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samedi 29 octobre 2016

La Toussaint, Halloween, le Jour des Morts et Samain

« L’obscurité s’est abattue le jour d’Halloween. Nous nous sommes couchés au son du vent hurlant et de la pluie battante, et à notre réveil le jour de la Toussaint, tout était blanc et de gros flocons duveteux tombaient, tombaient dans un silence ininterrompu. […] C’est le moment où les frontières s’estompent, où les morts bien-aimés se rapprochent de nous. Le monde se recroqueville sur lui-même, et l’air glaçant s’épaissit de rêves et de mystères. »

“The dark came down on All Hallows’ Eve. We went to sleep to the sound of howling wind and pelting rain, and woke on the Feast of All Saints to whiteness and large soft flakes falling down and down in absolute silence. […] This is the thin time, when the beloved dead draw near. The world turns inward, and the chilling air grows thick with dreams and mystery.”

(Diana Gabaldon, A Breath of Snow and Ashes)

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Une même origine pour la Toussaint, Halloween et le Jour des Morts

Ces trois fêtes qui ont lieu entre le 31 octobre et le 2 novembre sont liées. Mais saviez-vous qu’au départ, la Toussaint était fêtée en mai ? D’ailleurs, les églises orthodoxes célèbrent toujours le Dimanche de Tous les Saints une semaine après la Pentecôte, c’est-à-dire en général en juin. Ce n’est qu’au IXème siècle que le pape Grégoire IV décide de déplacer la Toussaint au 1er novembre, date qui n’est pas anodine comme nous le verrons ensuite.

Halloween, fête célébrée le 31 octobre, n’est arrivée que récemment en France sous des atours très marketing, mais c’est en réalité une tradition très ancienne qui trouve elle aussi son origine dans la fête de la Toussaint. C’est étymologiquement « la veille de la Toussaint » : Halloween est une forme contractée de « All Hallows’ Eve », « hallow » était un mot ancien pour « holy » et pour « saint » (respectivement « saint » comme adjectif et comme nom). La Toussaint peut d’ailleurs se dire en anglais « All Hallows’ Day » tout comme « All Saints’ Day ».

La dernière date qui complète cette trilogie est le 2 novembre, la Commémoration des fidèles défunts, et au Mexique le Día de los Muertos (Jour des Morts). Dès le IXème siècle, la Toussaint est suivie par endroits d’un office des morts, officialisé au Xème siècle par les moines de Cluny, et qui entre dans la liturgie de l’Église catholique au XIIIème siècle sous le nom de Commémoration des fidèles défunts.

Pour autant, en France comme en Belgique et au Luxembourg, c’est le plus souvent le 1er novembre qu’on va fleurir les tombes de la famille d’un pot de chrysanthèmes. Cela s’explique simplement par le fait que le 1er est un jour férié, contrairement au 2, et peut-être par une confusion entre la Toussaint, théoriquement dédiée aux saints et martyrs, et le Jour des Morts, dédié à tous les défunts.

Au Mexique, en revanche, c’est le Jour des Morts qui prend le plus d’importance. El Día de los Muertos, le 2 novembre mais dont les célébrations sont parfois prolongées du 31 octobre au 2, voire sur toute une semaine localement, se distingue par son côté festif tout en restant, contrairement à la version moderne d’Halloween, étroitement liée à la mémoire des défunts. Les Mexicains visitent les tombes, les nettoient et les fleurissent comme nous le faisons à la Toussaint, mais de façon très festive, et ils leur apportent des offrandes en nourriture par exemple. Traditionnellement, les festivités commencent par des offrandes aux « angelitos » (les enfants morts, littéralement « petits anges »), puis aux adultes.

Il est intéressant de noter qu’en anglais, cette trilogie a pour nom Allhallowtide (littéralement la saison de tous les saints) : All Saints’ Eve (Halloween), All Saints’ Day (ou All Hallows’ Day) et All Souls’ Day, c’est-à-dire la Veille de Tous les Saints, le Jour de Tous les Saints et le Jour de Toutes les Âmes.

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Fêtes des Morts et rites païens

Revenons aux origines : au VIIème siècle, le pape Boniface IV instaure à Rome une commémoration de tous les martyrs, le 13 mai. Notons que « martyr » vient du grec μάρτυς qui signifie « témoin » et a été utilisé pour désigner les personnes (et à l’origine, les chrétiens) qui préféraient sacrifier leur vie que de renoncer à leur foi, quand on ne leur laissait le choix qu’entre la conversion et la mort.

Cette date n’était pas anodine, même s’il s’agit officiellement du jour anniversaire de la dédicace de la nouvelle église installée dans le Panthéon de Rome. Il semble qu’avant même l’instauration de la Toussaint, diverses communautés chrétiennes célébraient déjà les martyrs aux environs de cette date depuis plusieurs siècles – il y eut en effet de très nombreux martyrs aux débuts de la religion chrétienne, et il devenait compliqué d’honorer chacun d’entre eux à une date différente.

Pourquoi à ce moment-là ? Il se trouve que les 9, 11 et 13 mai, les Romains célébraient la fête des Lémures (Lemuria), les âmes des morts de la famille. Des rites permettaient d’apaiser ces âmes et d’éviter qu’ils hantent les vivants. Chaque père de famille, à minuit, devait effectuer un rite codifié qui incluait de se laver les mains et de jeter derrière lui des fèves noires, offrandes aux Lémures.

Le transfert de la Toussaint du 13 mai au 1er novembre n’est pas non plus le fruit du hasard : les peuples celtes célébraient à cette date l’une de leurs quatre grandes fêtes, Samain (ou Samhain). Cette fête qui semble extrêmement ancienne (certaines traces archéologiques indiquent l’importance de cette date au néolithique vers -3000 ou -2500) est particulièrement attestée en Irlande mais a existé chez les Celtes au sens large, notamment les Écossais ainsi que chez les Gaulois, où l’on retrouve la mention des « trois nuits de Samonios », en latin « tri nox samoni » pendant le mois de Samonios qui correspondait approximativement à novembre.

