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mercredi 24 février 2016

J'ai vu... Occupied

La Norvège occupée par la Russie... avec la bénédiction de l'UE. Science-fiction ?

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Cette série norvégienne d'anticipation est rudement bien menée. Dans un futur relativement proche, la Norvège élit un premier ministre écologiste. Malgré les pressions extérieures, celui-ci applique aussitôt son programme : l'arrêt immédiat de la production de pétrole et de gaz, qu'il compte remplacer par des centrales nucléaires au thorium, considérées comme plus sûres, moins polluantes et à terme plus productives.

Mais c'est sans compter la détermination de l'Union européenne, qui n'a jamais fait l'effort d'une transition énergétique et se retrouve donc sans essence pour ses millions de véhicules, sans gaz pour le chauffage d'innombrables foyers. Le premier ministre cherchant à leur forcer la main, ils se sentent contraints à faire appel à la Russie, dont la puissance militaire lui permettra de prendre le contrôle des plateformes pétrolières et gazières afin qu'elles irriguent à nouveau l'Europe. Note importante : dans l'univers de la série, les États-Unis sont sortis de l'OTAN et se refusent désormais à toute intervention dans les affaires des autres pays.

Le gouvernement norvégien se retrouve donc face à un choix : résister à une puissance qui ne peut que les écraser, ou appliquer une politique contraire à leurs principes et au programme qui les a fait élire. Le tout étant d'éviter que la population comprenne à quel point les Russes contrôlent le pays...

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Impressionnant et addictif. Les personnages que la série suit vont rarement dans la direction à laquelle on pouvait s'attendre, ou du moins pas longtemps. Leur développement psychologique est solide, et les interactions diplomatiques sont terrifiantes de réalisme et d'hypocrisie.

L'intrigue nous conduit à réfléchir non seulement aux choix que nous ferions dans la peau de ces personnages, mais aussi à la gouvernance, aux ingérences et aux « doigts dans l'engrenage » de notre monde actuel. Pas si invraisemblable que ça...

mercredi 02 décembre 2015

J'ai vu et entendu... In extremis (album et concert) de Francis Cabrel

J’ai eu la chance d’assister au concert de Francis Cabrel pour son dernier album, In extremis, comme je l’avais déjà fait il y a six ans pour sa tournée précédente, Des roses et des orties.

Deux heures trente de bonheur, avec une première partie très sympathique également. Comme à son habitude, Cabrel confie la première partie à un jeune auteur-compositeur des Rencontres d’Astaffort. En 2009 nous avions vu Marie Cherrier, cette fois nous avons découvert Benoît Dorémus. Un joli ensemble guitare-voix avec des textes à l’angle original et décalé, notamment sur les ruptures (Brassens en pleine poire ; Déjà, ma chère Laura)… et sur la lecture au petit coin (Lire aux chiottes).

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Cabrel interprète ensuite une bonne partie des titres du nouvel album, mais aussi de nombreux classiques des précédents, réorchestrés et réinterprétés avec une grande originalité, comme Sarbacane et C'est écrit (Sarbacane, 1989), ou La dame de Haute-Savoie (Fragile, 1980), ou chantés avec le public, comme Je l'aime à mourir (Les chemins de traverse, 1979).

Il est accompagné tour à tour par ses excellents musiciens à la basse, au piano, à l’accordéon, au violon, avec diverses percussions, ainsi que par un chœur de trois femmes à la voix de miel. À noter, la sono parfaitement réglée pour mettre en valeur la voix et les instruments, c’est relativement rare en concert. Les jeux de lumière et de projecteurs sont très bien pensés, très beaux, et on ressort en n’ayant mal ni aux oreilles, ni aux yeux, mais des étoiles plein la tête.

Le sourire aux lèvres tout au long du concert et la larme à l’œil pour les chansons les plus dures et émouvantes comme Cabrel sait les faire : Mandela, pendant ce temps (In extremis), mais aussi Cent ans de plus (Hors-saison, 1999) sur l’histoire des Afro-américains, African tour (Des roses et des orties, 2008) sur le périple des migrants, ou encore La corrida (Samedi soir sur la Terre, 1994).

Il a beau ne pas se considérer comme un chanteur à voix, Cabrel montre en concert l’étendue de son coffre sur les parties les plus poignantes de chansons comme Dur comme fer, La voix du crooner (In extremis) ou C’est écrit (Sarbacane, 1989).

On est toujours épaté par le renouveau dans les arrangements et l’orchestration, tout en constatant encore une fois que les chansons les plus anciennes de Cabrel ne sont pas datées. Tous ses titres se juxtaposent à merveille sans rupture sensible entre les différents albums, et on a l’impression de connaître les nouveaux depuis des années dès la première écoute, tout en redécouvrant les anciens à chaque fois.

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Quant à l’album, sorti au printemps dernier, il est lui aussi très réussi. On reconnaît la « patte » de Cabrel dès les premiers accords de guitare, et on découvre mille petits trésors d'écriture au fil des écoutes.

