Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi 01 mars 2014

Représentation des genres au cinéma

J’avais envie d’intituler cet article Le sexisme au cinéma ou quelque chose du genre, mais je crois que certaines personnes ont une vision du sexisme différente de la mienne, notamment mon cher frère avec qui j’ai régulièrement des désaccords philosophiques à ce sujet ;p. Parlons donc de représentation des genres pour éviter tout malentendu ; l’expression a de plus l’avantage d’être plus neutre alors que l’on considère souvent le sexisme comme allant dans un seul sens (les femmes en étant les victimes), ce qui n’a à mes yeux pas plus de sens que de considérer que le racisme anti-blanc n’existe pas, mais en tant que linguiste je suis consciente de l’importance des connotations qui finissent par faire partie du sens d’un terme. Si j’utilise le mot sexisme à un moment ou à un autre de cet article, convenons que je parle d’un système de stéréotypes qui divisent les rôles, capacités et comportements humains selon le genre des personnes, et des attitudes qui en découlent (notamment les discriminations conscientes ou non envers l’un des deux sexes).

Je veux donc discuter des genres au cinéma, une question à laquelle je suis particulièrement sensible depuis que j’ai entendu parler du test Bechdel (ou Bechdel-Wallace). Il s’agit d’une liste de 3 questions à se poser après avoir vu un film pour savoir s’il est sexiste. C’est un test par l’absurde, volontairement réducteur, et qui ne tient pas du tout compte de la qualité artistique des films. Le but est plutôt de démontrer qu’un grand nombre de films sont très centrés sur les hommes – pas étonnant quand on sait que la proportion de personnages féminins dans les films tourne autour de 30% et a diminué depuis 2008.

bechdel test.png

Voici donc les 3 questions :

* Y a-t-il au moins deux personnages féminins qui portent un nom (pas des figurantes) ?
* Ces deux femmes parlent-elles ensemble à un moment ou à un autre ?
* Et si oui, parlent-elles d’autre chose que d’un homme ?

Mettons cela en pratique avec Le Hobbit 2. Oups. Malgré l’ajout d’un personnage d’elfe guerrière et rebelle (Tauriel) qui n’existe pas dans les romans de Tolkien, ce qui est un bel effort (notamment de par son implication dans l’intrigue, puisqu’elle est le seul personnage d’elfe qui n’a pas envie de se terrer chez elle pendant que le mal progresse)… Le film échoue au test Bechdel dès la première question. Peut mieux faire, mais un bon point pour des efforts certains.

hobbit desolation of smaug legolas tauriel.jpg

Un autre exemple datant de 2012 : Total Recall avec Colin Farrell et Jessica Biel. On a deux personnages féminins « forts », au sens qu’elles sont douées pour se battre. Cela dit, leurs interactions (d’ailleurs plus physiques que verbales) tournent essentiellement autour du personnage de Colin Farrell, qui est « marié » à l’une (qui a en fait été placée dans sa vie pour le surveiller) et a une relation amoureuse avec l’autre. Un sur trois au test Bechdel donc. Selon mon frère, le personnage de Melina (Jessica Biel) est complètement inutile et il le retirerait volontiers du film ; quant à moi, je lui donnerais un rôle plus central puisqu’elle sert essentiellement à le guider jusqu’à la Résistance – et comme justification à son changement de camp, comme s’il ne pouvait pas avoir eu de crise de conscience tout seul.

Total recall.jpg

Mais certains films passent ce test haut la main, comme Hunger Games et Hunger Games – Catching Fire. J’avoue même que je me suis posé la question dans l’autre sens : les personnages masculins parlaient-ils entre eux d’autre chose que d’une femme ? Mais après vérification, c’est le cas même si cela représente peu de conversations et que Katniss joue indéniablement l’équivalent du rôle habituel du protagoniste masculin autour duquel le reste des personnages tournent, notamment au niveau des relations romantiques. Pour moi, ces films sont l’exemple parfait d’œuvres où la parité (et d’ailleurs la représentation de minorités ethniques) n’est pas une question de comptes d’apothicaire, mais un phénomène naturel parce que le scénario (ou dans ce cas, le roman) a été écrit en tenant compte de la diversité de la vraie vie.

katniss-hugs-prim-in-hunger-games-catching-fire-photo.jpg

En effet et pour généraliser, je ne suis pas de ces obsédés de la parité qui veulent absolument qu’on ajoute des personnages féminins pour satisfaire une égalité stricte. Cela ne me choque absolument pas qu’une fois de temps en temps, un film ne passe pas le Bechdel test à cause d’un contexte particulier (dans un film historique ou encore un univers de science-fiction où l’on justifie un rôle différent des femmes). Tout comme il est naturel qu’on ait une majorité d’acteurs blancs dans un film sur le Moyen-Âge en Europe, par exemple.

Mais ce qui est inquiétant, c’est la prépondérance de ces films d’un point de vue statistique, qui reflète une certaine orientation de l’industrie du cinéma. Et le problème, c’est que les représentations ne sont jamais QUE des représentations ; elles influencent les comportements en reflétant ce que les gens considèrent souvent comme la réalité. Inconsciemment, on se fonde sur ces représentations, d’autant plus qu’on y est exposé en permanence, entre publicités, séries télé, films et émissions ou magazines qui parlent de ces films et séries télé. Les plus vulnérables sont bien sûr les enfants, qui apprennent dès les contes de fée l’histoire de princesses passives sauvées par un prince. Mais aucun d’entre nous n’y est imperméable puisque l’omniprésence de ces représentations forme une certaine image de la « norme ».

°*°

Le troisième critère du test est important car dans la vraie vie, les femmes ne passent pas leur temps à parler des hommes, malgré ce que pensent certains. En une semaine de discussions quasi quotidiennes avec mes amies les plus proches dans mon école, il arrive que l’on n’aborde pas une seule fois les garçons, et lorsque nous en parlons, c’est plus souvent de membres de nos familles respectives ou de camarades de classe (particulièrement s’ils ont fait quelque chose de drôle ou d’énervant) que de (potentiels) amoureux. Et pourtant, selon l’American Association of University Women (AAUW), les personnages masculins de séries télé parlent plus de leur travail que les femmes (52 contre 40 %), qui parlent quant à elles plus de relations amoureuses (63 % contre 49 pour les hommes).

°*°

Éloignons-nous du test Bechdel et abordons un autre sujet : la représentation du corps de la femme. Ne parlons même pas des retouches photos dans les pubs et les magazines – cantonnons-nous au cinéma. Les acteurs sont le plus souvent représentés au meilleur de leur forme, ils doivent être agréables à regarder et tant pis pour le réalisme. Mais il y a à mes yeux une inégalité homme-femme à ce sujet, car les actrices en surpoids sont clairement moins nombreuses que les acteurs en surpoids – aussi mauvais que cela soit pour la santé, un certain nombre d’acteurs prend du poids avant un rôle, les femmes presque jamais ou alors juste pour ne pas paraître famélique. De plus, le maquillage omniprésent transmet une image irréaliste de l’apparence des femmes : le teint parfait dès le réveil, même blessées ou mourantes, jamais en sueur (seuls les hommes transpirent), les jambes et les aisselles toujours épilées (seuls les hommes ont des poils)… Bon, je généralise, il y a des contre-exemples, mais vous voyez l’idée.