Samain marquait la fin des récoltes, le retour des troupeaux qui ont passé l’été au pâturage, et le début de la « moitié sombre » de l’année, à mi-chemin entre l’équinoxe d’automne et le solstice d’hiver (dont nous avons vu l’importance dans l’article Noël, la Nativité et le solstice d’hiver). Il semble que les fêtes celtiques les plus importantes de l’année étaient Samain et son opposé, Beltaine (ou Beltane), le 1er mai, qui correspondait au contraire au début de l’été, moment où on emmène les troupeaux vers les pâturages d’été et où on demande donc aux esprits de les protéger ainsi que les semailles.

Ces deux fêtes avaient une grande importance spirituelle : en effet, les Celtes croyaient qu’à ces périodes, la frontière entre notre monde et « l’autre monde » s’estompe et peut être plus facilement traversée. Cet « autre monde » (Otherworld en anglais, Tír nAill en gaélique irlandais, Annw pour les Gallois, que l’on peut rapprocher d’Avalon dans la légende arthurienne), c’est celui des dieux, des esprits, des fées, des défunts. À Samain comme à Beltaine, on allume des feux de joie, considérés comme purificateurs et protecteurs, et on fait des offrandes aux esprits. Beltaine reste pour autant largement centré sur les vivants. Mais à Samain, peut-être à cause du retour prochain de l’hiver et de l’obscurité, l’attention portée aux esprits des morts va plus loin, pour qu’ils nous aident à survivre aux mois qui vont suivre et ne nous hantent pas pendant cette période sombre et terrifiante. On les invite à partager les repas, chaque famille prévoyant de la place à leur table pour leurs proches défunts ; des offrandes en nourriture et en boisson étaient disposées dehors pour les âmes égarées.

Une autre tradition qui devrait vous rappeler quelque chose, attestée au moins depuis le XVIème siècle en Irlande, en Écosse et au Pays de Galles, consiste à se déguiser pour aller de porte à porte demander de la nourriture (souvent des noix ou des pommes) en échange d’un poème ou d’une chanson. Il s’agirait de l’évolution d’une coutume où les personnes déguisées représentaient les esprits des morts et acceptaient des offrandes en leur nom ; le costume peut aussi avoir été considéré comme une protection qui duperait les esprits mal intentionnés. 

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Syncrétisme, stratégie & Saints

Voilà donc encore un bel exemple de syncrétisme : la fusion de traditions de différentes cultures et religions. Comme nous en avions parlé dans l’article Noël, la Nativité et le solstice d’hiver, l’Église catholique a su l’utiliser de façon stratégique à ses débuts, en christianisant des traditions plus anciennes.

Superposer une fête chrétienne sur la fête des Lémures ou sur Samain, cela permettait une plus grande adhésion des récemment convertis, tout en limitant au fil du temps les pratiques les plus « hérétiques »…

La notion même de Saints, centrale dans cette fête de la Toussaint, n’est jamais qu’une adaptation de la myriade de dieux et déesses des païens. C’eut été trop déstabilisant de ne plus prier qu’un seul Dieu (assimilé au dieu suprême, Zeus par exemple), alors au lieu de prier les déesses vierges grecques comme Athéna ou Artémis, on prie Marie ; au lieu de prier la déesse maternelle Dana chez les Celtes, on prie Sainte Anne… Si le sujet vous intéresse, je vous recommande un article passionnant sur le pagano-christanisme (dernier lien ci-dessous).

Et pour (re)lire mon article sur Noël et le solstice d’hiver, c’est ici.

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N’hésitez pas à laisser un commentaire si vous connaissez d'autres traditions, ou pour raconter vos souvenirs liés à ces fêtes !

L'an prochain à cette période, je pensais m'intéresser aux citrouilles lanternes (jack-o'-lantern) et/ou à l'arrivée de Halloween dans différents pays, des origines à nos jours. Qu'en dites-vous ?

Et pour mon prochain article mythologique, des idées, des préférences ? Thanksgiving ? Mardi Gras ? le 1er mai et Beltaine ?...

 

Sources :                                                              Images :

fr.wikipedia.org                                                    Pixabay (CP0 Public Domain)

Encyclopædia Britannica                                     sauf la 3ème : juillet 2016, © mari6s

Universalis

frederic.simon1.free.fr

http://thomasferrier.hautetfort.com/archive/2014/12/14/de-la-christianisation-des-divinites-paiennes-du-pagano-chri-5510630.html

mercredi 23 décembre 2015

Noël, la Nativité et le Solstice d'hiver

« Le côté mythique de Noël me plaisait. Ses origines qui remontent bien plus loin que Jésus, jusqu’aux rites de peuples qui nous sont étrangers. La célébration du solstice d’hiver. L’arrivée de la lumière au moment le plus sombre. »

“I liked the myth elements of Christmas. The way in which its origins reach back far beyond Jesus, to the rituals of people unknown to us. The celebration of the winter solstice. The coming of light in the darkest time.”

(Helen Brann, Silent Night)

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La légende de Noël et de l’Épiphanie

Noël célèbre la naissance de Jésus à Bethléem, dans une étable. Selon l’évangile de Luc, Joseph et sa femme Marie, sur le point d’accoucher, étaient en route pour se faire recenser dans la ville natale de Joseph, Bethléem, et n’ont pas trouvé de place à l’auberge. Les interprétations ultérieures affirment que Marie a ensuite placé l’enfant dans une mangeoire ou auge de pierre, cripia en latin, d’où le mot crèche. D’autres versions apocryphes parlent d’une grotte et non d’une étable.