Dur comme fer
Pour cette chanson qui swingue, Cabrel trempe sa plume dans le vitriol, avec pour autant toujours une certaine tendresse, et peint le portrait des politiciens à la promesse facile, « soulevés par la grâce, [qui disent qu’ils vont] changer nos vies, sous les dorures des palaces on a juste peur qu’[ils oublient]. »

À chaque amour que nous ferons
Une ballade toute douce à l’ambiance intimiste, sur l’amour qui dure, l’amour de la vie de tous les jours. « Le monde peut dormir tranquille, il ne fait qu’un rêve à la fois ; des rêves à la fois, j’en fais mille, ils ont tes manières et ta voix. »

Le pays d'à côté
Ce titre aux chœurs africains mais au message universel plaide pour plus de solidarité et de responsabilité politique, et moins de repli sur soi. Plutôt que de « [laisser] faire par profit ou manque de courage » et de se rassurer en se disant que « le pays d’à côté est couvert de nuages », il nous incite à agir ici, maintenant.

Azincourt
Cette chanson sur la bataille d’Azincourt, sanglante défaite française dans l’actuel Pas-de-Calais pendant la Guerre de Cent Ans dont on commémore cette année les 600 ans, l’aborde d’un angle original et avec l’image récurrente des papillons, « insectes pris de court dans l'affreux tourbillon des flèches taillées pour traverser les poumons ». C’est une complainte intimiste, très dure, dédiée plus particulièrement aux survivants dont « la famille dira ils sont aveugles et sourds, comme on se moquera des gestes qu'ils feront, personne ne saura qu'ils voient partout des papillons. »

In extremis
Magnifique et très dur, ce titre raconte le « génocide par précaution » des oiseaux, qui « chantent dans une langue éteinte » et représentent un « trouble à la normalité ». Référence au massacre des moineaux considérés comme nuisibles sous Mao Tse-Tung (ce qui a provoqué un déséquilibre écologique majeur), et écrit en pensant aux langues régionales comme l'occitan, si longtemps écrasées par le français, il évoque aussi plus largement la tendance à la normalisation et à l’éradication des différences. Le résultat étant qu’ « on parle tous la même langue, comme ça on peut suivre l'écho de la même voix qui rabâche sur la même chaîne d'info. »

Dans chaque cœur
Très émouvante et douce, cette chanson raconte l’histoire d’un célèbre chemin de croix, de ceux qui « rient de voir les marques à ses genoux » mais aussi de celui qui « pour le faire boire, […] s’est approché », montrant que « dans chaque cœur » il peut faire bien froid mais « il y a un printemps caché ». Un message d’amour universel exécuté brillamment.

Partis pour rester
Un bel hymne au temps qui passe, à la « grande aiguille [qui] se déplace » malgré tous nos efforts pour « faire du surplace ». Un peu rock, un peu blues, tempo marqué, une voix subtilement doublée, c’est aussi une chanson d’amour : « une vie à t'enlacer mille fois recommencée, et c'est pour ça qu'on va rester, rester. »

Mandela, pendant ce temps
Une ode émouvante à Mandela, qui raconte le temps qui passe pour tout le monde pendant ses vingt-sept années de captivité. « Au matin de tes vingt-sept ans, pense à tout ce que tu as pu faire, plusieurs fois le tour de la Terre, imagine tout ce temps Mandela sur son lit de camp ». Joli parallèle original et accompagné par des chœurs jazzy pour les refrains.

Les tours gratuits
Une très belle comptine aux airs de ritournelle, sur les enfants qui s’en vont et les parents qui restent, à travers la métaphore des manèges et des jeux. « Tournez belles licornes, tournez chevaux de bois, vous tournez pour la forme, elles ne reviendront pas. » Restent les souvenirs des « millions de fois où [l’on a] vu briller [leurs] yeux ». Magnifiquement écrit avec le champ lexical des tours, tourner, retourner...

La voix du crooner
Cette chanson pleine de tendresse raconte la persévérance d’un chanteur vieillissant sans grand succès, qui « chante ses amours lointaines qui ne déroulent qu'un seul thème : les jours passés sont les meilleurs ». Elle me fait un peu penser dans son ton à Piano Man de Billy Joel, qui parle elle aussi de ces artistes qui font rêver comme ils peuvent les gens ordinaires.

Pas si bêtes
Cabrel chante ici l’urgence de vivre et danser malgré tout ce qui va mal : « Sans vouloir vous offenser, si le ciel doit se renverser ce sera sur nos toitures percés, et ça, on n’est pas si bêtes, on le sait ». On retrouve le même côté désabusé par rapport aux « élites » que dans Dur comme fer : « Celui qui tient les manettes d’une main lance les dés et de l’autre, les arrête ».

