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mercredi, 02 décembre 2015

J'ai vu et entendu... In extremis (album et concert) de Francis Cabrel

J’ai eu la chance d’assister au concert de Francis Cabrel pour son dernier album, In extremis, comme je l’avais déjà fait il y a six ans pour sa tournée précédente, Des roses et des orties.

Deux heures trente de bonheur, avec une première partie très sympathique également. Comme à son habitude, Cabrel confie la première partie à un jeune auteur-compositeur des Rencontres d’Astaffort. En 2009 nous avions vu Marie Cherrier, cette fois nous avons découvert Benoît Dorémus. Un joli ensemble guitare-voix avec des textes à l’angle original et décalé, notamment sur les ruptures (Brassens en pleine poire ; Déjà, ma chère Laura)… et sur la lecture au petit coin (Lire aux chiottes).

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Cabrel interprète ensuite une bonne partie des titres du nouvel album, mais aussi de nombreux classiques des précédents, réorchestrés et réinterprétés avec une grande originalité, comme Sarbacane et C'est écrit (Sarbacane, 1989), ou La dame de Haute-Savoie (Fragile, 1980), ou chantés avec le public, comme Je l'aime à mourir (Les chemins de traverse, 1979).

Il est accompagné tour à tour par ses excellents musiciens à la basse, au piano, à l’accordéon, au violon, avec diverses percussions, ainsi que par un chœur de trois femmes à la voix de miel. À noter, la sono parfaitement réglée pour mettre en valeur la voix et les instruments, c’est relativement rare en concert. Les jeux de lumière et de projecteurs sont très bien pensés, très beaux, et on ressort en n’ayant mal ni aux oreilles, ni aux yeux, mais des étoiles plein la tête.

Le sourire aux lèvres tout au long du concert et la larme à l’œil pour les chansons les plus dures et émouvantes comme Cabrel sait les faire : Mandela, pendant ce temps (In extremis), mais aussi Cent ans de plus (Hors-saison, 1999) sur l’histoire des Afro-américains, African tour (Des roses et des orties, 2008) sur le périple des migrants, ou encore La corrida (Samedi soir sur la Terre, 1994).

Il a beau ne pas se considérer comme un chanteur à voix, Cabrel montre en concert l’étendue de son coffre sur les parties les plus poignantes de chansons comme Dur comme fer, La voix du crooner (In extremis) ou C’est écrit (Sarbacane, 1989).

On est toujours épaté par le renouveau dans les arrangements et l’orchestration, tout en constatant encore une fois que les chansons les plus anciennes de Cabrel ne sont pas datées. Tous ses titres se juxtaposent à merveille sans rupture sensible entre les différents albums, et on a l’impression de connaître les nouveaux depuis des années dès la première écoute, tout en redécouvrant les anciens à chaque fois.

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Quant à l’album, sorti au printemps dernier, il est lui aussi très réussi. On reconnaît la « patte » de Cabrel dès les premiers accords de guitare, et on découvre mille petits trésors d'écriture au fil des écoutes.

Dur comme fer
Pour cette chanson qui swingue, Cabrel trempe sa plume dans le vitriol, avec pour autant toujours une certaine tendresse, et peint le portrait des politiciens à la promesse facile, « soulevés par la grâce, [qui disent qu’ils vont] changer nos vies, sous les dorures des palaces on a juste peur qu’[ils oublient]. »

À chaque amour que nous ferons
Une ballade toute douce à l’ambiance intimiste, sur l’amour qui dure, l’amour de la vie de tous les jours. « Le monde peut dormir tranquille, il ne fait qu’un rêve à la fois ; des rêves à la fois, j’en fais mille, ils ont tes manières et ta voix. »

Le pays d'à côté
Ce titre aux chœurs africains mais au message universel plaide pour plus de solidarité et de responsabilité politique, et moins de repli sur soi. Plutôt que de « [laisser] faire par profit ou manque de courage » et de se rassurer en se disant que « le pays d’à côté est couvert de nuages », il nous incite à agir ici, maintenant.