L’enfant Jésus est alors adoré par l’âne et le bœuf, par les bergers, puis par les Rois mages (le grec μάγοι signifie en fait « sage ») qui sont selon les versions rois ou simples savants et dont l’arrivée est célébrée par le Jour des Rois, ou de son nom savant l’Épiphanie. Venus de l’Orient en suivant une étoile, ils apportent au « roi des Juifs » des cadeaux : l’or, l’encens et la myrrhe. L’évangile selon Matthieu est le seul des quatre évangiles canoniques à mentionner ces mages, dont il ne précise ni le nombre ni le nom. L’idée qu’ils sont trois rois et les noms généralement retenus de Melchior, Balthazar et Gaspard n’apparaissent qu’entre le IIIème et le VIème siècle.

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Fêtes de la Nativité et rites païens

Si Noël apparaît aujourd’hui comme une fête capitale pour l’ensemble des religions chrétiennes, elle n’est en fait apparue qu’au IVème siècle. En effet, la naissance du Christ avait beaucoup moins d’importance aux yeux des premiers Chrétiens que sa Résurrection, événement central et fondateur de la foi chrétienne. Pâques est attestée dès le IIème siècle, même si les différentes églises chrétiennes ne s’accordaient pas sur les dates – c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui dans une moindre mesure.

Ce n’est que tardivement, à partir du IVème siècle, que les Chrétiens ont commencé à célébrer la naissance de Jésus. Aucune information précise n’existant sur sa date de naissance réelle, il fut décidé de faire concorder les célébrations avec le solstice d’hiver, moment de l’année où la nuit est la plus longue et à partir duquel les journées commencent à s’allonger, ce qui en fait par extension le retour de la lumière et du soleil. Une décision symbolique, le Christ étant considéré comme la « Lumière du monde » dans l’évangile selon Jean, mais aussi très stratégique. En effet, elle a permis de christianiser le culte romain de « l’anniversaire du soleil triomphant » (dies natalis solis invicti, Sol Invictus étant une divinité romaine inspirée d’Apollon et du dieu indo-perse Mithra ; « natalis » s’est ensuite déformé pour devenir « Noël »), la célébration de Midwinter chez les Celtes (les Britanniques ont longtemps utilisé midwinter comme synonyme de Noël), ou encore Yule, Jól ou Jul chez certains peuples germaniques et nordiques (qui ont souvent conservé le même terme pour désigner Noël, comme les Islandais avec Jól ou les Norvégiens avec Jul).

Il est intéressant de constater que l’Épiphanie (du grec Ἐπιφάνεια, manifestation, apparition), dont les premières célébrations par l’Église d’Orient précèdent celles de Noël, a une histoire similaire. La date du 6 janvier fait en effet également partie du cycle du solstice d’hiver. La nuit du solstice, la plus longue de l’année, le 21 ou 22 décembre, annonce le rallongement des jours, qui commence à être sensible début janvier. L’Épiphanie prend un sens différent dans l'Église orthodoxe : elle s'appelle généralement Théophanie (manifestation de Dieu) et célèbre le baptême de Jésus dans le Jourdain.

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Symboles païens pour des fêtes chrétiennes

Fin décembre, les Romains célébraient pendant sept jours les Saturnales, avec des traditions de tirage au sort qui évoquent nos fèves actuelles (parfois un peu plus sordides, comme le tirage au sort d’un condamné à mort comme « roi » le temps des célébrations, ce qui n’empêche pas qu’il soit exécuté ensuite ; ou encore, l’inversion des rôles entre maîtres et esclaves pendant les Saturnales). La traditionnelle galette des rois est également un vestige païen, évoquant le soleil par sa forme ronde et sa couleur dorée (comme d’ailleurs les crêpes de la Chandeleur, moment où les jours s’allongent également de plus en plus vite).

Autre symbole païen, l’arbre de Noël. L’arbre a toujours eu une symbolique de vie et de renouveau de la vie, comme le montrent les nombreuses mythologies fondées sur un Arbre-Monde ou arbre cosmique (comme par exemple Yggdrasil, que j’évoque dans cet article sur la mythologie nordique). Au moment du solstice d’hiver, les arbres à feuilles persistantes et notamment les sapins ont une place importante dans la symbolique de renaissance. Selon l'Encyclopædia Britannica, on retrouve chez les Égyptiens, Chinois et Hébreux antiques l'utilisation de couronnes et de guirlandes réalisées avec des arbres à feuilles persistantes, pour symboliser la vie éternelle. Cette vénération des arbres survit souvent à l’arrivée du christianisme, on peut par exemple penser à la bénédiction des rameaux (ou des palmes dans le Sud de la France) le dimanche qui précède Pâques, ce qui rappelle l’habitude qu'avaient les Romains de décorer leur maison avec des branches de laurier ou d’olivier pour chasser les mauvais esprits. Dans les coutumes scandinaves de Yule, une coutume similaire persiste avec des branches de conifères, de gui ou de houx.

L’arbre décoré tel que nous le connaissons aujourd’hui serait apparu à la Renaissance dans les contrées scandinaves et germaniques, tout d’abord dans les hôtels de ville, orné de noix, de dates, de pommes et de friandises que les enfants « cueillaient » le jour de Noël. Après la Réforme protestante, la Contre-Réforme cherche à conserver ses fidèles en les soudant autour de la célébration de la Nativité et les encourage donc à installer une crèche miniature chez eux. On voit en réaction apparaître des sapins décorés chez les familles protestantes, qui se distinguent ainsi des familles catholiques.

À partir du XIXème siècle, l’arbre de Noël n’est plus considéré comme une tradition uniquement protestante mais plus largement germanique. La coutume se répand progressivement en Europe, tout d’abord dans les cours royales et la noblesse. Le premier sapin de Noël apparaît en France en 1837 à l’initiative de la Duchesse d’Orléans, d’origine allemande. De la même façon, la cour royale britannique suit cette coutume à partir de 1800 sous l’influence de la reine Charlotte, elle aussi d’origine allemande. Sa petite-fille, la future reine Victoria, grandit avec cette coutume et contribue à la populariser à partir des années 1840.