Les fontaines du jazz
Titre bonus dont le thème rappelle Cent ans de plus (Hors-saison, 1999) qui racontait l’histoire des noirs aux États-Unis et disait : « après ça faut pas que tu t'étonnes, c'est eux qui ont fait, eux qui ont fait, Son House et Charlie Patton, Howlin' Worf et Blind Lemon ». Celui-ci cherche les racines du jazz dans les ghettos pauvres et glauques, où « toutes les filles du quartier apprenaient à compter sur les touches d'un piano d'occase ». « Demandez à Billy à Chet ou à Louis comment ça fait quand la vie vous écrase. »

À écouter et à réécouter, et je ne saurais trop vous encourager à aller le voir en concert s'il reste des places sur des dates près de chez vous !

jeudi 09 juillet 2015

J’ai lu… L’Armée Furieuse (Fred Vargas)

Nous retrouvons dans ce roman le commissaire Adamsberg, ainsi que toute son équipe et son fils récemment découvert. Le PDG d’une grande entreprise brûlé dans sa voiture, un pigeon venu de banlieue accusée à tort, un mauvais citoyen qui attache les pattes d’un autre pigeon, ailé celui-là, le tout sur fond de légende moyenâgeuse dans le nord de la France : celle de l’Armée Furieuse, la Mesnée Hellequin, qui désigne et saisit les personnes à l’âme noire.

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Comme toujours, le fil de pensée pour le moins insaisissable d’Adamsberg entremêle ces intrigues, ponctuées de personnages authentiques au langage savoureux, et d’une étrange histoire de sucre.

« Il n’avait pas à faire coïncider ce nom réputé, en bien ou en mal, avec un homme aussi petit et d’aspect si modeste qui, depuis son visage brun jusqu’à ses vêtements noirs, lui paraissait disloqué, inclassable ou du moins inconforme. Il chercha son regard sans vraiment le trouver et s’arrêta sur le sourire, aussi plaisant que lointain. Le discours offensif qu’il avait prévu s’était en partie perdu dans sa perplexité, comme s’il s’était brisé non contre l’obstacle d’un mur mais contre une absence totale d’obstacle. Il ne voyait pas comment agresser, ou même seulement saisir, une absence d’obstacle. »

Sans dépasser dans mon top 5 Pars vite et reviens tard ou Un lieu incertain, cet opus se lit avec le même plaisir que toute la série de Fred Vargas, et j’ai adoré découvrir le commissaire dans son nouveau rôle de père du qui le met mal à l’aise.

« Vous êtes toujours aussi singulier, mon ami, dit-il finalement. Il suffirait de couper çà et là quelques rares liens terrestres pour que vous montiez vous mêler aux nuages, sans même être pourvu d’un idéal. Comme un ballon. Prenez-y garde, Adamsberg, je vous l’ai déjà dit. La vie réelle est une montagne de merde, de bassesse et de médiocrité, soit, nous en sommes bien d’accord. Mais nous sommes obligés de piétiner là-dedans, mon ami. Obligés. Heureusement, vous êtes aussi un animal assez simple, et une part de vous est bloquée au sol comme sabot d’un taureau embourbé. C’est votre chance. »

mercredi 04 février 2015

J'ai vu... Il était temps (About Time)

Il était temps est une comédie dramatique britannique datant de 2013, souvent présentée comme une comédie romantique, mais qui va au-delà à mes yeux même si elle en contient de nombreux éléments. On pourrait ajouter que c’est de la science-fiction à cause du voyage dans le temps, mais ce n’est pas vraiment l’essentiel… Le scénariste et metteur en scène est Richard Curtis, qui a notamment écrit Notting Hill, War Horse, et Love Actually qu’il a également réalisé. Au casting, on retrouve notamment Domhnall Gleeson, Bill Nighy et Rachel McAdams.

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Le jour de son vingt-et-unième anniversaire, Tim Lake apprend de la bouche de son père que tous les hommes de la famille ont la faculté de voyager dans le temps – ou plus précisément, ils peuvent revenir en arrière dans leur propre vie et la modifier. Le film le suit dans sa découverte des possibilités et des limites de ce don au fil de sa vie amoureuse et familiale. Les personnages secondaires ajoutent une touche déjantée et authentique, de la mère de Tim « dont le modèle en matière de mode est la reine d’Angleterre », à sa sœur Kit Kat, « une sorte d’elfe » qui se balade toujours pieds nus, ou à son oncle Desmond qui vit dans son monde et pose des questions étonnantes à la table du dîner.

Je m’attendais simplement à passer un bon moment devant une comédie romantique sympa, mais Il était temps m’a vraiment épatée, c’est un film intelligent, inhabituel, où le voyage dans le temps, loin d’être un gadget rigolo, devient une leçon de vie sur les conséquences de nos actions, les moments que l’on rate par distraction ou par stress, les choses que l’on ne peut pas changer. Et puis on rit pas mal aussi, et on pleure.

mercredi 08 octobre 2014

J'ai vu... Veronica Mars, le film

Si vous lisez ce blog depuis longtemps, vous savez peut-être que j’ai été une grande fan de Véronica Mars et que j’avais été déçue par sa troisième et dernière saison. Une quatrième devait suivre, mais la série a été annulée et depuis lors, des rumeurs de film circulaient. Après plusieurs refus de la part de Warner Bros, le projet a enfin pris forme à la suite d’un projet Kickstarter lancé en 2013 et qui a réuni presque 6 millions de dollars (l’objectif était de 2 millions, atteint en une demi-journée). Le film est sorti en mars 2014 dans quelques cinémas américains et australiens, et uniquement en vidéo à la demande dans le reste du monde.

