Les mots ne veulent rien dire. Ce sont des étiquettes que nous attribuons aux choses pour nous efforcer, avec nos petits cerveaux chétifs, d’appréhender leur nature cachée, alors que neuf fois sur dix la réalité dans son ensemble est un tout autre animal. »
(Karen Marie Moning)

« On devrait toujours se méfier des livres et de leur contenu, car les mots ont le pouvoir de nous changer. »
(Cassandra Clare)

« Le truc, avec les mots, c’est que leur sens peut se déformer, se tortiller comme un serpent. Le meilleur endroit pour trouver des serpents, c’est derrière les mots dont le sens a changé. »
(Terry Pratchett)

« Qu’y a-t-il dans un mot, en fin de compte ? Je veux dire, à part un ensemble de lettres et de sons assemblés les uns à la suite des autres pour former un mot. Une rose sous un autre nom sentirait-elle vraiment aussi bon ? L’histoire d’amour la plus célèbre au monde serait-elle aussi poignante si elle s’intitulait Roméo et Juliette ? Pourquoi le nom qu’on se donne a-t-il une telle importance ? »
(Julie Kagawa)

« Je ne m’appelle pas Defred, j’ai un autre nom, dont personne ne se sert maintenant parce que c’est interdit. Je me dis que ça n’a pas d’importance, un prénom, c’est comme son propre numéro de téléphone, cela ne sert qu’aux autres. Mais ce que je me dis est faux, cela a de l’importance. »
(Margaret Atwood, La Servante écarlate)

« Comment un alphabet – des lettres qui n’ont pas même de sens chacune de leur côté – pouvait-il avoir une telle importance ? Pourtant c’était le cas. Nos histoires, nos noms, notre alphabet. […] Tout tournait autour des mots. Si les mots n’avaient pas d’importance, ils ne s’évertueraient pas à nous les arracher. »
(Linda Sue Park, When My Name Was Keoko)

« Il existe une ironie flagrante concernant l’anglais politiquement correct : ce dialecte qui prétend être celui de la réforme progressive est en fait, dans sa substitution orwellienne des euphémismes de l’égalité sociale par l’égalité sociale elle-même, bien plus utile aux conservateurs et au maintien du statu quo. Autrement dit, l’anglais politiquement correct sert de moyen de censure, et la censure profite toujours au statu quo. »
(David Foster Wallace)

« Je me souviens que les mots ont commencé à changer de sens. Que des mots étranges comme collatéral ou transfert sont devenus terrifiants. […] Je me souviens que la différence est devenue synonyme de danger. »
(Alan Moore, V for Vendetta)

« Lorsqu’une société entre en déliquescence, son langage fait de même. Les mots servent à déguiser plutôt qu’à éclairer les actes : on libère une ville en la détruisant. Les mots servent à embrouiller, pour qu’au moment des élections les gens votent résolument contre leurs propres intérêts. »
(Gore Vidal)

« Ne voyez-vous pas que le véritable but du Novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. »
(George Orwell, 1984)

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“When men cannot change things, they change words.”
(Jean Jaurès)

“Language is never neutral and, by definition, it cannot help but express a society’s power struggles, values and beliefs.”
(Andrea Semprini, Le Multiculturalisme)

“The world as we have created it is a process of our thinking. It cannot be changed without changing our thinking.”
(Albert Einstein)

“Words mean nothing. They are labels we give things in an effort to wrap our puny little brains around their underlying natures, when ninety-nine percent of the time the totality of the reality is an entirely different beast.”
(Karen Marie Moning)

“One must always be careful of books […] and what is inside them, for words have the power to change us.”
(Cassandra Clare)

“The thing about words is that meanings can twist just like a snake, and if you want to find snakes look for them behind words that have changed their meaning.”
(Terry Pratchett)

“What’s in a name, really? I mean, besides a bunch of letters or sounds strung together to make a word. Does a rose by any other name really smell as sweet? Would the most famous love story in the world be as poignant if it was called Romeo and Gertrude? Why is what we call ourselves so important?”
(Julie Kagawa)

“My name isn't Offred, I have another name, which nobody uses now because it's forbidden. I tell myself it doesn't matter, your name is like your telephone number, useful only to others; but what I tell myself is wrong, it does matter.”
(Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale)

“How could an alphabet – letters that didn't even mean anything by themselves – be important?
But it was important. Our stories, our names, our alphabet. […] It was all about words. If words weren't important, they wouldn't try so hard to take them away.
(Linda Sue Park, When My Name Was Keoko)

“There's a [gross] irony about Politically Correct English. This is that PCE purports to be the dialect of progressive reform but is in fact--in its Orwellian substitution of the euphemisms of social equality for social equality itself--of vastly more help to conservatives and the […] status quo [...]. In other words, PCE acts as a form of censorship, and censorship always serves the status quo.”
(David Foster Wallace)

“I remember how the meaning of words began to change. How unfamiliar words like collateral and rendition became frightening. […] I remember how different became dangerous.”
(Alan Moore, V for Vendetta)

“As societies grow decadent, the language grows decadent, too. Words are used to disguise, not to illuminate, action: you liberate a city by destroying it. Words are to confuse, so that at election time people will solemnly vote against their own interests.”
(Gore Vidal)

“Don’t you see that the whole aim of Newspeak is to narrow the range of thought? In the end we shall make thoughtcrime literally impossible, because there will be no words in which to express it.”
(George Orwell, 1984)

war is peace, ignorance is strength, freedom is slavery, 1984, orwell
illustration de Gyroid

mercredi 14 mai 2014 Publié dans Citations, extraits de chansons, Réflexions | Commentaires (0) |  Facebook | |

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