Des colons allemands l’exportent également en Amérique du Nord au XVIIIème siècle. En France, ce sont les Alsaciens quittant leur région, devenue allemande après la guerre de 1870, qui répandent la coutume du sapin de Noël dans le reste de l’hexagone.

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Et les cadeaux alors ?

En Espagne, ce sont les Rois mages (los Reyes magos) qui apportent les cadeaux le 6 janvier. On retrouve là toute la signification symbolique du cadeau, censé représenter pour les Chrétiens l’or, l’encens et la myrrhe offerts à l’enfant Jésus.

Cela dit, là encore on peut remonter bien plus loin : il semblerait que certaines fêtes païennes comme les Saturnales ou Midwinter pouvaient être l’occasion d’offrir des cadeaux comme des bougies, ce qui ramène à la symbolique de la lumière, ou encore des fruits secs et des noix. Cela se comprend d’autant mieux que les mois suivant le solstice d’hiver sont les plus froids, ceux où l’on puise dans les réserves de nourriture.

En France, traditionnellement, pendant longtemps, c’était pour les étrennes que l’on faisait des cadeaux aux enfants dans les familles les plus aisées. Le transfert en masse vers le 25 décembre remonte au XIXème siècle, quand Noël est devenu une fête véritablement familiale. Le cadeau, là aussi, a longtemps été principalement alimentaire : une orange ou une sucrerie.

Dans le monde anglo-saxon, le lendemain de Noël ou Boxing Day a longtemps été l’occasion de distribuer des cadeaux aux plus pauvres – par exemple, les aristocrates aux domestiques et aux métayers, ou les employeurs à leurs employés… De nos jours, c’est surtout le jour des soldes post-matin de Noël !

Quant aux figures mythiques apportant les cadeaux, comme le Père Noël ou Saint Nicolas, elles aussi ont des origines fort intéressantes, si bien qu'elles méritent tout un article. Je vous en parlerai peut-être l’année prochaine !

Sources :

fr.wikipedia.org et en.wikipedia.org

Encyclopædia Britannica

Évangiles selon Jean, Luc et Matthieu

www.liturgiecatholique.fr

theweek.com

www.noel-vert.com

Images :

Fotolia

Sauf la première : décembre 2012,
© mari6s

 

 

 

samedi 21 février 2015

Bouillon de culture 29 : Religion et société

Liberté d’expression n.f.

Sens : liberté fondamentale politique qui consiste en la libre communication des pensées et des opinions et qui fait partie des droits reconnus par la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Exemple : « Qu'est-ce que la liberté d'expression? Sans la liberté d'offenser elle cesse d'exister. » (Salman Rushdie)

Synonyme : libre communication des pensées et des opinions.

En anglais : freedom of speech, freedom of expression.

Dérivés : laïc, laïque.

 

Blasphème n.m.

Sens : discours jugé irrévérencieux ou offensant à l'égard du religieux, de ce qui est vénéré ou considéré comme sacré par les religions. Sens figuré : irrévérence ou offense à l’égard de toute chose jugée sacrée, inviolable.

Exemple : « Le blasphème n'est scandaleux qu'aux yeux de celui qui vénère la réalité blasphémée. » (Pierre Bayle, XIIème siècle)

À ne pas confondre avec : l’incitation à la haine raciale ou religieuse ou la diffamation qui, elles, peuvent être punies par la loi française, contrairement au blasphème qui n’est plus un délit depuis la Révolution.

Étymologie : du latin blasphemia (diffamation), du grec ἡ βλασφημία [blasphêmia], de βλάπτειν [bláptein] (injurier) et φήμη/φάμα [phếmê] ou [pháma] (parole, rumeur, réputation).

Dérivés : blasphémer, blasphémateur, blasphématoire.

En anglais : blasphemy.

Sur la même racine : de φήμη en passant par le latin fama : en anglais famous (célèbre), fame (renommée), en français fameux, diffamation, diffamatoire.

 

Laïcité n.f.

Sens : impartialité ou neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses ; principe de séparation entre l'État ou la société civile et les institutions religieuses ; neutralité religieuse, indépendance face aux religions.

Exemple : « La laïcité n’est pas seulement une réaction anticléricale, c’est une philosophie, une philosophie positive qui repose sur le socle des droits fondamentaux. […] Ils supposent un être de raison, capable de choix et d’engagements, […] qui accepte de confronter ses convictions et ses idées à celles des autres. » (Jacqueline Costa-Lascoux)

À ne pas confondre avec : l’athéisme ou l’absence de religion.

Étymologie : de laïc, n., ou laïque, adj. fém. et masc., (séculier, non religieux), du latin laicus (commun, ordinaire), du grec ancien λαϊκός [laïkós] (populaire, démocratique, laïque), de λαός [laós] (peuple, foule).

En anglais : le concept le plus proche est celui de « secularism », qui n’est pas tout à fait équivalent puisque la laïcité à la française nous est particulière.

Dérivés : laïque (adj. fém. et masc.) qui prend le nouveau sens de « conforme au principe de séparation de l’Église et de l’État ».

Sur la même racine : de λαός [laós] via λήιτον [lêiton] (maison du peuple) et λειτουργός [leitourgos] (ministre du culte, fonctionnaire) : liturgie.

 

Apostasie n.f.

Sens : Abandon volontaire et public d'une religion ; renonciation publique à une doctrine, à un parti.

Exemple : « Un Mauritanien a été condamné à mort pour apostasie après avoir écrit un article sur Mahomet et le système de castes, sujet sensible dans ce pays. » (à partir d’un article paru dans Le Monde en décembre 2014)

À ne pas confondre avec : blasphème.