Selon une étude de l’école de communication et de journalisme USC Annenberg (ici), en 2012, 31,6 % des personnages féminins de films portaient des vêtements qui ne laissent pas grand-chose à l’imagination, contre 7 % des personnages masculins ; 31 % des femmes étaient partiellement nues à un moment ou à un autre, contre 9,4 % des hommes. Plus les femmes sont jeunes, plus leur corps est sexualisé, et cela de plus en plus dans les dernières années. De plus, on compte moins de personnages d’âge moyen chez les femmes que chez les hommes (36,4 % des personnages masculins ont entre 40 et 64 ans, contre seulement 23 % des personnages féminins).

°*°

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille de lire l’article de l’USC (en anglais) qui traite aussi du rôle des femmes dans l’industrie du cinéma en tant que scénaristes ou réalisatrices.

Quelques statistiques (en anglais) : www.missrepresentation.org/about-us/resources/gender-resources/

Et un site de notation des films d’après le test Bechdel : bechdeltest.com

Au cours de mes recherches pour cet article, j’ai aussi trouvé une page hilarante sur les clichés les plus courants dans les films, du sexe aux voyages en passant par les armes et la mort (encore une fois en anglais) : www.moviecliches.com

samedi 28 décembre 2013

Battlestar Philosophia 5 (Crossover SG-1) : Vrai ou faux dieu

 Dans ce Battlestar Philosophia « crossover », je voudrais partager avec vous quelques réflexions sur le rôle des divinités dans deux séries de science-fiction que j’ai suivies goulument : Stargate SG-1 et Battlestar Galactica. Mis à part le voyage intergalactique et leur classification par Wikipédia dans les genres de science-fiction militaire et de space opera, ces séries n’ont pas grand-chose en commun. En effet, Stargate (1997-2007) appartient à la science-fiction d’exploration avec un schéma qui se répète presque systématiquement (un épisode = une planète avec un peuple et une intrigue, même si bien sûr les choses se complexifient au fur et à mesure) tandis que BSG (2004-2009) introduit une science-fiction moins high-tech, plus réaliste et sociale, et sans extraterrestres - les seules races existantes sont les humains et les robots qu’ils ont créés, les Cylons. Mais toutes deux accordent une place centrale à la religion.

L’équipe SG-1 et le SGC (Stargate Command) font face à un certain nombre de « faux dieux » : les Goa’uld et les Ori, qui sont maléfiques, et les Asgard et les Anciens, dont les intentions semblent meilleures. Dans Battlestar Galactica, l’opposition se fait entre le Dieu unique des Cylons (en anglais One True God) et les Dieux des humains (the Gods).

galactica, battlestar, caprica, six, baltar, religion

 On remarque tout d’abord l’importance de la religion comme outil de domination et de contrôle dans les deux séries. Les Goa’uld utilisent leur pouvoir pour réduire en esclavage les humains, et les Asgard réagissent en se faisant eux aussi passer pour des dieux afin de contrer leur influence. Les Ori vont encore plus loin puisqu’ils utilisent (comment, on l’ignore) l’énergie des prières de leurs fidèles pour gagner en puissance, tandis que leurs cousins les Anciens refusent d’intervenir dans les affaires des humains pour éviter ces dérives.

Dans BSG, les Dieux ne font leur apparition que dans le discours des personnages humains et cylons, mais restent d’une importance capitale dans leurs actions. On s’en rend particulièrement compte en regardant la préquel de BSG, Caprica, qui révèle que la religion est le pourquoi, ou du moins le comment, de la rébellion des Cylons ; mais aussi dans la saison 4 de BSG, où des fidèles humains du One True God s’unissent autour de Gaius Baltar, le traitant comme un prophète.

stargate, sg-1, sg1, system lords, grands maîtres, lord, maître, system, grand

L’idée centrale répétée à plusieurs reprises dans SG-1 est que le pouvoir des « faux dieux » émane de la technologie et donc de la connaissance, qui n’a pas de vertu morale en elle-même. Ce qui compte, c’est ce que l’on fait de ce pouvoir, ce qui selon les personnages comme O’Neill ou Daniel Jackson, signifie que les Goa’uld et les Ori ne méritent pas d’être vénérés (cette argumentation est notamment développée par Daniel dans l’épisode 9.02). Ce qui est intéressant, c’est qu’ils n’en tirent pas de conclusion quant à la nature divine des Asgard ou des Anciens, dont on pourrait affirmer qu’ils utilisent leur pouvoir à bon escient. La série reste d’ailleurs très « conservatrice » dans la mesure où plusieurs personnages affirment leur foi en Dieu (sans nulle précision, mais ils font clairement référence au Dieu chrétien, je dirais même américano-chrétien) qu’ils mettent en opposition avec les « faux dieux ».

Galactica, au contraire, présente systématiquement le Dieu unique et les Dieux comme des alternatives égales, avec des fanatiques et des gens bien des deux côtés. Les athées, agnostiques et sceptiques y ont leur place, avec notamment Baltar dans le rôle du scientifique cartésien (même s’il se convertit par la suite au One True God), et Adama, qui reste très sceptique tout au long de la série bien qu’il évoque les Dieux dans ses discours comme c’est la coutume des Douze Colonies. Mais la série est malgré tout beaucoup plus mystique, avec une intrigue basée sur les prophéties de la Pythie, et le clin d’œil à la fin de la dernière saison, qui laisse supposer que les Dieux et le Dieu unique ne font qu’un, et sont responsables des visions de Baltar et de Caprica Six (leur seule intervention concrète, d’après ce que l’on sait). Pour autant, à mes yeux, si l’on fait abstraction de l’aspect « tout se déroulera comme cela a été écrit » (qui fait une bonne base pour une fiction mais ne doit pas être pris au pied de la lettre), BSG offre une meilleure perspective des différentes fois ou absences de foi que Stargate – moins manichéenne, ce qui est d’ailleurs un trait caractéristique de BSG qui ne force personne à choisir un camp.

stargate, sg-1, sg1, ori, prêcheur, preacher

Un autre aspect intéressant concerne le besoin (ou non) de preuves pour croire. Dans BSG, les conversions sont en général causées par des « preuves » ou du moins des événements qui pointent vers l’existence d’une divinité (c’est notamment le cas pour Baltar dans l’épisode 1.10 et pour Roslin lorsque son traitement pour le cancer provoque des visions prophétiques).

Les personnages de Stargate, au contraire, insistent régulièrement sur le fait que toutes les preuves du monde apportées par les « faux dieux » ne valent pas la foi inconditionnelle. Celui qui le formule le mieux est à mes yeux Mitchell dans l’épisode 9.08 (« You want to believe my people are godless and inferior, go right ahead. But we have never needed proof our gods' existence in order to believe in them » - « Si ça vous arrange de croire que mon peuple est impie, inférieur, libre à vous. Mais nous n’avons jamais eu besoin de preuve que nos dieux existent pour croire en eux »).

baltar, hera, galactica, caprica six, six, caprica, battlestar, opera, opera house harcesis, shifu, stargate, sg1, sg-1 adria, orici, ori, stargate, sg1, sg-1