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La plupart des acteurs sont revenus pour ce film, ce qui n’est pas rien 6 ans après la fin de la série. La seule absente notable est Leighton Meester de Gossip Girl, occupée ailleurs, ce qui fait que son rôle a été repris par une autre actrice – avec beaucoup de maquillage ça ne choque pas trop, surtout en imaginant que 9 ans se sont écoulés. Sinon, on retrouve évidemment Kristen Bell, l’une des grandes partisanes de ce projet depuis la fin de la série ; Jason Dohring dans le rôle de Logan ; Enrico Colantoni, le père de Veronica ; mais aussi Wallace, Weevil, Mac, Dick, et des apparitions de Vinnie Van Lowe, Leo, Sacks, etc.

Le film commence à New York, où Veronica vit avec son petit ami Piz (qui apparaissait dans la saison 3) et s’apprête à devenir avocate dans une grande firme. Mais à Neptune, Logan est accusé du meurtre de son ex petite amie et demande de l’aide à Veronica. C’est l’occasion pour elle de revoir de vieux amis… et ennemis, et de constater à quel point les choses ont empiré à Neptune depuis son départ.

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L’ambiance visuelle et musicale est excellente, on retrouve l’humour sec de la série et notamment la légendaire répartie de Veronica. La critique sociale omniprésente dans la série est tout aussi importante dans ce film, qui renoue également avec la traditionnelle voix off de Veronica.

L’enquête est à la hauteur, bien qu’un peu condensée en une heure et demie. Les flashbacks, courants dans la série, ont ainsi quasiment disparu dans le film, ce qui n’entrave pas la compréhension mais n’aide pas non plus à s’impliquer dans le passé de certains personnages, surtout quand ils n’avaient fait que de brèves apparitions dans la série. Mais c’est le format qui veut ça, et d’un autre côté l’intrigue aurait sans doute été un peu diluée dans une saison complète (il aurait alors fallu ajouter de mini-intrigues comme dans la série originale) et même une mini-série aurait été compliquée au niveau des divisions entre épisodes.

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En résumé, si c’était un film indépendant de toute série (ce qui est un peu difficile à imaginer puisqu’il aurait été complètement différent sans les clins d’œil et qu’il aurait fallu présenter des personnages qui apparaissent ici naturellement) ce serait déjà un assez bon film. Mais l’intérêt, c’est surtout de replonger dans l’univers de Veronica Mars pour une dernière dose et de clore son histoire dignement, ce que la saison 3 avait échoué à faire. Mission accomplie, je conseille donc ce film à tous les fans de Veronica Mars – quant aux autres, je vous recommande plutôt de commencer par la saison 1, vous profiterez probablement mieux du film en comprenant des références à la série.

samedi 23 août 2014

J'ai vu... Injustice

Injustice est une minisérie britannique datant de 2011, qui est passée récemment sur Arte. Dans cinq épisodes d’une heure, nous suivons un avocat, William Travers, qui s’est installé dans une petite ville avec sa famille suite à une dépression causée par son travail dans un cabinet londonien. Mais un ami de fac accusé de meurtre à Londres lui demande de le défendre… Dans le même temps, un homme apparemment connecté à sa dépression est assassiné et l'enquête est confiée à un inspecteur qui a une dent contre Travers.

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Une série très bien menée. Plutôt que d’apprendre ce qui s’est passé précédemment dans des flashbacks clairs, on le découvre dans des bribes de souvenir qui ne prennent sens que petit à petit.

Bon jeu d’acteurs, personnages secondaires utiles et cohérents.  

J’ai beaucoup aimé la fin, peut-être pas très morale, mais à mon sens, juste.

mercredi 25 juin 2014

Ficelles usées : Nunuchon et Nunuchette

Il y a plusieurs années, j’avais publié un article intitulé Ficelles usées des séries télé qui répertoriait les intrigues de base utilisées  à tort et à travers. Aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un type de personnage / de comportement très présent dans les séries, et dont le temps à l’écran augmente proportionnellement à la nullité d’une série.

J’ai nommé… Nunuchon et Nunuchette.

Mon père a inventé ces termes, à l’origine pour parler de Sean et Leila dans la série The Event, qui n’a eu droit qu’à une seule saison (finissant de plus en queue de poisson) et qui, malgré des idées intéressantes, faisait parfois mal aux neurones avec des dialogues d’une richesse toute relative dans des situations peu appropriées. Et la qualité de la série tombait en flèche dès que ces deux personnages étaient ensemble. Exemple choisi : Sean et Leila se font courir après par des méchants armés. Ils s’enfuient, puis s’arrêtent en plein milieu de la rue, à découvert, pour une discussion pleine d’émotion… et Sean se fait tirer dessus. Installée devant la télé, toute ma famille, qui commentait déjà depuis cinq minutes l’échange bisounours et engueulait les personnages pour leur manque d’à-propos et de sens commun) dit, « bien fait, ça vous apprendra. » Oui mais non, parce que quelques minutes plus tard, ils recommencent.