Étymologie : du latin apostasia « action de se détourner de Dieu, de renier Dieu », du grec ancien ἀπόστασις [apostasis] (action de s’éloigner, défection, abandon), de ἀπό- (loin de), et στάσις (action de se tenir).

En anglais : apostasy.

Dérivés : apostasier, apostat.

Sur la même racine : de στάσις : statique. Le même radical indo-européen *steh (se tenir debout) donne notamment stand en anglais, ou en sanscrit स्था (sthā).

 

Satire n.f.

Sens : Écrit, propos, œuvre par lesquels on raille ou on critique vivement quelqu'un ou quelque chose, notamment les mœurs et les vices d’une société.

Exemple : « En droit français, le droit à la satire fait partie de la liberté d'expression, relevant du droit de la presse, et inclus le droit de caricaturer des personnes publiques, des dieux, quitte à être choquant ou blessant. »

Synonymes partiels : sarcasme, ironie, caricature.

À ne pas confondre avec : satyre (n.m.), dans la mythologie grecque demi-dieu mi-homme, mi-bouc, par extension exhibitionniste, pervers.

Étymologie : du latin satira ou satura, qui désignait au départ une poésie qui mélange plusieurs mètres, de satur, saturé.

En anglais : satire.

Dérivés : satirique.

Sur la même racine : saturé, saturation. Le radical indo-européen *sa (assez, satisfait) a aussi donné via le latin satis (assez) satisfait, satisfaction, satisfaisant et rassasier.

 

Sources :

Wikipédia

Wiktionnaire

Larousse

CNRTL

samedi 26 juillet 2014

Bouillon de culture 28 : Conditions

Drap FR.pngRédhibitoire (adj.)

Sens : qui a un défaut inacceptable ; en droit, qui peut motiver la rédhibition (annulation d’une vente) et par extension, qui est suffisant pour justifier l'annulation d'un engagement, ou qui concerne l’action judiciaire qui s’ensuit.

Exemple : « La jalousie, pour moi, c’est rédhibitoire. »

Étymologie : du bas latin redhibere = faire reprendre une chose vendue, de re- (retour en arrière) et habere = avoir, posséder.

Dérivés : rédhibition (annulation d’une vente)

Collocations : vice rédhibitoire, défaut rédhibitoire, détail rédhibitoire, action rédhibitoire, cas rédhibitoire.

Dealbreaker (n.)Drap ANG petit.png

Sens : un élément rédhibitoire qui empêche la conclusion d’un accord, qui pousse une personne à mettre fin à une relation, à refuser une proposition, à quitter son emploi, etc.

Exemple : « The job seemed interesting, but the pay was a dealbreaker. »

Étymologie : de « deal » (accord) et « to break » (rompre) : « ce qui rompt un accord ».

Variante orthographique : deal-breaker.

Sur la même racine : breaker (vague déferlante ; disjoncteur) ; icebreaker (brise-glace ; activité organisée pour briser la glace entre des inconnus) ; record-breaker (recordman/woman) ; tie-breaker (jeu décisif) ; dealer (négociant ; concessionnaire ; revendeur ; trafiquant).

Drap ANG petit.pngThe last straw (loc. n.)

Sens : le dernier d’une longue série de problèmes, d’incidents, etc., qui rend la situation intolérable.

Exemple : « I had doubts about her friendship before, but her breaking my confidence was the last straw. »

Étymologie : du proverbe « it’s the last straw that breaks the camel’s back » (c’est le dernier brin de paille qui casse le dos du chameau), similaire à « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ».

En français : la goutte d’eau ; la coupe est pleine.

Sur la même racine : straw in the wind (un indice) ; straw poll/vote (sondage ou vote informel, pour information) ; the camel’s nose (in the tent) (le doigt dans l’engrenage).

Sine qua non (loc. adj.)Drap FR.png

Sine qua non
(loc. n.)
Drap ANG petit.png

Sens : condition indispensable.

Exemple : « L’honnêteté est une condition sine qua non de notre relation. » ; « Honesty is the sine qua non of our relationship. »

Étymologie : du latin « sine » (sans), « qua » (laquelle), « non » (non), soit « condition sans laquelle rien ne se fait ».

Collocations : condition sine qua non.

Sur la même racine : sine die (sans fixer de date).

Remarque : en anglais comme en français, l’italique est de rigueur pour les mots latins (sauf lorsqu’ils sont francisés/anglicisés, par exemple « veto » ou « visa » qui prennent le pluriel avec un « s » plutôt que la terminaison plurielle latine, ou encore « maximum », « référendum », etc.)

Drap FR.pngPrérequis (n.m.)

Sens : condition(s) à remplir pour entreprendre une action, exercer une fonction, intégrer une formation, etc.

Exemple : « Je n’ai pas les prérequis pour ce cours. »

Synonyme : condition préalable.

Étymologie : de « requérir » (demander, exiger), de l’ancien français « requerre », du latin populaire « requaerere », du latin classique « requirere » (chercher, réclamer). L’ancien français « Requerre » a aussi donné en anglais « require », « requisite » et donc « prerequisite ».

En anglais : prerequisite, requirement.

Sources :

Larousse

Collins English Dictionary

Wiktionnaire

CNTRL

Urban Dictionary

samedi 25 janvier 2014

KKK n°6 : Conseils de mise en page et de typographie

Voici quelques conseils de mise en page et de typographie. Pour vos CV ou vos lettres officielles, la présentation compte souvent autant que le contenu. Autant mettre toutes les chances de votre côté !

