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samedi 28 décembre 2013

Battlestar Philosophia 5 (Crossover SG-1) : Vrai ou faux dieu

 Dans ce Battlestar Philosophia « crossover », je voudrais partager avec vous quelques réflexions sur le rôle des divinités dans deux séries de science-fiction que j’ai suivies goulument : Stargate SG-1 et Battlestar Galactica. Mis à part le voyage intergalactique et leur classification par Wikipédia dans les genres de science-fiction militaire et de space opera, ces séries n’ont pas grand-chose en commun. En effet, Stargate (1997-2007) appartient à la science-fiction d’exploration avec un schéma qui se répète presque systématiquement (un épisode = une planète avec un peuple et une intrigue, même si bien sûr les choses se complexifient au fur et à mesure) tandis que BSG (2004-2009) introduit une science-fiction moins high-tech, plus réaliste et sociale, et sans extraterrestres - les seules races existantes sont les humains et les robots qu’ils ont créés, les Cylons. Mais toutes deux accordent une place centrale à la religion.

L’équipe SG-1 et le SGC (Stargate Command) font face à un certain nombre de « faux dieux » : les Goa’uld et les Ori, qui sont maléfiques, et les Asgard et les Anciens, dont les intentions semblent meilleures. Dans Battlestar Galactica, l’opposition se fait entre le Dieu unique des Cylons (en anglais One True God) et les Dieux des humains (the Gods).

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 On remarque tout d’abord l’importance de la religion comme outil de domination et de contrôle dans les deux séries. Les Goa’uld utilisent leur pouvoir pour réduire en esclavage les humains, et les Asgard réagissent en se faisant eux aussi passer pour des dieux afin de contrer leur influence. Les Ori vont encore plus loin puisqu’ils utilisent (comment, on l’ignore) l’énergie des prières de leurs fidèles pour gagner en puissance, tandis que leurs cousins les Anciens refusent d’intervenir dans les affaires des humains pour éviter ces dérives.

Dans BSG, les Dieux ne font leur apparition que dans le discours des personnages humains et cylons, mais restent d’une importance capitale dans leurs actions. On s’en rend particulièrement compte en regardant la préquel de BSG, Caprica, qui révèle que la religion est le pourquoi, ou du moins le comment, de la rébellion des Cylons ; mais aussi dans la saison 4 de BSG, où des fidèles humains du One True God s’unissent autour de Gaius Baltar, le traitant comme un prophète.

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L’idée centrale répétée à plusieurs reprises dans SG-1 est que le pouvoir des « faux dieux » émane de la technologie et donc de la connaissance, qui n’a pas de vertu morale en elle-même. Ce qui compte, c’est ce que l’on fait de ce pouvoir, ce qui selon les personnages comme O’Neill ou Daniel Jackson, signifie que les Goa’uld et les Ori ne méritent pas d’être vénérés (cette argumentation est notamment développée par Daniel dans l’épisode 9.02). Ce qui est intéressant, c’est qu’ils n’en tirent pas de conclusion quant à la nature divine des Asgard ou des Anciens, dont on pourrait affirmer qu’ils utilisent leur pouvoir à bon escient. La série reste d’ailleurs très « conservatrice » dans la mesure où plusieurs personnages affirment leur foi en Dieu (sans nulle précision, mais ils font clairement référence au Dieu chrétien, je dirais même américano-chrétien) qu’ils mettent en opposition avec les « faux dieux ».

Galactica, au contraire, présente systématiquement le Dieu unique et les Dieux comme des alternatives égales, avec des fanatiques et des gens bien des deux côtés. Les athées, agnostiques et sceptiques y ont leur place, avec notamment Baltar dans le rôle du scientifique cartésien (même s’il se convertit par la suite au One True God), et Adama, qui reste très sceptique tout au long de la série bien qu’il évoque les Dieux dans ses discours comme c’est la coutume des Douze Colonies. Mais la série est malgré tout beaucoup plus mystique, avec une intrigue basée sur les prophéties de la Pythie, et le clin d’œil à la fin de la dernière saison, qui laisse supposer que les Dieux et le Dieu unique ne font qu’un, et sont responsables des visions de Baltar et de Caprica Six (leur seule intervention concrète, d’après ce que l’on sait). Pour autant, à mes yeux, si l’on fait abstraction de l’aspect « tout se déroulera comme cela a été écrit » (qui fait une bonne base pour une fiction mais ne doit pas être pris au pied de la lettre), BSG offre une meilleure perspective des différentes fois ou absences de foi que Stargate – moins manichéenne, ce qui est d’ailleurs un trait caractéristique de BSG qui ne force personne à choisir un camp.

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Un autre aspect intéressant concerne le besoin (ou non) de preuves pour croire. Dans BSG, les conversions sont en général causées par des « preuves » ou du moins des événements qui pointent vers l’existence d’une divinité (c’est notamment le cas pour Baltar dans l’épisode 1.10 et pour Roslin lorsque son traitement pour le cancer provoque des visions prophétiques).