Enfin, il est amusant et sans doute révélateur de constater que les deux séries font apparaître des enfants au rôle central, qui sont d’une façon ou d’une autre des « mélanges », des « métissages » au rôle prophétisé. Dans BSG, c’est Hera, fille d’Athena Sharon, une Cylon, et de Helo, un humain, qui est au centre de la Prophétie et représente l’avenir des deux races. Dans Stargate, on a Shifu, le fils de Sha’re, qui est un Harcesis : l’enfant des deux hôtes humains de symbiotes goa’uld, et dépositaire de toutes les connaissances des symbiotes en question ; et l’Orici, Adria, fille de Vala, qui dispose de toute la mémoire des Ori qui l’ont engendrée sans père (de façon similaire à Jésus dans la mythologie chrétienne). Ces trois enfants sont tous présentés comme potentiellement dangereux car pas « naturels », ils sont la cible de personnes mal intentionnées. Lors de la grossesse de Sharon, Roslin et Adama envisagent un avortement forcé, puis la laissent finalement accoucher mais prétendent que l’enfant est mort-né et la cachent de peur que les Cylons ne la trouvent et s’en servent contre les humains. Shifu est lui aussi caché et confié aux soins d’Oma Desala, qui fait partie des Anciens, et il n’échappe finalement à ceux qui voudraient l’utiliser qu’en effectuant l’Ascension, devenant à son tour un Ancien. Adria, quant à elle, remplit son rôle de chef des armées Ori lors de l’invasion de notre galaxie, après que Daniel Jackson et Vala aient échoué à l’arracher à l’influence des Ori. Le mélange (humain/machine, humain/goa’uld, humain/Ori) est donc inquiétant, car l’enfant qui en résulte en sait plus qu’il ne devrait…

mercredi 20 novembre 2013

L'esprit du sport

Ai-je déjà parlé du sport à l’école sur ce blog ? Peut-être pas, puisque je l’ai fondé en 2008, alors que j’étais déjà au Cned et que j’y avais donc déjà échappé !

Le thème me vient à l’esprit après un débat pendant un cours, où des idées fort intéressantes ont fait surface sur les façons de promouvoir l’activité physique auprès des jeunes, notamment l’importance des modèles que l’on peut trouver dans le monde du sport professionnel (avec le problème de la domination de l'argent, et la représentation inégale dans les médias des sportifs et des sportives).

Pour commencer, je vais décrire rapidement mon expérience du sport en milieu scolaire : un cauchemar. J’ai détesté ça dès le début du primaire, avec l’apparition de la compétition, et jusqu’à mes 17 ans environ, une fois au Cned, grâce aux entraînements avec mon père.

jogging.jpg

o J’étais toujours la dernière choisie lorsque l’on formait des équipes.

o En course j’étais toujours parmi les derniers.

o J’étais très mal coordonnée – d’ailleurs c’est toujours un peu le cas, cela m’a notamment posé des problèmes pour apprendre à conduire, les lecteurs les plus anciens de ce blog se souviendront de mon désespoir…

o J’avais une peur bleue de tout objet de forme vaguement ronde qui arrivait à grande vitesse dans ma direction, ce qui concrètement signifie que lorsqu’on m’envoyait une balle ou un ballon, je courais dans la direction opposée… Pas exactement la meilleure façon de se rendre populaire auprès de ses équipiers, mais d’un autre côté, on s’épargne toute commotion cérébrale ;p

Au collège les choses n’ont fait qu’empirer avec ma santé fragile. Course dans la boue en automne, natation en hiver… Je tombais malade facilement, et le reste du temps je me traînais avec un point de côté et je buvais la tasse en me mélangeant les pinceaux dans les étapes du crawl (foutue coordination), devant des profs qui semblaient convaincus que je ne faisais aucun effort.

Car les profs de sport sont un mauvais souvenir indéniable. J’en ai eu 4 dans toute ma scolarité. Au primaire ça passait, au collège l’un d’entre eux m’a laissé un assez bon souvenir même si je souffrais quand même énormément pendant les séances de sport. Quant aux deux autres, l’une en seconde et l’autre au collège… Encore aujourd’hui si je les croisais dans la rue, je crois que j’aurais des envies de meurtre. Ils n’expliquaient jamais rien, ou très mal – les règles des sports collectifs que tout le monde était apparemment censé connaître instinctivement, les rythmes de respiration, comment faire disparaître un point de côté… Comme beaucoup de profs de sport qui sont toujours en parfaite santé, le concept de maladie leur était de plus totalement inconnu, et je devais donc être une flemmarde invétérée. Mots des parents, certificats médicaux, usage abondant de mouchoirs – rien ne pouvait les convaincre de ma bonne foi. Je passerai sur les séances de course dans la boue en cours de convalescence – rechute assurée – et les remarques humiliantes ou juste idiotes.

Allez, je ne résiste pas, en voici quand même une.
« Mais le froid, ça tue les microbes ! »
Oui, une explosion nucléaire aussi.

Bref, vous l’aurez compris, je détestais le sport. La veille des cours, allongée dans mon lit, je m’angoissais en me demandait si j’allais survivre. Et la réalité dépassait souvent mes appréhensions. 

C’est drôle, ça me paraît tellement loin maintenant. Mais pour en arriver là, il a fallu une vraie rééducation et l’obstination de mon père qui m’a traînée jusqu’au lac près de chez nous, autour duquel nous courons, jusqu’à ce que j’en redemande. Jusqu’à ce que j’y prenne plaisir, jusqu’à ce que j’en ressente le besoin physique. Aujourd’hui, je n’imagine pas mon équilibre sans la course.

Sport enfants combat bully.jpg

Lors du débat dont je vous parlais, certains camarades de classe ont émis l’opinion que, même s’il était important d’avoir un bon prof de sport, cela ne faisait pas tout. Que les élèves eux-mêmes entretiennent l’esprit de compétition qui pose problème.

Je suis partiellement d’accord. Je ne suis néanmoins pas persuadée que l’esprit de compétition acharné soit inné chez les enfants. Les bambins les plus obsédés par l’idée de gagner, qui se transformaient en tortionnaires pour les autres, étaient souvent ceux que les parents poussaient. J’ai le souvenir traumatisant d’un match de l’équipe de foot de mon frère où les parents de ses équipiers, à nos côtés dans les tribunes, hurlaient des encouragements guerriers et des admonestations à leur progéniture.

Attention, je ne dis pas que toute compétition soit forcément néfaste. Mon caractère ne m’y porte guère, mais je reconnais les mérites d’une saine émulation, dans certains cas et dans une certaine mesure. Je viens d’une famille où la pudeur et la politesse incitent à garder pour soi son esprit de compétition – c’est-à-dire, à se réjouir en privé d’avoir enfin surpassé Untel, sans le crier sur les toits et en rebattre les oreilles du pauvre Untel qui, soit n’en a que faire, soit risque de s’en vexer. Je n’apprécie pas particulièrement les clameurs victorieuses de ceux qui estiment m’avoir détrônée de tel rang dans tel domaine, parfois parce que je suis mauvaise perdante, le plus souvent parce que je les aurais félicités de moi-même s’ils m’en avaient laissé le temps.

Là où la compétition m’enquiquine vraiment, c’est lorsqu’elle devient un système obligatoire. Car l’école participe à ce conditionnement des enfants. Dès l’école primaire, on organise des courses et des tournois avec un classement et des récompenses pour les premiers. En sport, mais pas ailleurs. J’avoue qu’un goût amer me revient en bouche en pensant à mes camarades qui ont reçu des coupes, des appareils photo jetables ou des stylos, pour leurs performances sportives, alors que moi, la première de classe, n’ai jamais eu droit, pour mes bonnes notes en maths ou en français, qu’aux félicitations du prof et aux regards de travers des autres élèves. La rancœur n’accomplit rien, mais ces expériences me donnent envie de créer un système plus juste pour mes enfants. Sans supprimer la compétition totalement, mais en l’équilibrant un peu plus et en s’assurant qu’aucun enfant n’est laissé de côté. Tout le monde a un talent, encore faut-il le trouver. Mais l’école, trop souvent, ne fait que mettre les élèves dans des cases. Premier de classe, sportif… et qu’en est-il de ceux qui n’excellent pas dans ces disciplines si réductrices ? Pourquoi les concours de dessin, d’imagination, de blagues, sont-ils quasi absents  du paysage scolaire ?