Tout d’abord, je vous conseille d’utiliser quasi systématiquement l’alignement Justifié (par opposition à l’alignement à Gauche, à Droite, et Centré), beaucoup plus élégant pour lettres, brochures, enfin tout ce qui a des paragraphes. Cela dit, dans une lettre, on inscrit habituellement le nom et le titre du destinataire en aligné à droite, et l’alignement centré peut être utile pour les titres.

justifié.jpg

Les alinéas (touche à gauche de votre clavier) peuvent aussi être utiles pour marquer les débuts de paragraphes ou de groupes de paragraphes sur le même thème.

alinéa tab.jpg

Quant aux polices de caractère et aux couleurs, mieux vaut opter pour la sobriété, ce qui n’empêche pas un peu d’originalité. Mais en règle générale, il ne faut pas plus de deux polices différentes dans un même document, et pas plus de trois couleurs. Selon les contextes on peut s’autoriser plus ou moins de fantaisie, mais en gardant à l’esprit que la priorité reste la lisibilité.

Un peu plus subtil : les espaces. Vous l’ignorez peut-être, mais il existe deux types d’espaces : sécables et insécables. Les espaces sécables sont les espaces « classiques », entre deux mots, deux phrases, etc. Les espaces insécables séparent deux choses qui « vont ensemble » pour éviter qu’elles se retrouvent sur deux lignes différentes : un nombre et l’unité qui va avec (5 €, 15 %), ainsi que certains éléments de ponctuation et le mot qui les précède.

afficher tout caractères masqués.jpg

Si vous cliquez dans Word sur Afficher tout (voir ci-dessus), les caractères masqués vont s’afficher : le même symbole que pour la fonction Afficher tout indique les fins de paragraphes, on aura aussi la visualisation des sauts de page et de section, mais ce qui nous intéresse ici sont les symboles marquant les espaces :

espace sécable négatif.jpg espace insécable négatif.jpg
Espace sécable et insécable

Lorsque vous appuyez sur la touche Espace de votre clavier, cela donne un espace sécable – et si vous voulez un espace insécable, il faut faire Control Majuscule Espace (Ctrl Maj Espace).

clavier ctrl maj espace.jpg

Normalement, Word se débrouille tout seul pour placer des espaces insécables avant la ponctuation, tant que vous avez paramétré le français comme langue (voir image ci-dessous).

langue word.jpg

Cela dit, il existe une règle simple pour vérifier, notamment si vous utilisez un autre logiciel comme le Bloc-Notes : en français, tous les signes de ponctuation composés de deux éléments ( : ; ? ! ) sont précédés d’une espace (insécable), tandis que les signes composés d’un seul élément ( , . ) sont collés au mot qui les précède. Cas particulier : les guillemets – les guillemets français sont séparés du texte, à l’extérieur par des espaces sécables, et à l’intérieur, par des espaces insécables ; et les guillemets anglais ne sont séparés que du texte extérieur.

Exemples :
guillemets français négatif.jpgguillemets anglais négatif.jpg

Si vous écrivez en anglais, il n’y a aucune espace insécable avant la ponctuation ( , . : ; ? ! ).

Mais dans les deux langues, les espaces insécables sont de rigueur entre un nombre et son unité. Ce n’est pas une affaire d’État, me direz-vous, mais c’est quand même dommage lorsqu’une ligne se finit par un nombre et qu’on ne découvre de quoi il s’agit qu’à la ligne du dessous. L’information est mieux mise en valeur si l’on répond aux deux questions « combien ? » et « de quoi ? » en un seul bloc. Word ne fait pas ce travail-là pour vous, il ne met d’ailleurs automatiquement aucune espace avant les monnaies, pourcentages, etc.

Nota bene pour ceux qui écrivent en anglais : les sommes d’argent sont précédées, et non pas suivies, par le symbole de la monnaie. Par exemple, on écrit « fifty dollars » (espace insécable) en toutes lettres mais « $50 » (sans espace).

Et sur Internet, me direz-vous ? Il est difficile de suivre ces règles dans les e-mails, posts de forums et articles de blogs. Personnellement, je rédige d’abord sur Word, ou alors je remplace les espaces insécables par des espaces sécables (« classiques ») pour obtenir le même aspect visuel, même si l’on risque ainsi de voir séparer deux éléments qui vont de pair. Lorsque l’on peut travailler en code HTML (articles de blogs, de sites web) on peut insérer une espace insécable dans le code :  

Enfin, n’oubliez pas le passage obligé qu’est le correcteur orthographique. Même si vous n’en avez pas sur votre ordinateur, il existe des outils gratuits sur Internet, plus ou moins efficaces, comme bonpatron.com ou www.scribens.fr.

Pour un récapitulé des principales erreurs de grammaire et d'orthographe à éviter, vous pouvez consulter les autres numéros de Koman Ktu Koz sur CléetFil : cleetfil.hautetfort.com/koman-ktu-koz.

samedi 25 janvier 2014 Publié dans Koman ktu koz? | Commentaires (0) |  Facebook | |

mercredi 15 janvier 2014

Bouillon de culture 27 : seul avec soi-même

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Alone par BlackCloudConnected

Solipsisme

Sens : démarche ou attitude d’une personne qui considère sa conscience propre et sa subjectivité comme la seule réalité.

Exemple : Le solipsiste doute de tout. Le solipsisme cartésien.

Étymologie : du latin « solus, sola, solum » (seul) et « ipse, ipsa, ipsum » (soi-même, en personne).

Sur la même racine : solitude, ipséité.

Zweisamkeit

Sens : solitude à deux, tête à tête – relation de complicité harmonieuse entre deux personnes sans déranger le reste du monde.

Étymologie : de l’allemand zwei (deux) et Einsamkeit (solitude).

Sur la même racine : Waldeinsamkeit (sensation d’être seul dans les bois)

Ipséité

Sens : identité propre, caractères individuels qui font qu’une personne n’est pas réductible à une autre.

Synonyme : individualité.

Étymologie : du latin « ipse, ipsa, ipsum » (soi-même, en personne).

En anglais : ipseity, selfhood.

Lorem ipsum

Sens : texte volontairement dénué de sens, utilisé pour tester l’aspect d’un document (notamment d’un site web).