À partir de là, nous nous sommes mis à utiliser Nunuchon et Nunuchette pour toutes les séries. Ils ne sont pas forcément en couple, d’ailleurs. Cela peut être un père et sa fille, par exemple, ou encore les variantes Nunuchon et Nunuchon (plus rare parce que les personnages d’homme ont plus tendance à se taper dans le dos avec un air constipé) ou Nunuchette et Nunuchette (et là ça part en live parce qu’apparemment si on met deux amies/femmes de la même famille dans la même pièce, leur QI respectif est divisé par deux – trois si elles sont trois, etc. - je serais curieuse de savoir si ce sont des hommes, des femmes, ou les deux, qui écrivent ce genre de scènes).

En gros, ce sont tous ces moments où l’intrigue semble se mettre en pause pour nous montrer le côté « humain » des personnages, sans que les scénaristes aient réfléchi au moment approprié ou à une façon subtile de le faire, choisissant la solution de facilité sans se soucier de la cohérence. Du coup, ça dégouline, avec en général un contenu bien superficiel, et ça se met en travers du chemin des spectateurs qui voudraient bien savoir qui a tué Truc, ou quel est l’objectif du complot, ou si Machine va survivre à ses blessures. Pour autant, ce n’est pas un outil efficace de suspense : lorsque l’on remarque un moment Nunuchon/Nunuchette, on sort de l’intrigue où on devrait, si les scénaristes, le réalisateur et les acteurs faisaient bien leur travail, rester plongé jusqu’au générique de fin (voire après).

C’est en général dans ces mêmes moments (mais pas exclusivement) que les personnages se sentent obligés de rappeler des choses qu’ils savent forcément mais que le spectateur a pu oublier, ou louper s’il n’a pas regardé l’épisode précédent. « Quand tu as failli mourir il y a dix ans après cet accident de voiture dont on n’a jamais retrouvé le responsable… » Ah oui, j’avais oublié, merci de me le rappeler. Pas la fois où j’ai failli mourir d’une blessure par balle ou d’une piqûre de mygale alors ? Le même mécanisme est d’ailleurs utilisé entre professionnels d’un domaine qui n’auraient jamais besoin d’expliciter certaines choses – dans les Experts par exemple, « On a trouvé du chlorure de sodium sur la scène de crime. – Oh mon dieu, du sel ? », mais aussi dans tout un tas de séries policières, « Il a un  casier et il nous a menti sur son alibi. – Tu penses qu’on devrait l’interroger ? ».

Le degré de tolérance au Nunuchon/Nunuchette ainsi qu'à ces informations transmises « subrepticement » varie d'une personne à l'autre. Mon père, et ce n'est pas étonnant puisqu'il a ressenti le besoin de nommer le concept, supporte très mal ces ficelles usées. Moi-même suis capable de les supporter si le reste de la série vaut le coup, avec moult soupirs et commentaires (partagés avec ma famille ou toute seule devant mon écran, ni les uns ni l'autre ne s'en sont plaints jusque là), mais j'y deviens de plus en plus sensible.

Et vous ? Avez-vous déjà remarqué ce genre de scènes ? Y a-t-il d'autres éléments qui vous sont rédhibitoires dans les séries ou les films ?

samedi 12 avril 2014

J'ai vu... How I Met Your Mother (The End)

Si vous suivez comme moi How I Met Your Mother en streaming à l’heure américaine, vous avez sans doute vu la fin de la neuvième et ultime saison… Une fin controversée qui n’est pas au goût de tous les fans.

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HIMYM est une sitcom nouvelle vague qui, sous couvert de la quête de Ted qui recherche son âme sœur, qu’il raconte des années plus tard à ses enfants adolescents, retrace l’entrée dans la vie adulte d’un groupe d’amis à New York : le meilleur ami de Ted depuis l’université, Marshall, et sa compagne Lily, ainsi que leur ami tombeur Barney et, à partir du premier épisode, la journaliste Robin dont Ted est amoureux.

Drôle, souvent même délirante, HIMYM est aussi touchante, dramatique, et aborde mine de rien un certain nombre de sujets qui nous concernent tous et plus particulièrement les générations d’adulescents qui font des études longues et mettent plus longtemps à se poser.

Si vous ne connaissez pas la série et comptez la regarder, arrêtez-vous ici ! Spoilers en vue.

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Parlons donc maintenant du fameux dernier épisode. La « Mother » était apparue dès la fin de la saison huit, et avait rencontré au cours de la saison neuf les quatre autres membres du groupe d’amis. Il restait la fameuse rencontre avec Ted, et plus largement une conclusion des histoires des protagonistes.

Ce dernier épisode apporte-t-il tout cela ? Oui… mais.

Oui, car le cahier des charges est rempli, et peut-être même un peu trop. Après toute une saison qui racontait un seul week-end (avec flashbacks et flashforwards, certes), on a là en un seul épisode des années de vie des personnages principaux. On n’en attendait pas tant, et à la réflexion je me demande si une fin plus ouverte, avec peut-être quelques clins d’œil, n’aurait pas suffi. Peut-être les scénaristes ont-ils été trop ambitieux.