Mais je m’éloigne des fameux moutons, rattrapons-les. J’avais une deuxième réflexion qui me paraît assez intéressante du point de vue de la promotion du sport auprès des jeunes, non seulement pour qu’ils pratiquent une activité physique maintenant mais pour qu’ils continuent à l’âge adulte. Or, si je me base sur les gens que je connais, j’ai l’impression que la majorité des super sportifs au collège et au lycée abandonnent par la suite toute activité physique. À l’inverse, je connais plusieurs personnes qui, comme moi, détestaient et/ou étaient nuls en sport à l’école, et en font à présent de façon régulière.

Sans généraliser, ce constat me semble signer l’échec de la politique de sport scolaire actuelle.

Comment progresser ? Commençons par donner aux jeunes l’envie de faire du sport, tout comme on devrait leur donner l’envie d’apprendre. Proposons-leur des activités variées, dans une ambiance sécurisante où toute humiliation est bannie, et où la compétition ne commence qu’une fois que chacun a eu l’occasion de s’améliorer à partir d’explications claires de la part du professeur.

Utopie, quand tu nous tiens…

Sport enfants fun amusant amis.jpg

mercredi 20 novembre 2013 Publié dans Dans ma vie..., Réflexions | Commentaires (0) |  Facebook | |

mardi 22 octobre 2013

Une petite vidéo sur la répartition de la richesse

Il s'agit des USA mais cela n'est pas loin de la réalité de nombreux pays, et du monde dans son ensemble...

samedi 12 octobre 2013

Les carrefours de la vie

Un petit texte que j'ai retrouvé dans mes archives, écrit le 13 mai 2011.

carrefour, crossroads, road, route, voiture, car, feu, stoplight

On va tous quelque part. Sans le savoir, parfois, sans le faire exprès, mais on avance, c’est une question de survie. Certains tentent de reculer, de faire demi-tour, mais on ne peut pas s’arrêter, faire du sur-place.

La vie est faite de tant de choix, de carrefours. Quelques-uns que l’on reconnaît comme tels et d’autres, si nombreux, qui n’ont l’air de rien, que l’on fait sans y penser. Mais qui peuvent quand même changer notre vie. On finit parfois par s’en rendre compte, ou pas. Si j’étais sortie hier, je me serais peut-être fait voler mon sac ; mais si j’étais restée chez moi aujourd’hui, je n’aurais sans doute pas rencontré ce charmant jeune homme.

Parfois, je me dis qu’il faudrait installer des feux de circulation à ces carrefours. Ce serait terriblement réducteur, bien sûr, mais tant de gens se ratent ou se blessent par manque de coordination. Mais une chose est sûre : il n’y aura jamais de panneaux de directions pour les choix. Parce que de nombreuses voies mènent aux mêmes résultats, et vice-versa. Parce qu’il n’y a d’impasses que celles que l’on voit comme telles. Et parce que le chemin emprunté compte au moins autant que la ligne d’arrivée, que nous ne devrions pas être trop pressés d’atteindre puisqu’il s’agit de la fin du voyage…

samedi 12 octobre 2013 Publié dans Descriptions de passage, Mes écrits, Réflexions | Commentaires (0) |  Facebook | |

mercredi 19 juin 2013

Génériques, merci mais non merci

« Je voudrais du Doliprane® 500 s’il vous plaît.

- Bien sûr, me répond le pharmacien en mettant dans un sac plastique une boîte qui attire mon attention.

- Euh, je préfèrerais le princeps.

- On ne l’a pas. »

Il était tard, j’avais mal à la tête, j’ai acheté le générique sous le regard narquois du pharmacien. Il n’est pas près de me revoir chez lui.

Car oui, je fais partie de ces gens bizarres qui ne veulent pas de génériques. Pour le paracétamol, je n’ai jamais eu de problème – il faut dire qu’il ne doit pas y avoir beaucoup d’ingrédients genre excipients, et puis de toute façon 0% de notre paracétamol est fabriqué en France. Même celui du Doliprane®, si si (cf le 3ème lien de la liste à la fin de l’article).

Mais mon opposition aux génériques n’est pas basée que sur des principes théoriques que j’expliciterai plus bas. J’ai une santé fragile et attrape régulièrement de grosses laryngites, qui se traitent en général très bien par homéopathie/phytothérapie/kit basique du genre Vicks® Vaporub et collutoires. Mais une fois de temps en temps, cela finit en bronchite et il me faut alors un traitement antibiotique si je veux éviter de tousser comme un tacot pendant deux mois (le seul qui fonctionne étant l’amoxicilline, nom de princeps français Clamoxyl®). Il est arrivé qu’on me refile en douce le générique, résultat : j’ai passé deux semaines de plus (au lieu d’une petite semaine en général lorsque je prends le princeps) à cracher mes poumons et dormir trois heures par nuit. Ajoutez à cela les expériences de plusieurs personnes de mon entourage, et vous saurez pourquoi je me bats avec les pharmaciens.

Et même s’il y a bien sûr des pharmaciens qui s’exécutent sans ciller (voire avec des mots gentils car il ne faut pas croire, il y en a qui se sont fait leur propre opinion sur les génériques!), certains réagissent vraiment mal quand on demande le princeps. Je ne compte plus les occasions où j’ai dû écouter un laïus sur le manque de fondements de ma demande – et l’écouter jusqu’au bout à chaque fois même si on est pressé, sinon ils se vexent… Ou alors, on me lâche de façon pas très amicale : « Oui mais alors il faut payer » car en effet, la Sécu rembourse moins les princeps que les génériques (ou plus exactement, elle rembourse la même somme malgré le prix plus élevé du princeps) et pas tout de suite (on avance l'argent au lieu de bénéficier du tiers payant - cf le 5ème lien sur ma liste). Mais est-ce que j’ai dit que je ne voulais pas payer ? Sans doute ont-ils des clients qui râlent (et sur le principe je les comprends, car la politique de la Sécu quant aux génériques m’exaspère – cela dit j’évite personnellement de m’en prendre au messager) mais ce n’est pas une raison pour m’agresser avant même que j’aie eu le temps d’ouvrir mon portefeuille !

Je reprends cet article que j’avais commencé d’écrire il y a quelques temps, à l’occasion du scandale d’inversion de médicaments Teva. On en sait encore relativement peu sur ce qui s’est passé à l’heure où je vous parle, le fait que ce soit des génériques n’a donc peut-être pas grande influence sur l’affaire – si ce n’est que l’économie sur les enrobages facilite ce genre de confusion puisqu’un somnifère et un diurétique arrivent à avoir la même couleur et la même forme. Et puis de façon plus générale, quand on rogne les coûts, les risques d’erreur augmentent…

Je vais maintenant exposer les principes théoriques évoqués précédemment. Contrairement à ce qu’on nous rabâche, le générique n’est pas identique au princeps ! D'ailleurs, légalement, il ne doit être qu'équivalent. Tout d’abord, il peut contenir des excipients différents, et dosés différemment. Et ceux-ci peuvent avoir une incidence sur l’efficacité du médicament… et aussi sur les réactions allergiques, en général plus nombreuses avec les génériques (c’est notamment le cas de l’amoxicilline dont je vous parlais plus haut). Et même la substance active peut être dosée à plus ou moins 10% par rapport au princeps. 10%, ce n’est peut-être pas dramatique pour du paracétamol, mais pour un antibio ça commence à faire, et pire encore pour des traitements au long cours, hormonaux par exemple (d’ailleurs les médecins conseillent en général à ce type de patients de toujours garder le même médicament, que ce soit le princeps ou l’un des génériques, pour que la dose reste constante).