Synonyme : faux-texte, lipsum.

Étymologie : forme tronquée de « dolorem ipsum », extrait d’une phrase d’une œuvre de Cicéron.

En anglais : lorem ipsum, placeholder text, filler text.

Thébaïde

Sens : solitude profonde, lieu désert, retiré, sauvage, paisible.

Exemple : Il vit en ville mais rêve de thébaïdes.

À ne pas confondre avec : la Thébaïde (nom d’un désert égyptien ainsi que d’un désert syrien – nom de plusieurs épopées grecques et latine, et d’une tragédie de Racine).

Étymologie : de la région de Thèbes, en Égypte, où se retiraient certains des premiers Chrétiens pour échapper aux persécutions et mener une vie ascétique.

samedi 19 octobre 2013

Bouillon de culture 26 : Médisances

Diffamation

Sens : allégation qui porte atteinte à la réputation de quelqu’un (notion légale). Pas forcément mensongère, contrairement à la calomnie.

Exemple : Je vous ferai poursuivre pour diffamation !

Étymologie : du latin diffamatio, de dis- et fama (renom, réputation).

En anglais : defamation, to defame.

Dérivés : diffamer, diffamatoire

Sur la même racine : fame en anglais, mal famé.

Dénigrement

Sens : dépréciation, rabaissement, réduction de la réputation de quelqu’un.

Exemple : Ne te laisse pas dénigrer sans rien faire !

Étymologie : du latin denigrare (teindre en noir), plus précisément denigrare famam (noircir la réputation), de niger-nigra-nigrum (noir).

En anglais : denigration, to denigrate.

Dérivés : dénigrer.

Sur la même racine : noir, nègre, négrier.

Libelle

Sens : écrit le plus souvent court, injurieux, diffamatoire ou calomnieux. Désigne aussi le genre littéraire correspondant.

Exemple : Il fut calomnié par de nombreux libelles.

À ne pas confondre avec : libellé (rédaction d’un acte légal, d’une demande).

Étymologie : latin libellus (petit livre, pamphlet).

En anglais : libel signifie « écrit diffamatoire », notamment aux yeux de la loi (tandis que slander désigne la diffamation orale).

Dérivés : libelliste (auteur de libelles)

Esclandre

Sens : comportement bruyant et scandaleux.

Exemple : Son arrivée inopportune provoqua un esclandre.

Synonyme : tapage.

Étymologie : latin chrétien scandalum, du grec σκανδαλον (piège, ce qui fait tomber dans le péché, scandale).

En anglais : slander désigne la diffamation orale, notamment aux yeux de la loi (tandis que libel signifie « écrit diffamatoire »).

Sur la même racine : scandale, scandaleux, scandaliser.

Calomnie

Sens : critique ou accusation mensongère portée pour nuire à la réputation de quelqu’un.

Exemple : Il est victime de la calomnie.

Étymologie : latin calumnia (fausse accusation)

Dérivés : calomnier, calomniateur, calomnieux.

En anglais : calumny, to calumniate, calumniator, calumnious.

Sur la même racine : challenge, qui en anglais a commencé par vouloir dire « faute », « fausse accusation », puis « accuser », « contester », puis « objection » en droit, et « défi » dans le contexte d’incitation à se battre (duels etc.). Le sens de « défi », « tâche difficile » est très récent (1954).

Sources : Wiktionnaire, CNTRL, Online Etymology Dictionary.

mercredi 30 mai 2012

Bouillon de culture 25

Pandémonium

Sens: capitale de l'Enfer où se réunit le conseil des démons; réunion de comploteurs, de malfaisants.

Etymologie: mot inventé par le poète anglais Milton à partir du grec "pan" (chaque, tout) et "daimon" (dieu, âme d'un mort, mais utilisé ici dans le sens de démon comme le latin "daemon").

Utilisation en anglais: pandemonium = désordre, tumulte, chaos; enfer ou lieu lui ressemblant.

Sur la même racine: panacée (pan + akos = remède à tout); démon, démoniaque.

Baguenauder

Sens: passer son temps à des choses frivoles; se promener sans but; se moquer de quelqu'un; avoir des propos légers sur un sujet grave.

Exemple: Elle ne fait que baguenauder toute la journée. Ils se sont baguenaudés en ville. Tu n'as rien d'autre à faire que de baguenauder ce pauvre homme? On ne baguenaude pas sur ces choses-là.

Etymologie: probablement de baguenaude, fruit du baguenaudier, que les enfants font claquer en les crevant (d'où l'idée de futilité).

Dérivés: baguenaudeur (qui baguenaude).

Rodomontade

Sens: attitude prétentieuse et hautaine d'une personne qui se vante d'actes de bravoure supposés. 

Synonymes: vantardise, fanfaronnade.

Exemple: Il est fort en rodomontades, mais dès qu'il s'agit d'agir, il n'y a plus personne!

Etymologie: de "rodomont" (fanfaron, fier-à-bras, bravache), de Rodomonte (personnage de roi courageux mais fier et insolent dans des poèmes épiques de Baiardo et de l'Arioste).

Nantir

Sens: donner, munir, pourvoir, octroyer; donner des gages pour assurance d'une dette.

Exemple: Elle a nanti ses enfants d'une pension mensuelle confortable. S'est-il nanti d'un parapluie?

Etymologie: de l'ancien français "nant" (gage), du nordique "nam" (prise de possession).

Sur la même racine/dérivés: les nantis (littéralement ceux qui ont, qui sont pourvus voire qui se sont octroyé des richesses), nantissement (bien meuble pris pour gage, par opposition à l'hypothèque qui s'applique à un bien immeuble).

Vespéral

Sens: du soir.

Antonyme: matinal.

Etymologie: du latin "vesper-vesperis", masculin (le soir), d'une racine indo-européenne qui a également donné "hésperos" en grec ancien et "вєчєръ" (viétcher) en russe.