D’un côté, on ne peut pas reprocher à HIMYM de finir en queue de poisson puisque, contrairement à tant de séries fauchées avant leur conclusion, rien ne reste irrésolu. C’est peut-être le problème.

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Ted rencontre donc enfin la mère de ses enfants, ils vivent heureux… quelques années, jusqu’à ce qu’elle tombe malade et meure.

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Le mariage de Barney et Robin (dont la cérémonie était au centre de la saison neuf) ne dure que trois ans, puis ils divorcent sous la pression des déplacements professionnels fréquents de Robin. Barney redevient le tombeur que nous connaissions, et Robin s’éloigne du groupe pour ne pas le voir lui sauter sur tout ce qui bouge, et Ted qu’elle « aurait dû choisir ». Suite à une histoire d’un soir, Barney devient papa et s’assagit au passage.

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Lily et Marshall élèvent leurs trois enfants à New York après être rentrés de Rome et Marshall finit par obtenir le poste de juge dont il rêvait.

Une fois le récit de Ted finalement terminé, ses enfants lisent entre les lignes et comprennent qu’il attend leur permission pour refaire sa vie, six ans après la mort de leur mère… avec Robin. L’épisode se clôt sur Ted rendant visite à Robin avec le cor bleu qu’il avait volé pour elle dans le premier épisode.

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Bon. Pas vraiment le « happy ever after » que l’on attendait. D’un autre côté, c’est plutôt réaliste. Dans la vraie vie, les gens divorcent, meurent, s’éloignent, et on n’a pas toujours qu’un seul homme ou une seule femme de sa vie avec qui on vieillira. Il aurait sans doute été utopique d’imaginer que sur un groupe de cinq amis, trois couples sur trois vivent heureux en ayant beaucoup d’enfants et s’aiment jusqu’à la fin des temps.

Là où le bât blesse, c’est que je trouve personnellement que les personnages méritaient mieux. Barney qui cède sous la pression du travail de Robin alors que lui, contrairement à Ted, ne tenait pas particulièrement à poser ses valises et fonder une famille, déjà, c’est un peu gros. Robin qui se met alors à regretter de ne pas avoir épousé Ted plutôt que Barney, ça devient grave. Mais là où cette fin dépasse les bornes à mes yeux, c’est que non seulement le mariage de Barney et Robin n'aura servi qu'à permettre à Ted de rencontrer la « Mother », mais celle-ci n’aura finalement été qu’une étape nécessaire dans la vie de Ted pour qu’il ait les enfants et la vie de famille en banlieue dont il rêvait, pendant que Robin parcourait le monde et gravissait les échelons au travail… et après tout ça, ils peuvent enfin se retrouver. Impression renforcée par le peu de temps à l’écran auquel aura eu droit Tracy, la « Mother », personnage que je trouvais pourtant prometteur mais qui n’a pas eu droit au développement qu’elle méritait. Du coup, le final avec le geste romantique du cor bleu ramené à Robin me laisse presque de glace. Je pense que d’un point de vue narratif, il y aurait eu moyen, même en gardant le même dénouement, de mieux respecter tous les personnages.

Bon, la série n’a jamais vraiment promis autre chose. Elle s’appelle « comment j’ai rencontré votre mère », pas « comment j’ai fini mes jours avec votre mère ». C’est sans doute la faute du téléspectateur s’il a développé d’autres attentes… Mais quand même. Autant j’avais apprécié l’originalité du rebondissement du premier épisode de la série, où Ted racontait son coup de foudre pour une magnifique jeune femme avant de révéler à ses enfants que c’était ainsi qu’il avait rencontré leur tante Robin… autant ce dernier rebondissement me laisse un peu sur ma faim.

Je retiendrai de très bons moments avec des personnages touchants et drôles, et les phrases cultes de Barney comme « Suit up ! », « Wait for it… » ou « True story ». La fin, moins.

Et vous ? Qu'en avez-vous pensé ? Satisfaits, déçus ? Des souvenirs à partager ?

samedi 15 mars 2014

J’ai lu… Scarlet

Scarlet est une trilogie écrite par A.C. Gaughen, qui n’a pas encore été traduite en français mais que je recommande chaleureusement à ceux d’entre vous qui lisent l’anglais. J’ai dévoré en une journée le second tome, Lady Thief, qui vient de sortir et que j’attendais depuis le mois de juin après avoir lu le premier. Je ne sais pas comment je vais patienter jusqu’à la sortie du troisième !

Il s’agit d’une relecture de la légende de Robin des Bois. Il y en a eu un certain nombre et il y en aura sans doute encore beaucoup, mais celle-ci sort du lot pour plusieurs raisons.

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Tout d’abord, le personnage principal, Scarlet, est une femme (adaptation du personnage de Will Scarlett, présent dans de nombreuses histoires de Robin des Bois). Une femme forte, indépendante, qui lance des couteaux, se bat, et jure à en faire rougir ses compagnons.