Pour autant, peut-être avez-vous suivi des traitements génériques sans que ça vous pose aucun problème. Tant mieux pour vous ! Peut-être êtes-vous tombé sur un « bon » générique, peut-être vos problèmes de santé sont-ils assez bénins ou votre constitution assez solide pour que cela n'ait pas d'influence... Que sais-je. Je ne dis en aucun cas que toute personne qui consomme des génériques va mourir dans d'atroces souffrances, contrairement à la façon dont certains déforment mes arguments pour en rire. Simplement il faut être conscient que la population qui consomme des médicaments, surtout de façon régulière, est en moyenne affaiblie par rapport à la population globale, et que les risques sont donc plus importants. Moi-même n'ai pas une santé flamboyante par rapport à la moyenne des gens de mon âge, et j'ai un terrain allergique et de problèmes d'immunité... Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les morts liées à l'inversion de médicaments Teva sont des personnes âgées et... malades ! Comme c'est bizarre de la part de personne qui avalent des pilules !

De plus, pour réduire les coûts, de nombreux labos font fabriquer leurs génériques à l’étranger (notamment en Chine), et il est notamment arrivé que des bris de verre se retrouvent dans des lots de médicaments, ou encore des poils de balai ou des insectes (cf 3ème lien de la liste). Cela laisse rêveur quant aux conditions de sécurité et d’hygiène de ces usines et à ce qui peut passer au travers des (rares) contrôles. C'est malheureusement un problème qui se pose également pour les princeps, mais plus on veut baisser le prix, plus ce genre de risque est présent.

Enfin, je ne peux que m’étonner d’entendre ou de voir à la radio et à la télévision des publicités du style : « le labo Machin-Chose vous propose le médicament Machin-Truc ® et son générique Machin-Trucmuche – aucune différence, sauf le prix ». On nous répète que l’économie vient de l’absence de coûts de Recherche & Développement pour les labos qui se basent sur les recherches de celui qui a lancé le princeps, une fois le brevet arrivé à expiration. Dans ce cas, il faudrait qu’on m’explique comment les génies de chez Machin-Chose arrivent à vendre leur Machin-Trucmuche moins cher que Machin-Truc ®, alors qu’eux ont eu les coûts de R&D plein pot, et continuent d’ailleurs à vendre Machin-Truc ® au prix fort… Un prix plus fort que nécessaire, peut-être ? Ou rogneraient-ils sur les coûts d’une façon ou d’une autre sur la fabrication du générique… Dans les deux cas, il y a anguille sous roche.

Pour conclure, la mesure la plus urgente me semble être le retour du droit à l'information pour les patients. J'arrive encore à me faire avoir quand je suis distraite, alors que je suis sensibilisée à ce problème - alors imaginez des gens plus influençables, moins bien informés... ! Sans même parler des remboursements par la Sécu ou des catastrophiques conditions de sécurité des usines de médicaments à l'étranger, il me semble donc primordial que la Sécu arrête de pousser les pharmaciens à refourguer des génériques sans prévenir, ou en piégeant, leurs clients. Dès lors que l'argent sort de la poche du patient (ce qui est inquiétant pour l'égalité devant les soins), je ne vois pas en quoi ça les regarde !

Quelques liens si le sujet vous intéresse :

Les différences générique/princeps :
http://sante.planet.fr/medicaments-et-risques-sante-la-ve...

Génériques – arguments pour et contre (pharmacienne & médecin), copies conformes ou non, risques.
http://www.terrafemina.com/forme/bien-etre-beaute/article...

Médicaments fabriqués à l’étranger - problèmes sanitaires et difficulté des contrôles :
http://www.bastamag.net/article2172.html

Les génériques : différences avec le princeps, motivations financières, marketing et matraquage publicitaire :
http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/sante/medicamen...

La prise en charge par la sécu :
http://www.mutuelle-land.com/dossiers-mutuelle/questions-...

mercredi 19 juin 2013 Publié dans Réflexions | Commentaires (0) |  Facebook | |

mercredi 12 juin 2013

Battlestar Philosophia 4: le progrès et l'Histoire

Battlestar Galactica 2003 est sans nul doute moins conservateur que son prédécesseur sur les points de vue culturels, sociaux, et politiques d’une certaine façon – en tout cas quant aux rapports entre Cylons et humains, car pour ce qui est de la gouvernance il est difficile de discerner une morale claire – de nombreux personnages préfèrent recourir à la force ou au mensonge, et n’acceptent la démocratie que lorsqu’elle les sert, et celle-ci mène parfois à la catastrophe (comme lorsque Baltar est élu Président) ; mais d’un autre côté, n’est-ce pas là le parti-pris de la série toute entière : un réalisme qui ne choisit pas de camp et laisse le spectateur réfléchir par lui-même ?

Battlestar-Galactica-Evolution-of-the-Cylon-battlestar-galactica-10654413-1500-617.jpg

Mais s’il y a un sujet sur lequel BSG 2003 me semble au moins aussi conservateur que BSG 1978, c’est bien la technologie et le progrès. Il n’y a qu’à voir la mini-série qui en constitue le pilote : le Galactica n’échappe au massacre par les Cylons que grâce à sa technologie obsolète et à la méfiance de son commandant, William Adama, face au progrès et à la mise en réseau. On apprend plus tard que le Pegasus, seul autre vaisseau militaire à avoir survécu, était quant à lui déconnecté pour mises à jour au moment de l’attaque. Idem pour les Vipers : seuls les modèles les plus anciens sont dignes de confiance. Bref, dès l’origine l’ambiance est posée : le progrès est dangereux. Et pas seulement parce qu’il a permis de créer les Cylons…

Cette idée revient sous diverses formes au fil de la série. Par exemple, dans l’épisode 2.01 (Le tout pour le tout / Scattered), le lieutenant Gaeta ne trouve d’autre solution pour retrouver les vaisseaux perdus de la flotte que la mise en réseau des ordinateurs, que le second Tigh accepte à contrecœur en l’absence d’Adama blessé. Mais on apprend dans l’épisode suivant (2.02 : les Centurions de Caprica / Valley of Darkness) que cela a mis gravement en danger la flotte, permettant à un virus cylon de contaminer les systèmes du Galactica, qui peuvent maintenant être utilisés comme une arme contre son propre équipage… voire contre les vaisseaux civils.

On la remarque aussi dans l’esthétique de la série. Alors que BSG 1978, au sommet de la vague de science-fiction à la Star Trek, mettait en scène des armes high-tech, le remake de Ron Moore est bien plus low-tech. Les armes tirent des balles, les combats spatiaux grandioses ne disposent que d’un temps réduits et sont finalement plutôt psychologiques, concentrés sur les pilotes et les personnages à bord des vaisseaux… Quand Gaeta perd sa jambe, on la remplace par une prothèse mal foutue qui lui fait horriblement mal. Les vaisseaux sont rafistolés tant bien que mal (avec parfois des conséquences dramatiques), bref, on fait beaucoup de bricolage. Non seulement la technologie est dangereuse, mais elle ne permet pas les miracles que l’on pouvait espérer en regardant la science-fiction des années 60 à 80.