Les personnages de Stargate, au contraire, insistent régulièrement sur le fait que toutes les preuves du monde apportées par les « faux dieux » ne valent pas la foi inconditionnelle. Celui qui le formule le mieux est à mes yeux Mitchell dans l’épisode 9.08 (« You want to believe my people are godless and inferior, go right ahead. But we have never needed proof our gods' existence in order to believe in them » - « Si ça vous arrange de croire que mon peuple est impie, inférieur, libre à vous. Mais nous n’avons jamais eu besoin de preuve que nos dieux existent pour croire en eux »).

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Enfin, il est amusant et sans doute révélateur de constater que les deux séries font apparaître des enfants au rôle central, qui sont d’une façon ou d’une autre des « mélanges », des « métissages » au rôle prophétisé. Dans BSG, c’est Hera, fille d’Athena Sharon, une Cylon, et de Helo, un humain, qui est au centre de la Prophétie et représente l’avenir des deux races. Dans Stargate, on a Shifu, le fils de Sha’re, qui est un Harcesis : l’enfant des deux hôtes humains de symbiotes goa’uld, et dépositaire de toutes les connaissances des symbiotes en question ; et l’Orici, Adria, fille de Vala, qui dispose de toute la mémoire des Ori qui l’ont engendrée sans père (de façon similaire à Jésus dans la mythologie chrétienne). Ces trois enfants sont tous présentés comme potentiellement dangereux car pas « naturels », ils sont la cible de personnes mal intentionnées. Lors de la grossesse de Sharon, Roslin et Adama envisagent un avortement forcé, puis la laissent finalement accoucher mais prétendent que l’enfant est mort-né et la cachent de peur que les Cylons ne la trouvent et s’en servent contre les humains. Shifu est lui aussi caché et confié aux soins d’Oma Desala, qui fait partie des Anciens, et il n’échappe finalement à ceux qui voudraient l’utiliser qu’en effectuant l’Ascension, devenant à son tour un Ancien. Adria, quant à elle, remplit son rôle de chef des armées Ori lors de l’invasion de notre galaxie, après que Daniel Jackson et Vala aient échoué à l’arracher à l’influence des Ori. Le mélange (humain/machine, humain/goa’uld, humain/Ori) est donc inquiétant, car l’enfant qui en résulte en sait plus qu’il ne devrait…

mercredi 12 juin 2013

Battlestar Philosophia 4: le progrès et l'Histoire

Battlestar Galactica 2003 est sans nul doute moins conservateur que son prédécesseur sur les points de vue culturels, sociaux, et politiques d’une certaine façon – en tout cas quant aux rapports entre Cylons et humains, car pour ce qui est de la gouvernance il est difficile de discerner une morale claire – de nombreux personnages préfèrent recourir à la force ou au mensonge, et n’acceptent la démocratie que lorsqu’elle les sert, et celle-ci mène parfois à la catastrophe (comme lorsque Baltar est élu Président) ; mais d’un autre côté, n’est-ce pas là le parti-pris de la série toute entière : un réalisme qui ne choisit pas de camp et laisse le spectateur réfléchir par lui-même ?

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Mais s’il y a un sujet sur lequel BSG 2003 me semble au moins aussi conservateur que BSG 1978, c’est bien la technologie et le progrès. Il n’y a qu’à voir la mini-série qui en constitue le pilote : le Galactica n’échappe au massacre par les Cylons que grâce à sa technologie obsolète et à la méfiance de son commandant, William Adama, face au progrès et à la mise en réseau. On apprend plus tard que le Pegasus, seul autre vaisseau militaire à avoir survécu, était quant à lui déconnecté pour mises à jour au moment de l’attaque. Idem pour les Vipers : seuls les modèles les plus anciens sont dignes de confiance. Bref, dès l’origine l’ambiance est posée : le progrès est dangereux. Et pas seulement parce qu’il a permis de créer les Cylons…

Cette idée revient sous diverses formes au fil de la série. Par exemple, dans l’épisode 2.01 (Le tout pour le tout / Scattered), le lieutenant Gaeta ne trouve d’autre solution pour retrouver les vaisseaux perdus de la flotte que la mise en réseau des ordinateurs, que le second Tigh accepte à contrecœur en l’absence d’Adama blessé. Mais on apprend dans l’épisode suivant (2.02 : les Centurions de Caprica / Valley of Darkness) que cela a mis gravement en danger la flotte, permettant à un virus cylon de contaminer les systèmes du Galactica, qui peuvent maintenant être utilisés comme une arme contre son propre équipage… voire contre les vaisseaux civils.

On la remarque aussi dans l’esthétique de la série. Alors que BSG 1978, au sommet de la vague de science-fiction à la Star Trek, mettait en scène des armes high-tech, le remake de Ron Moore est bien plus low-tech. Les armes tirent des balles, les combats spatiaux grandioses ne disposent que d’un temps réduits et sont finalement plutôt psychologiques, concentrés sur les pilotes et les personnages à bord des vaisseaux… Quand Gaeta perd sa jambe, on la remplace par une prothèse mal foutue qui lui fait horriblement mal. Les vaisseaux sont rafistolés tant bien que mal (avec parfois des conséquences dramatiques), bref, on fait beaucoup de bricolage. Non seulement la technologie est dangereuse, mais elle ne permet pas les miracles que l’on pouvait espérer en regardant la science-fiction des années 60 à 80.