Sur la même racine: les vêpres (en liturgie chrétienne, office de la fin de l'après-midi), la vêprée (période après les vêpres, soir, crépuscule).

Sources: Wiktionnaire, Synonymes.com, Absurditis.com, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (Cntrl).

mercredi 30 mai 2012 Publié dans Bouillon de culture: définitions de mots | Commentaires (0) |  Facebook | |

samedi 24 mars 2012

Bouillon de culture 24

Capilotade

Sens propre: ragoût fait de restes de viandes déjà cuites.

Sens figuré: mise en pièces ; très mauvaise situation.

Exemples: En capilotade (couvert de blessures, fatigué, en miettes, en charpie, en compote).
Mettre en capilotade (mettre en pièces, malmener, médire de).

Etymologie: de l'espagnol "capirotada" (préparation à base d'herbes), du latin "capa" (manteau).

Argutie

Sens: raisonnement subtil et vainement minutieux (en général péjoratif: le but est de dissimuler la faiblesse et la vacuité de la pensée).

Synonymes partiels: sophisme (raisonnement captieux conçu pour faire illusion), querelle d'Allemand (discussion subtile, presque inutile).

Exemple: De palabres interminables en arguties alambiquées (Avoir et être, chanson d'Yves Duteil).

Etymologie: du latin "argutia" (expression, subtilité), d' "arguo-arguere-argui-argutum" (éclaircir, rendre manifeste) qui a aussi donner "arguer", "argument"...

Thuriféraire

Sens propre: clerc qui porte l'encensoir dans les cérémonies de l'église (accompagné par le naviculaire qui porte la navette contenant l'encens) ; encenseur, flatteur, complimenteur.

Exemple: les thuriféraires de la finance.

Etymologie: De "thurifère" (adj.): qualifie les plantes qui donnent une résine ressemblant à l'encens ; au sens figuré, qui encense, qui flatte. 
Du latin "thurifer" ou "turifer": qui produit l'encens (plante) ; idolâtre qui offre de l'encens aux faux dieux.
De "thus-thuris" ou "tus-turis" (encens) et "fero-fers-ferre-tuli-latum" (porter).

Sur la même racine: mortifère (qui cause la mort), conifère (qui porte des fruits coniques), somnifère (qui provoque le sommeil), pétrolifère (qui contient du pétrole).

Zérotage

Sens: fixation du zéro des appareils de mesure ; réglage final d'une arme pour des tirs à une distance donnée.

Synonyme partiel: étalonnage.

Etymologie: zéro, de l'italien zero, de zefiro, de l'arabe sifr (vide) qui a aussi donné chiffre.

Dérivés: zéroter.

Péricliter

Sens: être en péril, aller à sa ruine, se dégrader.

Synonymes: décliner, agoniser.

Etymologie: du latin "pericitor-ari-atus sum" (essayer, courir un risque, hasarder, mettre en péril), de "periclum-i" ou "periculum-i" (tentative, épreuve, risque, danger, moment critique), de "-perior" (comme dans "experior": tenter) et du suffixe "-culum" qui permet de former des noms.

Sur la même racine: péril.

samedi 24 mars 2012 Publié dans Bouillon de culture: définitions de mots | Commentaires (2) |  Facebook | |

samedi 04 février 2012

Bouillon de culture 23

Métempsycose ou métempsychose

Sens: transmigration de l'âme dans un autre corps, réincarnation.

Etymologie: grec μετεμψυχωσυς, de μετα (après, au-delà, d'où: changement) et εμψυχοω (animer, introduire l'âme), de ψυχη (âme).

Dérivés: métempsyc(h)oser.

Sur la même racine: métamorphose (changement de forme), métabolisme (ensemble des transformations dans l'organisme vivant) ; psyché (âme ; miroir), psychose, psychologique, psychiatrique...

Dispendieux

Sens: exigeant beaucoup de dépense.

Synonymes: cher, coûteux.

Etymologie: du bas latin "dispendiosus-a-um", du latin "dispendium-ii" (dépense, perte), du verbe "dispendere" (distribuer en pesant), de "pendere" (peser).

Sur la même racine: dépense (via "dispensa-ae")

Arcane

Sens: (nom masculin) secret, chose mystérieuse ; (adjectif) secret, mystérieux.

Exemple: les arcanes du gouvernement ; une opération arcane.

Etymologie: du latin "arcanus-a-um" (mystérieux, magique ; discret), du verbe "arcere" (contenir, enfermer, écarter), du nom "arca-ae" (coffre, caisse, trésor...).

Sur la même racine: arche ("arca") au sens biblique: nef, bateau ; coffre, armoire.

Celer ou céler

Sens: cacher, tenir secret, ne pas révéler.

Exemple: A ne rien vous celer... (pour ne rien vous cacher...)

Etymologie: du latin "celare", de l'indo-européen "kel" (couvrir).

Homophone: sceller (marquer d'un sceau, fermer hermétiquement), seller (mettre une selle).

Révérence

Sens: respect profond, vénération, grande considération.
Titre donné à certains religieux (votre Révérence).
Mouvement du corps pour saluer.

Exemple: révérence parlée = révérence garder = en parlant par révérence = sauf révérence (formule d'excuse employée pour dire quelque chose qui pourrait blesser).

Etymologie: du latin "reverentia-ae" (crainte respectueuse, déférence), du verbe "revereri" (révérer, craindre et respecter), de "vereri" (hésiter à, avoir peur de), de l'indo-européen 'ver" (observer, faire attention).

Dérivés: révérencer (faire la révérence, révérer), révérencier (faire la révérence), révérenciel (plein de révérence, inspiré par la révérence).

samedi 04 février 2012 Publié dans Bouillon de culture: définitions de mots | Commentaires (0) |  Facebook | |