Tout cela semble, a posteriori,  annoncer le final de la série qui en a pourtant surpris plus d’un (moi la première). Attention spoilers ! En effet, à la suggestion de Lee (qui, au début de la série, s’opposait pourtant à son père sur l’idée de progrès technologique) et avec l’accord de toute la flotte (humains comme Cylons), il est décidé d’abandonner toute technologie avancée et de détruire les vaisseaux pour s’installer sur la planète surnommée la seconde Terre, en repartant de zéro. Dans l’espoir de briser le cycle de la violence…

Pourquoi le nier ? Le romantisme de cette idée me plaît beaucoup. Cela manque peut-être un peu de réalisme – je doute tout d’abord que toute la population accepte de renoncer à la technologie qui les rassure, même s’ils viennent de passer des années enfermés dans des boîtes de conserve à s’annihiler à coup de têtes nucléaires – mais c’est une jolie fin.

Il faut dire que je partage un peu la méfiance d’Adama envers la technologie, à ma façon contradictoire – je m’en sers et c’est très pratique, certaines innovations me fascinent, mais j’ai souvent l’impression qu’on va trop loin, trop vite : par exemple, l’imprimante 3D est à mes yeux un concept épatant, et utile à bien des égards (bientôt on pourra recréer une pièce cassée d’un appareil à l’obsolescence programmée, et donc s’affranchir des monopoles des fabricants) mais qui comporte aussi ses parts d’ombre (une arme à feu a déjà été créée grâce à cette technologie, et bien que pour l’instant on risque autant de se faire sauter avec que d’atteindre sa cible, cela présage la possibilité pour chacun de s’équiper d’armes de guerre comme on imprimerait une photo). Car toute nouvelle technologie sera, forcément, chaque fois que c’est possible, détournée pour faire du mal à d’autres humains – la radioactivité peut soigner des cancers, mais c’est tellement plus glamour de balancer des bombes A, et j’en passe et des meilleures… La Révolution industrielle a conduit à des évolutions de nos modes de vie, mais pas toujours de façon positive, et elle a aussi permis la mondialisation de la guerre avec des armes toujours plus puissantes et destructrices… Bref, dans ce contexte, je crois qu’on peut interpréter BSG comme un avertissement contre le progrès irréfléchi et irresponsable…

D’un autre côté, Ron Moore parvient dans les dernières minutes de BSG à nous surprendre encore en nuançant son message. Avec un flashforward jusqu’à New York de nos jours, on comprend que la flotte est arrivée sur notre Terre et que la série, comme certains le pressentaient, était donc située dans le passé lointain. Mais surtout, l’on découvre que la belle résolution de Lee n’a fait que retarder l’inéluctable avancée technologique des humains, qui créent maintenant des robots de plus en plus humanoïdes qui rappellent fort les Cylons. All of this has happened before, and all of it will happen again : il semble approprié que l’idée d’Histoire cyclique présente tout au long de la série soit ce qui la conclut. Mais la discussion entre les deux « anges » Baltar et Caprica Six, qui observent le tout avec un certain détachement, nous ouvre quand même un espoir : celui que cette fois, la fin soit différente.

Plus largement, c’est finalement l’idée d’Histoire qui est remise en cause. En effet, c’est l’Histoire qui a mené à toutes les guerres entre Cylons et humains – dans l’épisode 3.04 (Exodus 2ème partie / Exodus part 2), numéro Trois (D’anna) explique en effet que les Cylons n’ont plus le choix : s’ils laissaient les humains vivre, ceux-ci raconteraient leur histoire à leurs enfants qui la transmettraient à leur tour à leurs descendants qui, un jour, finiraient par partir à la recherche des Cylons pour se venger ou les mettre hors d’état de leur nuire à nouveau[1]. Ce qui explique la réaction de la flotte lorsqu’elle arrive sur Terre : oublier leur Histoire en même temps que leur technologie, c’est se donner la possibilité de vivre ensemble en harmonie, humains comme Cylons, de repartir de zéro sur tous les plans. Oui, mais oublier son histoire, c’est aussi oublier les leçons qu’on a pu en tirer, et le résultat, plusieurs millénaires plus tard, c’est qu’on s’apprête sans doute à commettre encore une fois les mêmes erreurs…

Ce sont des questions qui se posent régulièrement après des guerres : la punition ou le pardon, l’oubli… Ne serait-ce qu’après la Seconde Guerre mondiale, on a vu des réactions très différentes de différents pays : l’autoflagellation, la victimisation, l’héroïsation… et cela influence encore aujourd’hui les relations internationales – les États-Unis aiment à rappeler qu’ils ont sauvé l’Europe, l’Allemagne se méfie encore beaucoup des interventions militaires… Du point de vue technologique, la question du désarmement ou de la non-prolifération est également cruciale… même si elle consiste souvent à empêcher les pays qui n’ont pas encore développé une technologie, de la développer un jour. Seuls les pays « adultes et responsables » (j’insiste sur les guillemets et l’ironie qu’ils impliquent) peuvent disposer de la fameuse force de dissuasion nucléaire, que les pays plus « immatures » ne sauraient pas utiliser. Mais hors de question de s’en débarrasser complètement comme le suggère Ron Moore dans BSG.

Encore une fois, le créateur de la série nous traite comme des êtres doués d’intelligence et ne nous sert aucune réponse toute cuite. À nous d’interpréter cette fin comme nous le souhaitons…

The_fleet's_end.jpg


[1] “What would you do if we really just left you here? You'd live out your lives in peace and never trouble yourselves with thoughts of us again? Or would you raise your children with stories of the Cylon, the mechanical slaves who once did your bidding, only to turn against you? Killers who committed genocide against your race, the occupiers of this city until we just ran away? Would you tell them to tell the story to their children, and to their children's children, and nurse a dream of vengeance down through the years so that one day they could just go out into the stars and hunt the Cylon once more?”

mercredi 12 juin 2013 Publié dans Battlestar Philosophia, Réflexions | Commentaires (0) |  Facebook | |

samedi 13 avril 2013

Patrimoine, honnêteté et représentativité

On a entendu bien des choses sur l’affaire Cahuzac. Je passerai sur l’incompétence chronique de certaines personnes (qu’ils n’aient pas su, ce qui serait affligeant, ou qu’ils aient su et se soient imaginé pouvoir le cacher, ce qui n’est pas mieux) – ça me déprime. Je passerai également sur l’aspect psychiatrique de l’affaire, même s’il y aurait certainement beaucoup à dire sur un ministre qui se défend avec autant de conviction d’un délit dont il se sait coupable (mythomanie ?) après s’être fait le champion de la lutte contre l’évasion fiscale (schizophrénie ?).

Non, je veux plutôt m’attarder sur ces fameuses déclarations de patrimoine et les interprétations qui en ont été faites dans la presse. J’ai en effet pu constater un amalgame entre richesse légale et évasion fiscale, mais aussi entre honnêteté et représentativité.

money & politics.jpg

Dans divers débats j’ai entendu parler de la fameuse relation à l’argent des français. Et c’est vrai, elle est à part. C’est vrai, les Américains par exemple en parlent sans tabou, mais il ne faudrait pas non plus les prendre en exemple jusqu’au bout, puisqu’ils mesurent souvent la valeur des gens à leur richesse (à cause d’une interprétation étrange du rêve américain, à la base « n’importe qui peut réussir à force de travail », qui devient « tout le monde peut réussir à force de travail », oubliant bien vite que pour qu’une personne s’enrichisse, d’autres doivent rester en bas de la pyramide !).