Azincourt
Cette chanson sur la bataille d’Azincourt, sanglante défaite française dans l’actuel Pas-de-Calais pendant la Guerre de Cent Ans dont on commémore cette année les 600 ans, l’aborde d’un angle original et avec l’image récurrente des papillons, « insectes pris de court dans l'affreux tourbillon des flèches taillées pour traverser les poumons ». C’est une complainte intimiste, très dure, dédiée plus particulièrement aux survivants dont « la famille dira ils sont aveugles et sourds, comme on se moquera des gestes qu'ils feront, personne ne saura qu'ils voient partout des papillons. »

In extremis
Magnifique et très dur, ce titre raconte le « génocide par précaution » des oiseaux, qui « chantent dans une langue éteinte » et représentent un « trouble à la normalité ». Référence au massacre des moineaux considérés comme nuisibles sous Mao Tse-Tung (ce qui a provoqué un déséquilibre écologique majeur), et écrit en pensant aux langues régionales comme l'occitan, si longtemps écrasées par le français, il évoque aussi plus largement la tendance à la normalisation et à l’éradication des différences. Le résultat étant qu’ « on parle tous la même langue, comme ça on peut suivre l'écho de la même voix qui rabâche sur la même chaîne d'info. »

Dans chaque cœur
Très émouvante et douce, cette chanson raconte l’histoire d’un célèbre chemin de croix, de ceux qui « rient de voir les marques à ses genoux » mais aussi de celui qui « pour le faire boire, […] s’est approché », montrant que « dans chaque cœur » il peut faire bien froid mais « il y a un printemps caché ». Un message d’amour universel exécuté brillamment.

Partis pour rester
Un bel hymne au temps qui passe, à la « grande aiguille [qui] se déplace » malgré tous nos efforts pour « faire du surplace ». Un peu rock, un peu blues, tempo marqué, une voix subtilement doublée, c’est aussi une chanson d’amour : « une vie à t'enlacer mille fois recommencée, et c'est pour ça qu'on va rester, rester. »

Mandela, pendant ce temps
Une ode émouvante à Mandela, qui raconte le temps qui passe pour tout le monde pendant ses vingt-sept années de captivité. « Au matin de tes vingt-sept ans, pense à tout ce que tu as pu faire, plusieurs fois le tour de la Terre, imagine tout ce temps Mandela sur son lit de camp ». Joli parallèle original et accompagné par des chœurs jazzy pour les refrains.

Les tours gratuits
Une très belle comptine aux airs de ritournelle, sur les enfants qui s’en vont et les parents qui restent, à travers la métaphore des manèges et des jeux. « Tournez belles licornes, tournez chevaux de bois, vous tournez pour la forme, elles ne reviendront pas. » Restent les souvenirs des « millions de fois où [l’on a] vu briller [leurs] yeux ». Magnifiquement écrit avec le champ lexical des tours, tourner, retourner...

La voix du crooner
Cette chanson pleine de tendresse raconte la persévérance d’un chanteur vieillissant sans grand succès, qui « chante ses amours lointaines qui ne déroulent qu'un seul thème : les jours passés sont les meilleurs ». Elle me fait un peu penser dans son ton à Piano Man de Billy Joel, qui parle elle aussi de ces artistes qui font rêver comme ils peuvent les gens ordinaires.

Pas si bêtes
Cabrel chante ici l’urgence de vivre et danser malgré tout ce qui va mal : « Sans vouloir vous offenser, si le ciel doit se renverser ce sera sur nos toitures percés, et ça, on n’est pas si bêtes, on le sait ». On retrouve le même côté désabusé par rapport aux « élites » que dans Dur comme fer : « Celui qui tient les manettes d’une main lance les dés et de l’autre, les arrête ».