Tout cela semble, a posteriori,  annoncer le final de la série qui en a pourtant surpris plus d’un (moi la première). Attention spoilers ! En effet, à la suggestion de Lee (qui, au début de la série, s’opposait pourtant à son père sur l’idée de progrès technologique) et avec l’accord de toute la flotte (humains comme Cylons), il est décidé d’abandonner toute technologie avancée et de détruire les vaisseaux pour s’installer sur la planète surnommée la seconde Terre, en repartant de zéro. Dans l’espoir de briser le cycle de la violence…

Pourquoi le nier ? Le romantisme de cette idée me plaît beaucoup. Cela manque peut-être un peu de réalisme – je doute tout d’abord que toute la population accepte de renoncer à la technologie qui les rassure, même s’ils viennent de passer des années enfermés dans des boîtes de conserve à s’annihiler à coup de têtes nucléaires – mais c’est une jolie fin.

Il faut dire que je partage un peu la méfiance d’Adama envers la technologie, à ma façon contradictoire – je m’en sers et c’est très pratique, certaines innovations me fascinent, mais j’ai souvent l’impression qu’on va trop loin, trop vite : par exemple, l’imprimante 3D est à mes yeux un concept épatant, et utile à bien des égards (bientôt on pourra recréer une pièce cassée d’un appareil à l’obsolescence programmée, et donc s’affranchir des monopoles des fabricants) mais qui comporte aussi ses parts d’ombre (une arme à feu a déjà été créée grâce à cette technologie, et bien que pour l’instant on risque autant de se faire sauter avec que d’atteindre sa cible, cela présage la possibilité pour chacun de s’équiper d’armes de guerre comme on imprimerait une photo). Car toute nouvelle technologie sera, forcément, chaque fois que c’est possible, détournée pour faire du mal à d’autres humains – la radioactivité peut soigner des cancers, mais c’est tellement plus glamour de balancer des bombes A, et j’en passe et des meilleures… La Révolution industrielle a conduit à des évolutions de nos modes de vie, mais pas toujours de façon positive, et elle a aussi permis la mondialisation de la guerre avec des armes toujours plus puissantes et destructrices… Bref, dans ce contexte, je crois qu’on peut interpréter BSG comme un avertissement contre le progrès irréfléchi et irresponsable…

D’un autre côté, Ron Moore parvient dans les dernières minutes de BSG à nous surprendre encore en nuançant son message. Avec un flashforward jusqu’à New York de nos jours, on comprend que la flotte est arrivée sur notre Terre et que la série, comme certains le pressentaient, était donc située dans le passé lointain. Mais surtout, l’on découvre que la belle résolution de Lee n’a fait que retarder l’inéluctable avancée technologique des humains, qui créent maintenant des robots de plus en plus humanoïdes qui rappellent fort les Cylons. All of this has happened before, and all of it will happen again : il semble approprié que l’idée d’Histoire cyclique présente tout au long de la série soit ce qui la conclut. Mais la discussion entre les deux « anges » Baltar et Caprica Six, qui observent le tout avec un certain détachement, nous ouvre quand même un espoir : celui que cette fois, la fin soit différente.

Plus largement, c’est finalement l’idée d’Histoire qui est remise en cause. En effet, c’est l’Histoire qui a mené à toutes les guerres entre Cylons et humains – dans l’épisode 3.04 (Exodus 2ème partie / Exodus part 2), numéro Trois (D’anna) explique en effet que les Cylons n’ont plus le choix : s’ils laissaient les humains vivre, ceux-ci raconteraient leur histoire à leurs enfants qui la transmettraient à leur tour à leurs descendants qui, un jour, finiraient par partir à la recherche des Cylons pour se venger ou les mettre hors d’état de leur nuire à nouveau[1]. Ce qui explique la réaction de la flotte lorsqu’elle arrive sur Terre : oublier leur Histoire en même temps que leur technologie, c’est se donner la possibilité de vivre ensemble en harmonie, humains comme Cylons, de repartir de zéro sur tous les plans. Oui, mais oublier son histoire, c’est aussi oublier les leçons qu’on a pu en tirer, et le résultat, plusieurs millénaires plus tard, c’est qu’on s’apprête sans doute à commettre encore une fois les mêmes erreurs…

Ce sont des questions qui se posent régulièrement après des guerres : la punition ou le pardon, l’oubli… Ne serait-ce qu’après la Seconde Guerre mondiale, on a vu des réactions très différentes de différents pays : l’autoflagellation, la victimisation, l’héroïsation… et cela influence encore aujourd’hui les relations internationales – les États-Unis aiment à rappeler qu’ils ont sauvé l’Europe, l’Allemagne se méfie encore beaucoup des interventions militaires… Du point de vue technologique, la question du désarmement ou de la non-prolifération est également cruciale… même si elle consiste souvent à empêcher les pays qui n’ont pas encore développé une technologie, de la développer un jour. Seuls les pays « adultes et responsables » (j’insiste sur les guillemets et l’ironie qu’ils impliquent) peuvent disposer de la fameuse force de dissuasion nucléaire, que les pays plus « immatures » ne sauraient pas utiliser. Mais hors de question de s’en débarrasser complètement comme le suggère Ron Moore dans BSG.