“Stop it. You ain’t sorry you got John and Much mixed up in this. You ain’t sorry I’m outta London. It ain’t no tragedy that I bleed, so let it lie.”

[Robin] looked at me with his funny, lopsided grin, like he knew how tough I were and it weren’t half what I wanted to be. “I’m saying I’m sorry you got hurt, Scar.”

“And I’m telling you I make my own decisions. Including who to fight for and when to get hurt.”

À travers ses yeux, on observe la société de l’époque et la place faite aux femmes – mais aussi les abus et privilèges des nobles, la lâcheté ordinaire, etc. Une touche très sociale, donc.

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Les personnages sont très réalistes, avec leur cohérence et leurs contradictions, et ils évoluent clairement au fil du récit. Le personnage de Gisbourne, notamment, est très bien écrit, surtout dans le deuxième tome, ce qui n’est pas si courant pour les personnages de méchants !

Le style et le langage sont délicieusement authentiques : Scarlet raconte comme elle parle, avec un vocabulaire et une conjugaison très familiers, proche du langage du peuple au Moyen-Âge. Au début, surtout pour un lecteur dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, cela déstabilise, mais c’est ce côté étrange qui permet de se plonger totalement dans l’histoire. Et cela n’empêche pas le style d’être aussi poétique, avec de belles métaphores et un rythme agréable.

“King Richard, him they called the Lionheart, had taken his lion paws over to the Holy Land. He were off fighting infidels while his people – while my people – starved. There wouldn’t be no game left for hunting when Richard returned. ‘Stead of deer, England would be full up of wolves, the biggest among them Prince John.”

Une de mes plus belles découvertes en 2013-2014 !

samedi 01 mars 2014

Représentation des genres au cinéma

J’avais envie d’intituler cet article Le sexisme au cinéma ou quelque chose du genre, mais je crois que certaines personnes ont une vision du sexisme différente de la mienne, notamment mon cher frère avec qui j’ai régulièrement des désaccords philosophiques à ce sujet ;p. Parlons donc de représentation des genres pour éviter tout malentendu ; l’expression a de plus l’avantage d’être plus neutre alors que l’on considère souvent le sexisme comme allant dans un seul sens (les femmes en étant les victimes), ce qui n’a à mes yeux pas plus de sens que de considérer que le racisme anti-blanc n’existe pas, mais en tant que linguiste je suis consciente de l’importance des connotations qui finissent par faire partie du sens d’un terme. Si j’utilise le mot sexisme à un moment ou à un autre de cet article, convenons que je parle d’un système de stéréotypes qui divisent les rôles, capacités et comportements humains selon le genre des personnes, et des attitudes qui en découlent (notamment les discriminations conscientes ou non envers l’un des deux sexes).

Je veux donc discuter des genres au cinéma, une question à laquelle je suis particulièrement sensible depuis que j’ai entendu parler du test Bechdel (ou Bechdel-Wallace). Il s’agit d’une liste de 3 questions à se poser après avoir vu un film pour savoir s’il est sexiste. C’est un test par l’absurde, volontairement réducteur, et qui ne tient pas du tout compte de la qualité artistique des films. Le but est plutôt de démontrer qu’un grand nombre de films sont très centrés sur les hommes – pas étonnant quand on sait que la proportion de personnages féminins dans les films tourne autour de 30% et a diminué depuis 2008.

bechdel test.png

Voici donc les 3 questions :

* Y a-t-il au moins deux personnages féminins qui portent un nom (pas des figurantes) ?
* Ces deux femmes parlent-elles ensemble à un moment ou à un autre ?
* Et si oui, parlent-elles d’autre chose que d’un homme ?

Mettons cela en pratique avec Le Hobbit 2. Oups. Malgré l’ajout d’un personnage d’elfe guerrière et rebelle (Tauriel) qui n’existe pas dans les romans de Tolkien, ce qui est un bel effort (notamment de par son implication dans l’intrigue, puisqu’elle est le seul personnage d’elfe qui n’a pas envie de se terrer chez elle pendant que le mal progresse)… Le film échoue au test Bechdel dès la première question. Peut mieux faire, mais un bon point pour des efforts certains.

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Un autre exemple datant de 2012 : Total Recall avec Colin Farrell et Jessica Biel. On a deux personnages féminins « forts », au sens qu’elles sont douées pour se battre. Cela dit, leurs interactions (d’ailleurs plus physiques que verbales) tournent essentiellement autour du personnage de Colin Farrell, qui est « marié » à l’une (qui a en fait été placée dans sa vie pour le surveiller) et a une relation amoureuse avec l’autre. Un sur trois au test Bechdel donc. Selon mon frère, le personnage de Melina (Jessica Biel) est complètement inutile et il le retirerait volontiers du film ; quant à moi, je lui donnerais un rôle plus central puisqu’elle sert essentiellement à le guider jusqu’à la Résistance – et comme justification à son changement de camp, comme s’il ne pouvait pas avoir eu de crise de conscience tout seul.