Les fontaines du jazz
Titre bonus dont le thème rappelle Cent ans de plus (Hors-saison, 1999) qui racontait l’histoire des noirs aux États-Unis et disait : « après ça faut pas que tu t'étonnes, c'est eux qui ont fait, eux qui ont fait, Son House et Charlie Patton, Howlin' Worf et Blind Lemon ». Celui-ci cherche les racines du jazz dans les ghettos pauvres et glauques, où « toutes les filles du quartier apprenaient à compter sur les touches d'un piano d'occase ». « Demandez à Billy à Chet ou à Louis comment ça fait quand la vie vous écrase. »

À écouter et à réécouter, et je ne saurais trop vous encourager à aller le voir en concert s'il reste des places sur des dates près de chez vous !

mercredi, 08 janvier 2014

J'ai vu... Cloud Atlas

J’avais vu Cloud Atlas au cinéma il y a plus d’un an, en Californie, et j’avais adoré. Je n’avais pas écrit de critique tout de suite, car c’est un film complexe dont il est difficile de parler sans l’avoir vu plusieurs fois, et même aujourd’hui, après l’avoir revu en DVD, je ne suis pas tout à fait sûre de ce que ça va donner. Mais tentons le coup ;)

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« Our lives are not our own. From womb to tomb, we are bound to others. Past and present. And by each crime and every kindness, we birth our future. » 

 « Nos vies ne nous appartiennent pas. Du berceau au tombeau, nous sommes liés les uns aux autres. Dans le passé, comme dans le présent. Et par chacun de nos crimes, et chacune de nos attentions, nous enfantons notre avenir. »

Voilà sans doute la citation la plus importante du film, qui revient à plusieurs reprises comme un mantra. Comment vous expliquer le principe ? Nous suivons six histoires, à six époques différentes, qui s’entremêlent. On a Adam Ewing, un jeune juriste voyageant dans l’Océan Pacifique en 1849 ; Robert Frobisher, un jeune compositeur homosexuel en 1936 ; Luisa Rey, une journaliste sur la piste d’un scandale qu’on fait tout pour étouffer en 1973 ; Timothy Cavendish, un vieil éditeur loufoque en 2012 ; Sonmi-451, une clone créée pour servir d’esclave dans une société du futur en 2144 ; et Zachry, un homme torturé qui vit dans une société tribale 106 hivers après la Chute. On découvre vite que l’histoire de Zachry, bien qu’elle se déroule dans une ambiance préhistorique, est en fait la dernière dans l’ordre chronologique.

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Si vous avez entendu quoi que ce soit à propos de ce film, vous savez probablement que l’une de ses particularités consiste à faire jouer de multiples personnages à chaque acteur. Par exemple, Halle Berry joue Luisa Rey en 1973, Meronym 106 hivers après la Chute, mais aussi Jocasta en 1936 et des personnages aux apparitions plus brèves dans les trois autres histoires ; Jim Sturgess joue Adam Ewing en 1849, Hae-Joo Chang en 2144, le beau-frère de Zachry 106 hivers après la Chute, et trois plus petits rôles, etc. Le travail de maquillage est d’ailleurs impressionnant, parvenant à dépasser les frontières homme / femme et blanc / noir / asiatique etc. Cela a d’ailleurs causé une controverse, puisque le casting est essentiellement composé de caucasiens que l’on maquille pour jouer des asiatiques plutôt que le contraire – ce qui est indéniablement dommage mais réveille surtout de vieilles blessures datant de l’époque où le cinéma américain (entre autres) faisait systématiquement jouer à des blancs les rôles (caricaturaux, bien sûr) d’asiatiques et d’indiens. Cela dit, je suis d’avis que Cloud Atlas se détache franchement de cette tendance, et que la simple idée qu’une même âme peut se réincarner dans des personnes de toutes origines, diffusée aussi largement, est un pas dans la bonne direction pour les représentations cinématographiques.

Les différentes histoires nous sont présentées par morceaux plus ou moins longs, de quelques secondes à quelques minutes, qui se mélangent de façon thématique. Mis à part quelques aperçus de la fin de certaines histoires au début, chacune se déroule de façon chronologique. Cela peut être difficile à suivre au début, on s’y perd même carrément, mais pour moi cela fait partie du charme du film. Les liens apparaissent au fur et à mesure – et l’appréciation que l’on a du tout change lorsqu’on regarde le film à nouveau, n’ayant plus autant besoin de se concentrer sur la recherche de ces liens.