Encore une fois, le créateur de la série nous traite comme des êtres doués d’intelligence et ne nous sert aucune réponse toute cuite. À nous d’interpréter cette fin comme nous le souhaitons…

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[1] “What would you do if we really just left you here? You'd live out your lives in peace and never trouble yourselves with thoughts of us again? Or would you raise your children with stories of the Cylon, the mechanical slaves who once did your bidding, only to turn against you? Killers who committed genocide against your race, the occupiers of this city until we just ran away? Would you tell them to tell the story to their children, and to their children's children, and nurse a dream of vengeance down through the years so that one day they could just go out into the stars and hunt the Cylon once more?”

mercredi 12 juin 2013 Publié dans Battlestar Philosophia, Réflexions | Commentaires (0) |  Facebook | |

samedi 29 décembre 2012

Battlestar Philosophia 3: La vie a-t-elle un sens? Le devrait-elle?

Article écrit en juin dernier et oublié dans un recoin de mon disque dur ;p. Voici donc la troisième partie de Battlestar Philosophia:

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Au cours de cette année scolaire, j’ai revisionné l’intégrale de BSG, petit à petit, avec ma mère puis avec mes deux parents, que j’ai réussi à convertir ;). Ils sont bien moins voraces que moi en matière de séries, et nous regardions donc entre un et trois épisodes par soir, un ou deux soirs par semaine lorsque j’étais en vacances en province.

Une question qui turlupine encore mon père après avoir vu la fin, c’est : et Starbuck ? C’est à peu près la seule chose qui n’ait pas été expliquée de façon « rationnelle », et j’ai tendance à considérer que c’est normal. Mais il s’est posé pas mal de questions sur sa mort sur la Terre numéro un, sur l’alliance et la plaque d’identification qu’elle y retrouve sur son propre cadavre, et sur son enfance qui semble l’avoir préparée à ce « destin extraordinaire ».  D’ailleurs, si quelqu’un a une explication à avancer, vous lui éviterez sans doute quelques nuits sans sommeil ;p.

A partir de là, je me suis posé la question du destin (qui est abordé dans l’excellent ouvrage que je vous ai déjà recommandé, intitulé Battlestar Galactica and Philosophy : Mission Accomplished or Mission Frakked-Up, disponible en anglais en version numérique sur Amazon et notamment sur Kindle, sa liseuse électronique), et du sens de la vie, dont j’ai récemment parlé avec mon frérot. Lui considère que la vie n’a pas à avoir de sens tandis que je pense que c’est à nous de lui en trouver. Mais laissons de côté ces a priori quelques minutes, et étudions la question à partir de l’univers de la série.

Lors de la destruction des colonies par les Cylons, au début de la minisérie qui introduit le nouveau BSG, tout sens semble annihilé. Tous les projets individuels ou collectifs que les humains pouvaient avoir sont, non pas mis en suspens comme lors de la plupart des guerres, mais réduits à néant. Ce qu’il reste de l’humanité s’entasse dans quelques boîtes de conserve qui sautent d’un point à l’autre de l’espace pour tenter de survivre quelques jours de plus aux Cylons qui les pourchassent. La vie n’a plus le moindre sens.

Ah, vraiment ? Pourtant, ils continuent à avancer. On pourrait argumenter que le simple instinct de survie et de pérennité de l’espèce donne à lui seul un sens, au sens de direction, comme l’explique Roslin à Adama qui s’accroche à l’ancien sens de sa vie, combattre, en disant qu’il faut maintenant préserver ce qui reste de l’humanité et commencer à faire des bébés. Mais il s’agit bien de survie, et pas de vie.

Adama comprend vite que la flotte a besoin d’un sens à donner à ses actions, à cette vie difficile. C’est pour cela qu’il ressort une vieille fable, ou du moins c’est ce qu’il croit à ce moment-là : la Terre, treizième colonie oubliée et terre promise pour les coloniaux. Il leur donne un sens, là encore très littéralement une direction, un cap. Qui n’est pas clair, qu’il prétend être le seul à connaître pour dissimuler son stratagème, mais qui donne néanmoins une signification aux sacrifices individuels des cinquante mille âmes de la flotte, et l’espoir d’un futur meilleur. Il n’est guère surprenant, dès lors, qu’il ait tiré cette fable des Ecritures de la religion polythéiste dominante dans les Colonies : la religion n’est-elle pas le support privilégié de la quête de sens et d’espoir pour ce monde ou l’au-delà ?

Le sens est, ici, collectif. Car dans une telle période de crise, une telle apocalypse, les survivants ne peuvent se permettre de se disperser. L’unité de la flotte sera au cœur de nombreux épisodes où elle se déchire, entre guerres civiles, coups d’Etat et abandon de civils, par exemple sur New Caprica. Elle rappelle l’unité des Etats-Unis défendue au cœur de la guerre de Sécession par Lincoln, qui disait être prêt à des compromis sur des valeurs qui lui tenaient à cœur, comme l’abolition de l’esclavage, si cela s’avérait indispensable pour préserver l’Union. Et pour maintenir cette unité dans une flotte disparate notamment composée d’un luxueux vaisseau de croisière, d’une raffinerie et d’un vaisseau pénitentiaire, il faut un sens partagé par tous : la progression de l’humanité vers la Terre promise.