Total recall.jpg

Mais certains films passent ce test haut la main, comme Hunger Games et Hunger Games – Catching Fire. J’avoue même que je me suis posé la question dans l’autre sens : les personnages masculins parlaient-ils entre eux d’autre chose que d’une femme ? Mais après vérification, c’est le cas même si cela représente peu de conversations et que Katniss joue indéniablement l’équivalent du rôle habituel du protagoniste masculin autour duquel le reste des personnages tournent, notamment au niveau des relations romantiques. Pour moi, ces films sont l’exemple parfait d’œuvres où la parité (et d’ailleurs la représentation de minorités ethniques) n’est pas une question de comptes d’apothicaire, mais un phénomène naturel parce que le scénario (ou dans ce cas, le roman) a été écrit en tenant compte de la diversité de la vraie vie.

katniss-hugs-prim-in-hunger-games-catching-fire-photo.jpg

En effet et pour généraliser, je ne suis pas de ces obsédés de la parité qui veulent absolument qu’on ajoute des personnages féminins pour satisfaire une égalité stricte. Cela ne me choque absolument pas qu’une fois de temps en temps, un film ne passe pas le Bechdel test à cause d’un contexte particulier (dans un film historique ou encore un univers de science-fiction où l’on justifie un rôle différent des femmes). Tout comme il est naturel qu’on ait une majorité d’acteurs blancs dans un film sur le Moyen-Âge en Europe, par exemple.

Mais ce qui est inquiétant, c’est la prépondérance de ces films d’un point de vue statistique, qui reflète une certaine orientation de l’industrie du cinéma. Et le problème, c’est que les représentations ne sont jamais QUE des représentations ; elles influencent les comportements en reflétant ce que les gens considèrent souvent comme la réalité. Inconsciemment, on se fonde sur ces représentations, d’autant plus qu’on y est exposé en permanence, entre publicités, séries télé, films et émissions ou magazines qui parlent de ces films et séries télé. Les plus vulnérables sont bien sûr les enfants, qui apprennent dès les contes de fée l’histoire de princesses passives sauvées par un prince. Mais aucun d’entre nous n’y est imperméable puisque l’omniprésence de ces représentations forme une certaine image de la « norme ».

°*°

Le troisième critère du test est important car dans la vraie vie, les femmes ne passent pas leur temps à parler des hommes, malgré ce que pensent certains. En une semaine de discussions quasi quotidiennes avec mes amies les plus proches dans mon école, il arrive que l’on n’aborde pas une seule fois les garçons, et lorsque nous en parlons, c’est plus souvent de membres de nos familles respectives ou de camarades de classe (particulièrement s’ils ont fait quelque chose de drôle ou d’énervant) que de (potentiels) amoureux. Et pourtant, selon l’American Association of University Women (AAUW), les personnages masculins de séries télé parlent plus de leur travail que les femmes (52 contre 40 %), qui parlent quant à elles plus de relations amoureuses (63 % contre 49 pour les hommes).

°*°

Éloignons-nous du test Bechdel et abordons un autre sujet : la représentation du corps de la femme. Ne parlons même pas des retouches photos dans les pubs et les magazines – cantonnons-nous au cinéma. Les acteurs sont le plus souvent représentés au meilleur de leur forme, ils doivent être agréables à regarder et tant pis pour le réalisme. Mais il y a à mes yeux une inégalité homme-femme à ce sujet, car les actrices en surpoids sont clairement moins nombreuses que les acteurs en surpoids – aussi mauvais que cela soit pour la santé, un certain nombre d’acteurs prend du poids avant un rôle, les femmes presque jamais ou alors juste pour ne pas paraître famélique. De plus, le maquillage omniprésent transmet une image irréaliste de l’apparence des femmes : le teint parfait dès le réveil, même blessées ou mourantes, jamais en sueur (seuls les hommes transpirent), les jambes et les aisselles toujours épilées (seuls les hommes ont des poils)… Bon, je généralise, il y a des contre-exemples, mais vous voyez l’idée.

Selon une étude de l’école de communication et de journalisme USC Annenberg (ici), en 2012, 31,6 % des personnages féminins de films portaient des vêtements qui ne laissent pas grand-chose à l’imagination, contre 7 % des personnages masculins ; 31 % des femmes étaient partiellement nues à un moment ou à un autre, contre 9,4 % des hommes. Plus les femmes sont jeunes, plus leur corps est sexualisé, et cela de plus en plus dans les dernières années. De plus, on compte moins de personnages d’âge moyen chez les femmes que chez les hommes (36,4 % des personnages masculins ont entre 40 et 64 ans, contre seulement 23 % des personnages féminins).

°*°

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille de lire l’article de l’USC (en anglais) qui traite aussi du rôle des femmes dans l’industrie du cinéma en tant que scénaristes ou réalisatrices.

Quelques statistiques (en anglais) : www.missrepresentation.org/about-us/resources/gender-resources/

Et un site de notation des films d’après le test Bechdel : bechdeltest.com

Au cours de mes recherches pour cet article, j’ai aussi trouvé une page hilarante sur les clichés les plus courants dans les films, du sexe aux voyages en passant par les armes et la mort (encore une fois en anglais) : www.moviecliches.com