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Ces liens sont multiples ; les plus évidents sont les références à l’histoire de certains personnages à d’autres époques. Ainsi, la tribu de Zachry vénère Sonmi, dont les Révélations sont leurs saintes écritures ; Sonmi, elle, découvre avec son amie Yoona-939 les aventures portées à l’écran de Timothy Cavendish ; Cavendish lit un roman écrit par Javier, le jeune voisin de Luisa Rey, sur les aventures de cette dernière ; Luisa est captivée par les lettres de Robert Frobisher à son amant Sixmith, au point qu’elle se met à la recherche d’un enregistrement vinyle de l’œuvre du jeune compositeur, baptisée le sextuor Cloud Atlas ; et Frobisher prend connaissance des aventures d’Adam Ewing à travers son journal de voyage. De plus, divers personnages ont une tache de naissance en forme de comète.

Mais ces histoires sont liées par des éléments plus subtils, qui nous sont révélés à travers des phrases qui se répètent ou se répondent, des situations qui s’évoquent entre elles. L’idée de karma me vient à l’esprit concernant certaines intrigues, notamment concernant les personnages joués par Tom Hanks, dont la plupart sont animés par des instincts égoïstes : un médecin cupide en 1849, un gérant d’hôtel prompt au chantage en 1936, puis en 1973 un léger mieux avec un scientifique qui hésitait à dénoncer ses patrons de peur de perdre son boulot, mais finit par le faire pour les beaux yeux de Luisa Rey, puis en 2012 un malfrat qui joue les écrivains puis assassine un critique, et enfin, 106 hivers après la Chute, un homme torturé par des visions qui entretiennent sa paranoïa et sa lâcheté. Si on regarde l’ensemble du film du point de vue de ce personnage, l’histoire devient une lutte contre nos instincts les plus bas, qui ne réussit d’ailleurs que lorsqu’il croise les personnages de Halle Berry (Luisa Rey et Meronym) qui font ressortir le meilleur de lui.

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D’un point de vue plus global, les situations qui reviennent sont celles d’oppression, plus particulièrement en 1849 et en 2144, mais on les retrouve sous une forme ou une autre dans toutes les histoires. On voit se répéter le thème d’un ordre naturel selon lequel « The weak are meat and the strong do eat » (dans le film « Le faible est la viande dont le fort se nourrit », mais je préfère cette autre traduction : « Les faibles sont pitances et les forts s’emplissent la panse »), de façon plus ou moins littérale puisque le cannibalisme est évoqué à plusieurs reprises, de façon humoristique en 1849, et plus sérieuse en 2144 et 106 hivers après la Chute. Deux personnages joués par Hugo Weaving affirment d’ailleurs qu’ « il y a un ordre naturel en ce monde », l’un à la moitié du film (en 2144 : « There’s a natural order to this world, fabricant, and the truth is, this order must be protected » – «Il y a un ordre naturel en ce monde, factaire, et cet ordre doit être protégé, c’est la seule vérité qui compte ») dans une scène où les oppresseurs semblent avoir le dessus ; mais lorsqu’il la répète à la fin du film en 1849, dans un contexte à la fois différent et très similaire…

« There is a natural order to this world, and those who try to upend it do not fare well. This movement will never survive; if you join them, you and your entire family will be shunned. At best, you will exist a pariah to be spat at and beaten. At worst, to be lynched or crucified. And for what? For what? No matter what you do it will never amount to anything more than a single drop in a limitless ocean.

… on lui répond :

- What is an ocean but a multitude of drops? »

« Il y a un ordre naturel en ce monde, et ceux qui s’emploient à le bouleverser s’attirent de grands malheurs. Ce mouvement va s’effondrer de lui-même. Si vous y participez, vous et toute votre famille serez reniés. Au mieux, vous survivrez en paria sous les crachats et les coups. Au pire, vous finirez lynché ou crucifié. Et tout cela pourquoi ? Pourquoi ? Quels que soient vos efforts, ils ne représenteront guère plus qu’une seule goutte de pluie au milieu d’un océan.