Ce sens est parfois remis en question. Et l’objectif semblant s’éloigner au fur et à mesure que l’on avance, comme un mirage, certains ressentent le besoin d’un sens plus personnel, qu’ils trouvent dans l’amour ou l’engagement politique, par exemple.

Admettons que nous ayons besoin de donner un sens à notre vie… Mais en a-t-elle pour autant un, intrinsèquement ? C’est ce que la trame concernant Starbuck peut laisser à penser. Sans s’enfoncer dans le débat entre destin et libre-arbitre, on peut se demander si le sens de la vie de Kara était de mener les humains jusqu’à la Terre. Cette thèse semble accréditée par le fait qu’elle disparaît une fois cette tâche accomplie. Était-elle un ange ? Un héraut des Dieux, ou du Dieu unique ? Était-elle vivante ou morte ? Ces questions, bien qu’elles passionnent mon père et méritent effectivement réflexion, ne changent rien au fait que toutes les actions de l’enfant née Kara Thrace et supposément morte sur la Terre numéro un, puis de celle qui lui ressemble trait pour trait et guide finalement la flotte jusqu’à la Terre numéro deux, semblent avoir mené à cette destination, à l’accomplissement de la « destinée » de ce qu’il reste de l’humanité. Bien qu’elle ait ignoré ce sens, a-t-il sous-tendu toutes ses actions ? Ou tout n’est-il que hasard ? Ou encore, cette destinée se serait-elle accomplie avec ou sans elle ? Mais nous retombons dans la question de destin…

Prenons d’autres exemples. Pour étudier le sens de la vie, le cas de ceux qui sont morts avant d’arriver sur Terre me paraît assez intéressant. Dee se suicide après la découverte de la Terre numéro un, inhabitable suite à une guerre nucléaire datant de quelques milliers d’années. Elle considère que la vie n’a plus de sens et décide d’y mettre fin… y a-t-il un sens à cela ?

Et Racetrack, et Kat ? Leur vie avait-elle pour sens de mourir pour protéger la flotte… et lui permettre d’atteindre son objectif ? Leur mort aurait-elle eu moins de sens si l’humanité avait continué à errer dans l’espace jusqu’à son extinction ?

Plus que jamais, j’ai l’impression de dresser un inventaire de questions. Mais les réponses sont-elles toujours nécessaires ?

(Après relecture j'ajoute ce passage sur un aspect auquel je n'avais pas pensé auparavant.)

Et les Cylons, alors? La question devient double: vivent-ils? Et leur existence a-t-elle un sens? Je tendrais à répondre que oui, d'une certaine façon, puisque leur raison d'être initiale (travailler pour les humains) n'est pas leur raison d'être actuelle (se venger des humains). Même si la vengeance c'est pas beau et souvent contre-productif (commence par creuser deux tombes, etc) et que ça fait un peu crise d'ado au complexe d'Oedipe latent (surtout une fois qu'on apprend toute la vérité au sujet de Numéro Un et des Final Five), cela prouve tout de même qu'ils ont un objectif différent de celui que leurs créateurs leur avaient attribué.

Ce qui me permet de conclure cet article de façon positive: si des machines créées par l'homme sont capables de dépasser leur programme, peut-être les hommes sont-ils capables d'influencer leur destin s'ils en ont un? Battlestar Galactica serait donc à la fois une illustration de destinée absolue (Starbuck, la Terre) et de libre-arbitre épatant avec cet exemple des Cylons, ainsi que la partie de l'épisode final qui m'a le plus surprise: la décision des humains et Cylons d'abandonner la technologie qui les avait conduit à s'entretuer. Et si la toute dernière scène nous rappelle que cela n'était que retarder l'inévitable (la réapparition de la technologie et des risques qui lui sont inhérents), bouclant la boucle et diffusant une dernière dose de destin inéluctable... je préfère y voir de l'ironie et un avertissement (courant en science-fiction) que du pessimisme.

 

Battlestar Philosophia 1: A-t-on ce qu'on mérite? Apprend-on de ses erreurs?

Battlestar Philosophia 2: Résister ou collaborer? Du côté des justes ou des gagnants?

samedi 29 décembre 2012 Publié dans Battlestar Philosophia, Réflexions | Commentaires (0) |  Facebook | |

mercredi 18 avril 2012

Battlestar Philosophia 2: Résister ou collaborer? Du côté des justes ou des gagnants?