Et puis je trouve qu’il faudrait arrêter de tout mettre sur le dos de cette relation à l’argent. Ah les Français, de toute façon ils n’aiment pas les riches ! C’est simpliste, et je crois que cela passe à côté d’aspects essentiels dans cette affaire, mais aussi de façon plus générale dans la conjoncture actuelle.

Car les Français ne sont peut-être pas si bêtes. Ce n’est peut-être pas la richesse en tant que telle qui les dérange – même si personnellement et sans être communiste, je trouve choquant certains fossés qui, selon moi, ne sont absolument pas justifiés par une différence de compétences. Ils ne s’imaginent peut-être pas non plus que tous les hommes politiques ont un compte en Suisse ou trempent dans les trafics d’influence. Peut-être que les Français, ils se demandent juste comment des gens au patrimoine 10 à 100 fois supérieur au leur peuvent comprendre leurs problèmes. Pire, s’ils s’y intéressent vraiment.

N’est-ce pas en effet un peu facile pour nos politiciens, qui vivent dans leur petite bulle et ignorent jusqu’au prix d’un ticket de métro ou d’une baguette de pain, de nous demander des efforts, la rigueur et tout le tintouin ? N’ont-ils pas intérêt de par leur classe sociale à plutôt épargner ceux qui gagnent bien leur vie, à les appeler « créateurs de richesse » en oubliant que cette richesse repose aussi sur ceux qui travaillent d’arrache-pied en bas de l’échelle ?

Et je ne parle même pas de démarche consciente ! Il s’agit de leur façon de penser, de leur idéologie, parce que quand on est riche on a évidemment envie de croire qu’on le mérite, et la pente est alors glissante (aux Etats-Unis elle mène certains à considérer que les pauvres méritent aussi leur sort, idée qui montre le bout de son nez  dans certains types de dénonciation de l’assistanat).

wealth gap.jpg

Je finis un peu hors-sujet avec une remarque récurrente qui m’a frappée : c’est que les électeurs tranchent quand ils votent, comme si obtenir plus de 50% des suffrages (en omettant l’abstention qui est pourtant souvent déjà un message politique) suffisait à légitimer une personne et à la dispenser de toute explication sur sa profession, son patrimoine ou encore son programme (je pense à Hollande qui considère les parties de son programme qu’il souhaite mettre en application, d’ores et déjà validées par le suffrage présidentiel, comme si ses électeurs, et a fortiori les citoyens, approuvaient forcément l’ensemble de ces mesures ; et qui s’autorise néanmoins à retarder jusqu’à son départ l’application d’autres parties dudit programme, je pense bien sûr au non-cumul des mandats qui fait pourtant quasiment l’unanimité). C’est oublier un peu vite qu’on n’a qu’un choix terriblement restreint, gouverné par une logique de partis d’un autre âge, et qui dépend souvent de réseaux d’influence obscurs. Difficile en effet de se lancer en politique sans être « homologué » par ses pairs… qui préfèrent bien sûr des gens qui leur ressemblent et partagent leurs idées ! Et puis, le fait que l’électorat considère un candidat comme le meilleur ou le « moins pire » pour tel ou tel poste, ne le dispense en aucun cas de s’adapter à leurs attentes.

Mais là je rêve bien sûr d’une démocratie plus participative, où l’on demanderait vraiment leur avis aux citoyens… Anarchie ? Chaos ? Non. Le chaos, c’est maintenant.

samedi 13 avril 2013 Publié dans Réflexions | Commentaires (0) |  Facebook | |

mercredi 27 mars 2013

Vous êtes ensemble?

Il y a environ un mois, je me baladais dans Paris, bras-dessus bras-dessous avec l’une de mes meilleures amies. Nous nous arrêtons à une intersection, quand un passant nous interpelle :

« Vous êtes ensemble ?

Je me retourne et le regarde, pas sûre qu’il s’adresse à nous et un peu lente à la comprenette.

- Vous êtes ensemble ? insiste-t-il, ponctuant sa question d’un geste de menton évocateur.

Je retrouve mon souffle juste à temps pour lui répondre :

- Et alors ? »

Ce qui lui inspire un ronchonnement dont je n’entends que « pas normal » avant que nous poursuivions notre chemin.

Non mais de quoi je me mêle ? On n’a plus le droit de se promener tranquille ? Je veux bien que les modifications en cours dans la loi en démangent certains, mais là tu pousses vraiment le bouchon un peu loin, Maurice ! Comme vous l’aurez compris cet échange m’a mis un rien en rogne. Parce que là j’ai fait la fière, on était dans une rue bien fréquentée, mais dans certains quartiers à certaines heures, suffira-t-il bientôt de marcher avec un ami du même sexe pour se faire tabasser ? C’est une pente glissante quand on commence à se préoccuper non seulement des droits des gens dans la sphère publique mais de leur vie privée – d’accord, nous sommes peut-être tombées sur un con (enfin pas juste peut-être en fait), mais ma question c’est : si je m’étais baladée de la même façon avec un homme à mon bras, m’aurait-on également interrogée sur la nature de notre relation ?

Cette anecdote me précipite donc dans le débat du mariage pour tous (vous ne trouvez pas drôle cette manie de rebaptiser les choses comme ça, malvoyant, technicienne de surface, croissance négative… ? je veux bien croire que ça change le point de vue des gens, mais c’est bien triste qu’on s’arrête aux mots) dont je n’avais pas encore parlé ici. Principalement parce que je ne suis pas sûre d’avoir grand-chose à apporter au débat, qui me paraît bien trop bipolarisé pour être honnête – ou productif.

En effet j’ai la fâcheuse impression que la plupart des gens ont une opinion solidement ancrée sur le sujet, alimentée d’évidences. J’avoue que je n’ai pas ces certitudes. Eliminons tout de suite l’aspect mariage en lui-même : je ne vois vraiment pas le problème ! Mais bien sûr l’essentiel du débat porte sur ce qui en découle apparemment (ou pas ?) : la filiation, l’adoption, sans même aborder la PMA et la GPA (Procréation Médicalement Assistée et Gestation Pour Autrui). La façon dont le débat nous est présenté à la télé et par les politiques me semble opposer d’un côté ceux qui disent qu’il est évident que cela ne change rien pour des enfants d’être élevés par des homosexuels ; et de l’autre, ceux qui disent que bien sûr cette loi met en danger la famille traditionnelle (famille traditionnelle qui a bon dos quand on voit le nombre de divorces et de familles monoparentales). Alors bien sûr les esprits s’échauffent. Pas étonnant, après tout c’est comme ça sur de nombreux sujets en politique, ce qui à mon avis découle de cette manie qu’ont nos représentants élus de considérer le dialogue comme le fait de parler jusqu’à avoir convaincu l’autre d’adopter la « bonne » opinion, la nôtre. Sinon on décide à leur place (je pense notamment aux commentaires effarants faits par ceux qui défendaient la Constitution Européenne en 2005, une fois le « non » voté, et qui en gros se résumaient à un mea culpa pour avoir « mal expliqué » ce texte – en résumé, les Français n’auraient jamais pu être contre s’ils avaient bien compris… d’après moi, et sans a priori de ma part sur cette fameuse Constitution que j’étais trop jeune pour comprendre à l’époque, c’est d’une arrogance sans nom, et dangereuse, car cela mène à penser qu’il n’y a sur tout sujet qu’une seule opinion « correcte » que tous les citoyens devrait partager s’ils n’étaient pas si cons…)