- Mais qu’est-ce qu’un océan, sinon une multitude de gouttes de pluie ? »

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Et voilà un autre thème récurrent, étroitement lié à celui de l’oppression : tout acte, même dérisoire, peut contribuer à changer le monde. Les actes de gentillesse évoqués par Sonmi traversent les âges, de l’amitié entre Ewing et Autua, un esclave en cavale, à la solidarité des « co-détenus » de Cavendish, en passant par la relation de Hae-Joo et Sonmi, de Zachry et Meronym. Et ces actes demandent souvent tout autant de courage que les actes les plus héroïques et grandioses, comme le sacrifice de Sonmi ou encore la décision finale d’Adam Ewing.

Ainsi, Luisa Rey explique que : « You have to do what you can’t not do. »

« Ce qu’il faut faire, c’est ce que vous ne pouvez pas ne pas faire. »

Et Isaac s’étonne : « Yesterday, I believed I would never have done what I did today » avant d’ajouter, faisant penser à Sonmi : « These forces that often remake time and space, that can shape and alter who we imagine ourselves to be, begin long before we are born and continue after we perish. »

« Hier encore, je me serais cru incapable de faire ce que j’ai fait aujourd’hui. Ces forces qui souvent redessinent l’espace et le temps, qui façonnent et altèrent tout ce que nous croyons être, commencent bien avant notre naissance et perdurent longtemps après notre mort. »

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L’idée de sacrifice est centrale, mais le nombre d’histoires différentes permet de lui donner des dénouements variés, la fin heureuse de certaines intrigues compensant en quelque sorte la tragédie des autres, ce qui fait peut-être finalement de Cloud Atlas l’un des films les plus réalistes que j’aie vus, car c’est ça, la vie, une infinité de destinées individuelles. Ainsi, parmi les six couples principaux (Adam et Tilda, Frobisher et Sixmith, Luisa et Isaac, Cavendish et Ursula, Sonmi et Hae-Joo, Zachry et Meronym), la moitié connaît une fin heureuse, ce qui apporte une sorte d’équilibre : l’amour change le monde par le biais de sacrifices grandioses… et par la force tranquille des gestes du quotidien. Ce que j’apprécie particulièrement, étant donné mon aversion pour les fins tragiques à tout prix. Cavendish dément ainsi la fatalité des poètes maudits :

« Outside, fat snow flakes are falling on slate roofs and granite walls. Like Solzhenitsyn, labouring in Vermont, I shall beaver away in exile. Unlike Solzhenitsyn, I shan't be alone. »

« Dehors, la neige s’abat à gros flocons sur des toits d’ardoise et des murs de granite. Tel un Soljenitsyne besognant dans le Vermont, je confectionnerai mon ouvrage en exil. Mais à la différence de Soljenitsyne, je ne serai pas seul. »

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Un dernier point a retenu l’intérêt de la traductrice en moi : l’aspect linguistique. Le film intègre en effet l’évolution logique du langage au fil du temps. En 2144, il est même présenté comme un moyen d’oppression utilisé par le gouvernement d’Unanimité, ce qui est très réaliste puisqu’il a de fait historiquement servi de force d’unification (de nombreux États ont ainsi œuvré à la répression des langues régionales, notamment en France). Il est de plus intéressant de constater que le langage majoritaire est le « consommateur », ce qui en dit long sur la société en question. Je me suis laissé dire que la version roman de Cloud Atlas marque plus la différence de ce langage futuriste, qui ne se remarque dans le film qu’à quelques occasions.

« May I say you speak Consumer surprisingly well.
- (in Korean) It is unfortunate that most of Unanimity can only speak one language.
- As an officer of Unanimity I am, of course, restricted from using Subspeak. »

« Si vous me permettez, vous parlez étonnamment bien le consommateur.
- (en coréen) Il est regrettable que la majorité d’Unanimité ne parle qu’une seule langue.
- En tant qu’officier d’Unanimité, il m’est interdit de communiquer en sous-parlance. »

106 hivers après la Chute, la tribu de Zachry a un langage dérivé du nôtre mais qui a subi d’importantes modifications. On constate notamment la généralisation des contractions déjà utilisées dans le langage informel, et leur multiplication, ainsi que l’évolution de certains sons (« the Old Ones » deviennent « the Old Uns », « tout » devient « tœt »), le tout complété par des expressions très imagées, des onomatopées, et des références culturelles (par exemple to judas = trahir). Les Prescients, le peuple de Meronym, semblent utiliser une langue plus proche de celle que nous parlons actuellement, mais lors de ses interactions avec les membres la tribu, Meronym s’adapte à leur parler. Si cela vous intéresse, je vous conseille cet article (en anglais).