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A la fin de la saison 2 de Battlestar Galactica, sous l’impulsion de leur tout nouveau Président Gaius Baltar, qui en avait fait un argument de campagne contre Laura Roslin, la Présidente sortante, les humains s’installent sur une planète nommée New Caprica, en référence à leur monde d’origine détruit par les Cylons. Mais un an plus tard, les Cylons les retrouvent et installent une force d’occupation. L’épisode 3.19 (Crossroads Part 1, en français Croisements 1/2) décrit le procès de Gaius Baltar pour trahison, une fois l’occupation terminée et l’humanité de retour dans sa flotte de vaisseaux spatiaux. Romo Lampkin, avocat de l’ancien Président, argumente que :

« Le seul vrai crime commis par Baltar a été de s’incliner devant l’inéluctable. Gaius Baltar a sauvé la vie de la population de New Caprica, quand Laura Roslin aurait préféré nous voir morts, victimes d’une bataille que nous n’avions aucune chance de gagner. … Je ne sais pas pour vous, mais je suis bien content qu’elle n’ait pas été la Présidente quand les Cylons sont arrivés et ont dit “Rendez-vous ou mourez”. Je dois ma vie à Gaius Baltar et à la décision qu’il a pris ce jour-là. Et c’est aussi le cas de Laura Roslin. »
“ [Baltar’s] only real crime was bowing to the inevitable. Gaius Baltar saved the lives of the people on New Caprica, where Laura Roslin would have seen us all dead, victims of a battle we had no hope in winning. … I don’t know about you, but I’m glad she wasn’t the President when the Cylons arrived and said ‘Surrender, or die’. I owe my life to Gaius Baltar and the decision he made that day. And so does Laura Roslin.”

Difficile de ne pas être d’accord. La collaboration dans une certaine mesure serait donc parfois nécessaire. Mais n’est-ce pas le même dilemme auquel fut confronté le honni Pétain ? Lui comme Baltar ne seraient-ils alors que les victimes de leur succès – condamnés par ceux qu’ils ont permis de sauver ?

Peut-être alors faut-il introduire des degrés de collaboration. Lorsque Baltar signe l’arrêt de mort de centaines de personnes une arme sur la tempe, fait-il passer sa propre survie avant celle de son peuple… ou se résout-il à en sacrifier quelques uns en espérant sauver les autres ? Pétain, à ce que je sache, n’a pas gouverné sous la menace d’une arme, et ma sensibilité personnelle tend à tracer la ligne à la façon dont le gouvernement de Vichy s’est fait un devoir de devancer les désirs d’Hitler en faisant par exemple recenser et arrêter des Juifs de son propre chef. Mais il me paraît évident que ce ne sont pas des sujets que l’on peut traiter de façon manichéenne…

Tout d’abord, simplement parce qu’il est toujours plus facile de juger a posteriori, une fois que l’Histoire a jeté les dés… Ni Pétain ni Baltar ne pouvaient savoir combien de temps l’occupation ennemie allait durer, ni parier sur un débarquement des Alliés ou du Galactica. Alors bien sûr, si tout le monde avait fait comme eux, s’il n’y avait pas eu des hommes comme De Gaulle et Adama pour s’éloigner et revenir plus forts, comme Jean Moulin et le Colonel Tigh pour organiser la résistance et sacrifier leur vie ou un œil, et risquer la vie de leurs hommes, rien n’aurait changé. Mais comment ne pas se poser de questions lorsqu’on entend ce que promet Tigh dans l’épisode 3.02 (Precipice), répondant à un autre Résistant qui remet en question sa stratégie d’attentats meurtriers et lui demande dans quel camp ils sont : « Nous sommes dans le camp des démons, Sergent. Nous sommes des suppôts du diable dans le jardin d’Eden. Envoyés par les forces de la mort pour répandre la désolation et la destruction partout où nous allons. »
“We're on the side of the demons, Chief. We're evil men in the gardens of Paradise. Sent by the forces of death to spread devastation and destruction wherever we go.”

C’est la question de l’utilité pour le plus grand nombre des actions de chacun – et c’est là que vient se greffer l'éternel débat entre l'intention et les conséquences, entre le déontologisme et l'utilitarisme, entre Kant et Mill... (Wikipedia a de bons articles à ces sujets si vous voulez les approfondir) On peut donc s’interroger sur les motivations des uns et des autres : défendre la liberté, la démocratie, un gouvernement plus ou moins légitime, un peuple ou une ethnie, un pays, un territoire ? Mais aussi sur les résultats concrets : comment savoir quand l’occupant arrive quelles conséquences sa présence pourra avoir ? Après tout, notre Vercingétorix national a courageusement défendu « nos ancêtres les Gaulois », mais s’il n’avait pas perdu, aurions-nous profité des routes pavées, des aqueducs et des thermes importés par les Romains, qui tout occupant qu’ils aient été, font eux aussi partie de notre patrimoine génétique ?

Mais il y a aussi la question celle de l’auto-préservation… C’est un instinct fort et le plus souvent salutaire. Oui, il faut que certains se sacrifient, mais pourquoi moi, surtout si je ne suis pas assuré de faire une différence ? N’est-il pas plus sage de se ranger du côté des gagnants ? Ce n’est pas anodin que le seul résistant que nous connaissons auteur d’un attentat suicide dans la série n’est-il pas un homme qui n’a plus rien à perdre depuis la mort de sa femme ? D’un autre côté, on a le Sergent Tyrol, engagé dans la Résistance alors qu’il a un enfant en bas âge et qu’il est fort possible que, comme le dit sa femme Cally, « un jour il ne rentre pas » “One of these days, you're just not gonna come back, are you? You'll just vanish, and that'll be it. I'll never see you again. Nick will never know his father.”
Un de ces jours, tu ne rentreras simplement pas, pas vrai ? Tu disparaîtras purement et simplement. Je ne te reverrai plus jamais. Nick ne connaîtra jamais son père. », épisode 3.01 Occupation) – elle manquera d’ailleurs d’être exécutée par les Cylons à cause de ses liens avec la Résistance. En admettant que pour le bien commun, il faille des gens comme lui, cela rend-il moral le risque qu’il prend et fait prendre à ses proches ?