Bref. Revenons à nos moutons. Sur le sujet des enfants, j’avoue mon ignorance. Je n’y connais pas grand-chose si ce n’est les exemples d’éducation autour de moi. J’ai été élevée dans ce fameux modèle « traditionnel », avec un papa et une maman et des grands-parents très présents par-dessus le marché. Mais je connais des gens pas moins stables que moi (et je ne m’érige en aucun cas en exemple de stabilité ;p) qui ont grandi dans une famille monoparentale, connu une ou plusieurs séparations de leurs parents, élevés par leurs grands-parents ou toute une ribambelle de frères et sœurs. Et ceux qui s’y connaissent, les fameux « experts » cités à tout bout de champ, psys et compagnie, se déchirent à ce sujet et ne font donc pas une boussole très efficace !

Un enfant a-t-il besoin de modèles féminins et masculins pour se développer « correctement » ? Je veux bien l’admettre. J’avoue que j’ai personnellement tendance à me concentrer sur les différences entre individus plus qu’entre genres : je considère que plus on a de modèles différents (les parents assurant tout de même la cohérence du message pour éviter à l’enfant d’être écartelé), mieux on peut « décider » de ce que l’on sera. Le modèle Freudien de l’indispensable complexe d’Œdipe me paraît dépassé, avec ses rôles définis par genre de façon qui me semble caricaturale.  Je ne dis pas qu’homme et femme sont identiques (quoique je m’interroge sur la part d’acquis et d’inné dans cette histoire…), mais j’affirme que les différences entre personnalités sont bien plus fondées sur l’éducation, les expériences etc. Il y a des familles où c’est la maman qui punit et le papa qui fait des câlins, la maman qui travaille tard et le papa qui fait la cuisine – et infiniment plus de familles où les deux se partagent ces rôles plus ou moins équitablement. Personnellement, j’ai des parents plutôt casaniers (eh oui ça me vient de là), mais aussi un parrain extrêmement sociable (ce qui m’épuise souvent mais me pousse aussi à moins rester dans mon coin). Ce dernier ne m’a pas tant servi de modèle masculin alternatif que de modèle d’un fonctionnement différent à ajouter dans l’équation de la vie.

Ensuite, il faut aussi se poser la question du traitement qui serait réservé aux enfants d’homos à l’école. Les enfants sont méchants, je ne vous l’apprendrai pas. Les ados peut-être plus encore. Il suffit de différences bien moins marquées pour déchaîner leur imagination sadique. Cela doit-il arrêter l’évolution de la loi ? Serait-il plus judicieux d’attendre que le mariage entre deux hommes ou deux femmes rentre dans les mœurs, que les gens s’y habituent ? S’y habitueront-ils un jour ? Les dommages psychologiques sur ces enfants seraient-ils si graves – après tout on n’empêchera jamais les enfants d’être méchants dans une certaine mesure, et est-il plus grave de « causer » la détresse d’enfants en autorisant leur adoption ou procréation assistée par des homosexuels, que de « causer » celle des intellos ou des cancres en autorisant la notation de leur travail, celle de ceux qui ne peuvent pas acheter de vêtements de marque en n’imposant pas un uniforme ? Là encore j’avoue mon ignorance.

Après, il y a le problème des enfants « disponibles » à l’adoption, ce qui dépend des pays. La France a des lois strictes concernant les occasions où les parents peuvent perdre  leurs droits sur leurs enfants, ce qui souvent aboutit à laisser ces derniers en famille(s) d’accueil jusqu’à leur majorité même lorsqu’il était fort vraisemblable que leurs parents biologiques ne les récupéreraient jamais. Il faudra peut-être remettre cela en question si on ouvre effectivement l’adoption aux couples homosexuels, ou alors une proportion plus importante des candidats à l’adoption devra se tourner vers l’étranger… ou vers la PMA et la GPA, encore plus polémiques.

Voilà tout ce que j’ai à dire en toute humilité et en toute subjectivité. Ce qui n’empêche pas que le prochain parfait inconnu à m’interroger de la sorte sur ma vie amoureuse, ou encore sur ma religion et autres détails personnels, aura droit à une répartie plus péremptoire. Tiens-le-toi pour dit, Maurice !

 

mercredi 27 mars 2013 Publié dans Réflexions | Commentaires (0) |  Facebook | |

samedi 16 mars 2013

Différente et la même

Je n’ai pas écrit grand-chose de substantiel pour ce blog depuis mon retour de Californie. En partie à cause d’un problème de dos et de poignets causés par l’abus d’ordi, en partie parce que j’ai été bien occupée d’abord à profiter de ma famille puis avec mon travail scolaire depuis la reprise fin janvier (mon école semblant avoir décidé de faire tenir un an de boulot en un semestre). De bonnes excuses, mais qui, je crois, n’expliquent pas tout.

En effet, je me suis aperçue récemment que je commençais juste à trouver mes marques dans ma « nouvelle ancienne vie » – celle d’avant ce semestre américain. Et donc, que jusqu’ici, et encore maintenant de certaines façons, je ne savais pas trop comment être différente tout en étant la même, comment incorporer mon évolution dans ma vie « normale ».

C’est en effet quelque chose dont j’avais peur : de régresser, de perdre ce que j’avais gagné en Californie, notamment en joie de vivre et en légèreté mais aussi en ouverture aux autres. Cela n’a pas trop été le cas, avec bien sûr des hauts et des bas.

Il est difficile d’expliquer à quel point cette expérience m’a changée – en partie parce que je ne le comprends pas encore parfaitement moi-même. J’étais quelqu’un là-bas que je ne serai jamais exactement ici, et j’étais le plus souvent trop occupée à l’être et à le vivre pour analyser tout ça… Et je crois que ceux qui n’ont pas vécu une expérience similaire peuvent difficilement le comprendre… même mes camarades de classe revenant d’Erasmus n’ont pour la plupart pas connu un dépaysement aussi complet, étant restés en Europe et restant le plus souvent entourés d’autres Français. Et puis le quotidien reprend vite le dessus, sans qu’on ait l’occasion de raconter grand-chose.

Si bien que j’ai ressenti le besoin de marquer ce changement de façon physique, avec une coupe de cheveux aux épaules – pas un changement de style radical, mais il faut savoir que je n’avais pas coupé plus que mes pointes depuis… depuis toujours, en fait.

De fait je ne suis plus la même. Je suis moins stressée par les petites choses. J’ai un peu moins de mal à calmer mon perfectionnisme quant aux travaux scolaires. Je donne mon opinion plus facilement mais aussi plus respectueusement. Je souris, je m’émerveille. Tout cela cohabite avec les autres versions de moi, bien sûr. La version de moi vivant à Paris avant. La version année sabbatique. La version Cned. Et de façon décroissante, aussi la version mal dans sa peau au lycée, au collège, etc. C’est comme une mosaïque. Ou des couches de peintures qui laissent apercevoir çà et là celles qu’elles recouvrent.

samedi 16 mars 2013 Publié dans Dans ma vie..., Mes écrits, Réflexions, USA | Commentaires (0) |  Facebook | |