« You really ain’t feary ‘bout meetin’ Old Georgie on the summit ?
- More scaresome ‘bout the weather than any devil.
- You cog he’s real ? Who tripped the Fall, if not Old Georgie ?
- True-true ? The Old Uns.
- That’s jus’ a rope o’ smoke. Old Uns got the Smart. They mastered sick and seeds… Mak’d miracles ‘n fly ‘cross the sky.
- True. All true. But they got somethin’ else. A hunger’n t
heir hearts, a hunger that’s stronger’n all their Smart.
- Hunger ? For what ?
- Hunger for more. »

« Toi t’as pas peur d’tomber sur l’vieux Georgie en haut du Mauna Sol ?
- Moins peur du diable que du mauvais temps qu’il va faire là-haut.
- T’crois pas qu’y existe ? C’est qui qu’a poussé la Chute, si c’est pas vieux Georgie ?
- Tout vrai tout juste ? S’tous les Anciens.
- Ça c’est d’la fumée. Les Anciens, z’avaient la Savance. Pour les maladies, les graines, tœt’, à pousser des miracles, à voler d’dans l’ciel.
- Juste. Tœt’ juste, mais z’avaient pas qu’ça. Z’avaient la soif dedans l’cœur. Une soif plus forte que tot’ leur Savance.
- Une soif ? Œd’quoi ?
- De toujours plus. »

cloud atlas, cloud, atlas, cartographie, nuageJe vais m’arrêter là même s’il y aurait encore beaucoup à dire. Je vous recommande chaleureusement de regarder Cloud Atlas. C’est un film exigeant, qu’on peut difficilement suivre sans lui prêter toute son attention, et qui ne demande qu’à être revu à de multiples reprises. Je pense aussi que de nombreuses interprétations sont possibles, n’hésitez pas à me faire part de la vôtre dans un commentaire !

samedi, 30 novembre 2013

J'ai vu... Hunger Games Catching Fire (L'Embrasement)

Hunger Games, 2 ! Je l’attendais depuis longtemps, et j’étais impatiente de voir ce qu’ils feraient du tome 2 – j’ai lu toute la saga en romans. Voilà ce que j’en ai pensé !

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Un petit synopsis pour ceux qui ont échappé à la folie Hunger Games : dans le premier roman et le premier film, nous suivions la 74ème édition des Hunger Games, une charmante tradition qui voit s’entretuer 24 jeunes gens venant des 12 districts de Panem, l’Amérique du futur dirigée par le Capitole qui exploite les habitants des districts. Chaque année, on tire au sort une fille et un garçon de 12 à 18 ans pour chaque district. Un seul en sortira vivant.

Spoiler de la fin du premier opus : pour la première fois, lors des 74ème Hunger Games, deux vainqueurs sont sortis de l’arène : Katniss et Peeta, les tributs du district 12. Et cela grâce au coup de bluff de Katniss, qui sort des baies empoisonnées au lieu d’essayer de tuer Peeta – car elle a compris qu’il faut un vainqueur.

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Dans Catching Fire, on retrouve Katniss et Peeta – en mauvais termes depuis que le jeune homme a compris qu’elle ne partage pas ses sentiments malgré ce qu’elle a fait croire au reste de Panem pour sauver leurs deux vies – à la veille de leur départ en tournée à travers tous les districts. Mais le Président Snow rend visite à Katniss et lui révèle qu’elle est devenue un symbole de rébellion pour les districts. Il menace la vie de ses proches si elle ne parvient pas à convaincre les districts qu’elle n’est pas une révolutionnaire, mais une amoureuse. Pas de panique, je ne vous ai spoilé que la bande-annonce.