Dans l’autre camp, on a Jammer, qui s’engage dans la force de police humaine créée par les Cylons. D’abord sensible à l’idée de résister (ce qui est montré dans les webisodes Résistance), il décide finalement de collaborer, persuadé que cela permettra de sauver des vies et qu’il vaut mieux que les rues soient contrôlées par des humains que par les Cylons. Il est trop tard lorsqu’il se rend compte qu’il a été abusé et que les Cylons les utilisent pour arrêter des centaines de personnes destinées à une mort certaine. Reconnaissant son amie Cally parmi eux, il tente d’abord d’intercéder en sa faveur, puis il l’aide à s’enfuir. Même si cela prouve qu’il reste « quelqu’un de bien », la question posée avant son exécution sommaire à la fin de l’occupation subsiste : « Est-ce que parce qu’il a sauvé Cally, on est censé oublier qu’il a tué 23 autres personnes ? » (“Does saving Cally let him off the hook for killing 23 others?”, épisode 3.05 Collaborators, en français Le Cercle). D’un autre côté, sauver une seule vie, n’est-ce pas déjà mieux que rien? Les autres ne seraient-ils pas morts avec ou sans sa participation ? Oui, mais lui et ses camarades n’ont-il pas apporté une certaine légitimité au régime d’occupation ? C’est sans fin…

On a aussi Gaeta, qui reste au service du gouvernement collaborateur de Baltar, dans le but de transmettre des informations utiles à la Résistance. Ce genre de source interne est essentiel à la réussite d’un mouvement de résistance… Le faux collabo risque sa vie et accepte que son action ne soit pas reconnue, s’exposant à la haine et au mépris de ceux-là même qu’il aide – Gaeta passera d’ailleurs à deux doigts de l’exécution dans ce même épisode 3.05, tant son anonymat était bien protégé. N’est-ce pas là une autre forme d’héroïsme, moins voyante mais tout aussi importante ?
Je finirai avec une question : si Baltar, comme il le prétend, savait que son fidèle adjoint aidait la Résistance, et l’a laissé faire, doit-on le considérer comme un collaborateur… ou comme un résistant ? S’agissait-il d’une forme d’inertie, ou de la seule façon d’agir qu’il a trouvée ? En effet, un chef d’Etat qui serait surpris à trahir l’occupant ne risquerait pas que sa propre vie… S’il faut tirer une conclusion, ce serait sans doute qu’on peut difficilement ranger tout le monde dans deux cases bien séparées – ou plutôt, que rien n’est plus facile… ni plus réducteur. Quand Sartre dit que l’on n’a jamais été plus libre que sous l’Occupation allemande, il a sans doute raison, mais savoir si chacun récolta ensuite ce qu’il avait semé… là, c’est une autre histoire. Je vous propose dans ce registre de lire mon premier Battlestar Philosophia, qui s’interroge sur le mérite et les leçons tirées de nos erreurs.

mercredi 18 avril 2012 Publié dans Battlestar Philosophia | Commentaires (0) |  Facebook | |

samedi 10 mars 2012

Battlestar Philosophia 1: A-t-on ce qu'on mérite? Apprend-on de ses erreurs?

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J’inaugure une nouvelle série d’articles intitulée Battlestar Philosophia. Au cas où vous ne seriez pas encore au courant, je suis une fan de Battlestar Galactica (le remake de 2003) au sens premier du terme : fanatique. J’adore à peu près tout dans cette série, l’intrigue, la réalisation, la musique, les personnages, le dénouement… C’est à mes yeux une perle rare pour deux raisons principales : son aspect artistique, et la façon dont elle fait réfléchir. Je lis notamment un ouvrage collectif qui s’intitule Battlestar Galactica and Philosophy : Mission Accomplished or Mission Frakked-Up et étudie en profondeur différents aspects philosophiques explorés par la série, comme la définition de l’humain, la légitimité du gouvernement, la morale, la guerre et la paix… Je vous le conseille vivement si ces sujets et la série vous intéressent et si vous comprenez bien l’anglais.

J’ai eu envie moi aussi de me prêter à l’exercice de façon bien moins poussée en m’attardant sur des questions qui m’intéressent particulièrement, comme :

A-t-on ce qu’on mérite et apprend-on de ses erreurs ?

Dans la première partie de la minisérie introduisant Battlestar Galactica 2003, le Commandant Adama s’interrompt dans le discours qu’il avait préparé pour le déclassement de son vaisseau et en improvise un autre, plus sombre, dont voici un extrait :

“You know, when we fought the Cylons, we did it to save ourselves from extinction. But we never answered the question, why? Why are we as a people worth saving? We still commit murder because of greed, spite, jealousy. And we still visit all of our sins upon our children. We refuse to accept the responsibility for anything that we've done.”
« Vous savez, nous avons combattu les Cylons pour éviter l’extinction. Mais nous n’avons jamais répondu à la question : pourquoi ? Pourquoi sommes-nous un peuple méritant d’être sauvé ? Nous commettons toujours des meurtres par cupidité, par vengeance, par jalousie. Et nous infligeons toujours tous nos péchés à nos enfants. Nous refusons de prendre la responsabilité de nos actes. »

Dans l’épisode 2.12, Opération Survie, deuxième partie (dans la version originale : Resurrection Ship, part 2), Sharon « Athéna », modèle de Cylon numéro huit prisonnière à bord du Galactica, rappelle ce discours à Adama :

“You said that humanity was a flawed creation, and that people still kill one another for petty jealousy and greed. You said that humanity never asked itself why it deserved to survive. Maybe you don't.”
« Vous avez dit que l’humanité était une création imparfaite, et que les gens continuent à s’entretuer par pure jalousie ou vénalité. Vous avez dit que l’humanité ne s’était jamais demandé pourquoi elle méritait de survivre. Peut-être qu’elle ne le mérite pas. »

L’humanité dépeinte dans Battlestar Galactica est, comme dans notre réalité, pleine de contradictions, de défauts mais aussi de résilience et de grandeur. Méritait-elle d’être presque éradiquée par les Cylons et d’errer dans l’espace pendant plusieurs années ? Mérite-t-elle de s’en sortir et de trouver cette Terre promise ?

La question a été posée à de multiples reprises dans nos contes et légendes, de l’Atlantide engloutie par les flots à l’Arche de Noé survivant au Déluge… Jusque dans nos fictions modernes, comme le film Le jour où la Terre s’arrêta (remake de 2008 par Scott Derrickson avec Keanu Reeves et Jennifer Connelly) où les extraterrestres voulant éliminer la race humaine pour protéger la planète et les autres formes de vie qu’elle abrite, finissent par leur laisser une seconde chance. C’est la même question qui se pose par exemple à chaque fois que l’on découvre des exoplanètes éventuellement habitables et qu’on les envisage comme des solutions de repli. « Méritons-nous » d’autres chances, et qu’en ferions-nous ? Apprendrions-nous de nos erreurs ?

Cette idée est reflétée dans BSG par l’évolution des personnages. Ils font des erreurs (beaucoup), en tirent des leçons (parfois) et changent, mais obtiennent rarement ce qu’ils méritent dans un sens ou dans l’autre. Prenez Baltar : il est responsable de la quasi disparition de l’humanité, certes pas par malice mais par imprudence et arrogance, et se retrouve catapulté conseiller scientifique de la Flotte, puis vice-président et finalement président. Il abuse de ce pouvoir puis quand il est enfin jugé – pour avoir collaboré avec les Cylons et accessoirement évité l’élimination de ce qu’il restait de ses semblables, et pas pour les crimes susmentionnés – il est acquitté. Ou Cally : elle tue Boomer de sang froid et avec un plaisir évident – ce qui pose la question de la valeur de la « vie » d’un Cylon, que nous aborderons plus tard- et n’est réprimandée que pour avoir utilisé son arme de service sans autorisation. On pourrait certes argumenter qu’elle finira par se faire tuer par un autre Cylon bien plus tard… Peut-être faut-il donc connaître toute l’histoire avant de décider de ce que les uns et les autres méritent et obtiennent.

D’une manière plus générale, nombre de personnages de la série sont racistes (par exemple, dans le 3.14 : Les Sagitarrons/The Woman King, on voit que nombre de Coloniaux méprisent les Sagittarons, et dans le 3.16 : Grève générale/Dirty Hands, dont j’ai fait une critique complète ici, on découvre les discriminations entre ceux qui viennent de colonies privilégiées comme Caprica d’une part, et de colonies plus agricoles ou industrielles comme Tauron ou Sagittaron, d’autre part), intolérants (outre le fondamentalisme des Gemenons qui voudraient par exemple punir très sévèrement l’avortement, on peut mentionner le rejet par certains de toute autre religion que le polythéisme partagé par le plus grand nombre et qui empiète largement sur l’espace public), alcooliques (le colonel Tigh est l’exemple le plus évident mais Starbuck, pour ne citer qu’elle, a aussi une sacrée descente), autoritaires (rappelons par exemple le comportement de la Présidente, Laura Roslin, pourtant censée être démocrate, à l’égard d’opposants comme les partisans de la paix avec les Cylons dans l’épisode 2.13 : Révélation/Epiphanies, ou les grévistes dans l’épisode 3.16 : Grève générale/Dirty Hands, ne tenant compte de leurs protestations que lorsqu’elles mettent en danger la Flotte et ne cherchant pas de solution pacifique), lâches… En fait, c’est ce qu’ils sont la plupart du temps. Humains. Imparfaits. Mais ils peuvent aussi être généreux, courageux, désintéressés.

Alors la question est : est-ce que tout cela s’équilibre ? La balance penche-t-elle du côté des qualités, des actions positives ? L’humanité mérite-t-elle sa seconde chance ?

Non, en fait, au temps pour moi. Depuis quand obtient-on ce qu’on mérite ? Non, la question c’est : en fera-t-elle bon usage ?

samedi 10 mars 2012 Publié dans Battlestar Philosophia | Commentaires (0) |  Facebook | |