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Bon, comme toujours pour les adaptations de livres qu’on a lus, j’ai repéré tout un tas de différences. La plupart s’expliquent simplement par la différence de support. Le roman consacrait plus de temps aux périodes intermédiaires avec moins d’action, ce qui fait que les événements semblaient s’étaler sur une période plus longue alors que le film passe beaucoup moins de temps dans le district 12. Certains dialogues sont écourtés ou modifiés, et même si en tant que fan des livres je m’en désole, cela a été fait de façon intelligente et cohérente.

J’étais impatiente de voir ce que le film ferait du tome 2 en ce qui concerne Snow et ses intrigues. C’était en effet un de mes éléments préférés du premier film : les scènes ajoutées pour expliquer ce qui se passe derrière les coulisses, alors que les romans sont entièrement du point de vue de Katniss. Je trouve que cela fait de l’ensemble romans + films une sorte d’expérience multimédia qui se complète plutôt que de se répéter… Et je n’ai pas été déçue, puisque Catching Fire nous montre ce qui a poussé Snow et Plutarch Heavensbee à agir comme ils l’ont fait, des scènes qui ont encore plus de sens si on a lu les romans, selon moi. Cela amène des éléments très intéressants sur l’importance des distractions dans l’asservissement des peuples, pour nourrir la réflexion.

Parmi les points négatifs, je dirais qu’avec la « compression » du roman pour tenir en un peu moins de 2h30, on perd un peu du développement de la relation entre Katniss et Peeta. Les dialogues importants sont là, mais j’ai eu l’impression qu’il manquait quelques silences. Le voyage en train, notamment, est à peine esquissé, et l’entraînement de Katniss, Haymitch et Peeta entre l’annonce de l’Expiation (Quarter Quell) et le tirage au sort le jour de la Moisson (Reaping) disparaît complètement. Comme je le disais, je comprends les contraintes d’un film, mais c’est vrai que c’est un peu dommage et cela m’a donné envie de relire ces parties du roman (ce qui veut probablement dire que je vais relire toute la saga sous peu ;p).

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Un autre aspect que l’on perd dans le film, c’est toute l’histoire des précédentes Expiations et Hunger Games, avec les circonstances de la victoire de certains tributs, notamment Haymitch. Je conseille à ceux que cela intéresse de lire le roman !

En ce qui concerne la fin, je me suis rendu compte qu’elle était terriblement plus dure comme fin de film que comme fin de roman. Dans mon cas, du moins, j’avais déjà les trois tomes à disposition et lorsque j’ai fini le deuxième, il m’a suffi de me plonger dans le début du troisième pour ne pas rester sur ma faim. Ce n’est pas que le troisième soit particulièrement gai, mais cela évitait que certaines incertitudes se prolongent. Je ne serais pas surprise qu’après ce film, de nombreux impatients s’attaquent aux romans ne serait-ce que pour connaître la suite avant la sortie du prochain film !

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Pour résumer, j’ai beaucoup aimé Catching Fire, les performances des acteurs étaient extras – j’aime beaucoup Jennifer Lawrence dans tous ses rôles, et toute l’équipe était convaincante, Finnick notamment était très bien joué, et Effie avait de très bonnes scènes. Je garde une petite préférence pour le roman parce que j’aime bien connaître toutes les pensées et arrière-pensées des personnages, mais le film apporte lui aussi des éléments inédits qui complètent agréablement le tableau. Si vous avez aimé le premier Hunger Games, foncez, et si vous ne connaissez pas la saga, cela peut être le moment de la découvrir !

dimanche, 16 août 2009

Nouvelle fanfic: Programme Halcyon

Je viens de publier le début d'une nouvelle fanfiction. Elle porte sur l'univers de la série Alias, et représentera une saison virtuelle (après la saison 2), avec l'introduction d'un nouveau personnage...

Pour la lire, cliquez ici.

Pour voir mes autres fanfictions, c'est .

Et n'oubliez pas de laisser des reviews!

dimanche 16 août 2009 Publié dans Fanfics | Tags : fanfiction, fanfic, fic, alias, série, saison, review, halcyon, programme halcyon | Commentaires (0) |  Facebook | |